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l’amour c’est gai, l’amour c’est triste
(1968 – couleurs – 89 minutes)
trois ans plus tard, en 1968, on retrouve léon non plus en client de prostituée incapable de passer à l’acte, mais en tailleur (claude melki renoue avec son « vrai » métier d’avant 1956) et frère-cohabitant se refusant à voir que sa sœur marie (bernadette lafont) vend son corps. dessinées à la main et punaisées sur leur porte de palier, leurs deux raisons sociales : « marie annassian – voyante extralucide » (marc de café, tarot et boule de cristal lui font office de « couverture ») ; « léon annassian – tailleur ». après avoir gagné un prénom, le personnage de melki acquiert un patronyme – et des racines (arméniennes).
à l’image de l’énoncé du titre, le film fait cohabiter les contraires. souvent considéré – en partie à raison, cf. ci-dessus – comme un des cinéastes cadets de la nouvelle vague, jean-daniel pollet réalise ici un film qui a beaucoup à voir avec un certain « réalisme poétique » du cinéma français d’avant 1956-1957. le film est presque un huis clos dans l’appartement aux murs d’un vert-de-gris très étudié et l’on est loin de la jubilation des escapades légères (nagra pour le son, caméra éclair 16 mm pour l’image) dans les rues parisiennes, douze ans plus tôt. très bavard, mais d’une parole très écrite (un feu nourri de jeux de mots et de formules langagières chinées au marché aux puces de l’argot d’antan), la langue du film, comme la forte typologie d’une galerie de personnages plutôt constants et monolithiques (la pute joyeuse, la jeune provinciale à côté de ses pompes, le souteneur grande gueule) l’ancrent dans un cinéma plus classique.
encore plus proche de l’opposition programmatique de son titre (gai / triste), le film, plus que tout autre de la « saga léon », confirme ce que noël simsolo affirme dans les compléments du dvd de « l’acrobate » : « tout le cinéma de jean-daniel pollet était fait d’un rapport entre le sublime et le sordide ». sauf qu’ici, les deux plateaux de la balance sont en déséquilibre. d’homme à tout faire (« gala »), léon est devenu souffre-douleur. à part quelques courts moments d’éclaircie où, en compagnie d’arlette (chantal goya), jeune bretonne déboussolée, il écoute face à la fenêtre ouverte la télévision du voisin, ou lorsqu’il lui fait la lecture d’un roman de science-fiction, ou encore – tiens, donc ! – une scène de tango de chambre, ce ne sont que moqueries, sous-entendus blessants, pichenettes verbales, petites cruautés du quotidien. cela sonne moins bien, mais le film aurait pu plutôt s’appeler « l’amitié, c’est méchant, l’amitié, c’est cruel ». il n’y aura pas de happy end à ce chemin de croix dont le principal mérite est cependant de représenter le trou noir d’où sortira – pour le personnage de léon, pour le cinéma de pollet et pour le spectateur – l’éblouissante rédemption de « l’acrobate ».
ou, pour reprendre la remarque d’un spectateur anonyme à l’issue d’une projection-test du film soumis à un public non conquis d’avance (une sorte de sneak preview avant la lettre) : « ah ce type-là m’agace. il en prend plein la gueule et il ne répond jamais. » présent dans la salle, pollet se souvient s’être dit : « il y a peut-être un truc là qui ne va pas. dans le prochain film, il faut qu’il soit gagnant. »
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début et suite de mon article sur le site de la médiathèque
lien 1 [pour l'anecdote – drôle de rencontre entre melki, goya (chantal) et… sonic youth]
