
kan mikami photographié par phillip berryhill
(licence creative commons)
kan mikami (jap)
samedi 22 novembre – 22h – cinéma nova
rue d’arenberg – bruxelles – 5 / 6 eur
en forme de post scriptum de haute voltige à leur programmation “camera japan” de début octobre, les chevilles ouvrières du cinéma nova invitent ce samedi kan mikami en leurs murs. né en 1950 dans la préfecture d’aomori, il a été acteur chez nagisa oshima (un des lieutenants japonais qui gardaient david bowie prisonnier dans “furyo” [merry christmas mr. lawrence]), mais surtout – auparavant – chez shuji terrayama [cache-cache pastoral] (1974) et dans les films de yakuza de kinji fukasaku ou plus récemment dans [tokyo decadence] de ryû murakami en 1992… mais avant cela (au début des années septante avec un certain succès, sortant ses disques sur nippon columbia) et depuis lors (dans l’underground, sortant ses disques sur p.s.f. et tournant pour de petits publics d’aficionados aux quatre coins du monde), kan mikami est aussi musicien. chanteur d’une sorte de folk/blues, à la fois très singulier et très japonais et tellement franc et radical dans sa singularité qu’il en devient universel…
“il n’est pas nécessaire de comprendre le japonais pour aimer la musique de kan mikami, il y a quelque chose qui force le langage et le sens, qui touche à l’universel, le blues. pas un blues revivaliste, ni même folkloriste ou exotique, l’esprit seul, son mood poignant. kan mikami est un guitariste / songwriter, qui a eu son heure de gloire dans les années 70, chanteur contestataire comme dylan pouvait l’être, signé sur une major, columbia, l’époque était à la contestation radicale étudiante, il a incarné la contestation d’une génération avec une poignée d’autres folksingers. il disparaît pour réapparaître dix ans plus tard dans les clubs underground de tokyo, enregistrant plus de dix albums solo pour le label culte de la musique indépendante japonaise psf (équivalent d’un label comme esp). kan mikami joué avec les grands irréguliers de l’improvisation, du folk et du rock japonais, avec keiji haino et toshi ishizuka dans le groupe vajra, masayoshi urabe, kazuki tomokawa ou le contrebassiste aujourd’hui disparu motoharu yoshizawa. kan mikami est originaire de kodomari, un village de pêcheurs sur la cote est du japon. il fait ses études dans la région de goshogawara à aomori, avant de bouger pour tokyo et y découvrir les mouvements étudiants, le rock, le jazz et la musique contemporaine. la musique de kan mikami n’est pas ce blues d’importation apporté avec l’occupation américaine, mais sa propre vision de cet idiome, travaillé par la forme populaire de la musique enka. songs noires, parce qu’il s’agit ici de chansons, comme la musique populaire a aujourd’hui oublié d’en faire, libres dans leurs formes, portant leurs violences et leurs beautés, enka blues électriques déchirés, malmenés, rudimentaires, on entendrait pour un peu le fantôme de blind willie johnson ou de blind willie mctell frôler les cordes de la guitare et de la voix de mikami. son jeu de guitare est percussif et brutal, on songe à un derek bailey qui se prendrait pour charley patton. mikami introduit des sujets jamais abordés avant lui dans la musique japonaise, à travers un humour noir proche de dada. l’autre aspect remarquable de l’art de mikami est sa voix unique, entre violence, cris et mélancolie poisseuse” (texte de son ami et complice michel henritzi).
when a raven crows in the morning
someone’s going to die by nightfall.
today too some old sixty year old
fucking a young girl, and dying on her belly.
in his mouth, gaping red
a gold tooth glitters under the mucus.
his shorts, thrown in a corner
a butterfly set free by the girl.
when your lace breaks in the morning
someone’s going to die by nightfall.
today too some queer
fighting over a man
grabbing a knife, a military march
a black and hairy leg, the Adam’s apple
drenched in the blood that spurts
flowers that bloom beside his mother’s grave.
when a mouse cries at night
someone’s sure to die by morning.
today too some butcher’s wife
killing herself with a young toy boy,
her chipped manicure, dyed red again.
forty chains until the morning
until the morning starving bodies
killing someone so they can live
the only destination, the chill of handcuffs.
(traduction rapide des paroles de la chanson [corbeau / raven] de ses débuts, sur un album qui fut apparemment retiré à l’époque des rayonnages et des magasins pour contenu trop scandaleux)
après bruxelles, sa tournée mènera encore kan mikami à nantes, brest, paris, rotterdam, gent, genève et lyon…
demain – samedi 22 novembre – autistic daughters, le groupe de dean roberts jouera à recyclart. choix cornéliens en perpective…
lien 1 [interview – en anglais, en 2002 – pour l'excellent webzine 'perfect sound forever']
lien 2 [interview – traduite en anglais – pour le webzine noise.as]
lien 3 [kan mikami en concert il y a six mois, en mars 2008]
lien 4 [en concert à londres, il y a environ deux semaines]
lien 5 [35 sec de kan mikami en concerta evc keiji haino dans leur groupe vajra]

Je crois que Pierre Étaix a transpercé l’écran à l’endroit des liens 2 et 4. (Le vrai lien 4 est sans doute http://www.youtube.com/watch?v=0LbFBrMixMA .)
Merci pour ta vigilance, Mathieu: j’ai corrigé.
Il est vrai que la soirée Pierre Etaix de mardi m’a tellement bouleversée que la présence drôle et délicate de ce grand petit Monsieur continuera longtemps à planer au dessus de moi…
Bonjour,
Je trouve votre blog fantastique. Je suis tombé dessus alors que je cherchais une info sur Pouvu qu’on ait l’ivresse… de Pollet. Drôle de coïncidence car en bas de votre article sur ce film, wordpress propose plusieurs articles qui pourraient y être liés dont un des miens sur Magritte et les Beatles (aucun rapport !).
J’ai vu par ailleurs que vous aviez mis dans vos liens le blog de Mazen Kerbaj qui se trouve être un ami. Bref, beaucoup de coïncidences et un grand plaisir à vous lire.
Je cite votre article sur Pollet / Melki sur mon blog :
http://www.ilestcinqheures.wordpress.com
Bien à vous,
Emmanuel