
jeanne balibar, sylvie testud, bernard eisenschitz, serge bozon, pierre léon himself et benjamin esdraffo dans “l’idiot” de pierre léon
il y a cinq mois, j’avais posté ici deux billets relatifs au cinéaste, acteur et écrivain de cinéma pierre léon: le premier en tant que soldat (-musicien) inconnu dans “la france” de serge bozon, le deuxième en tant que soldat reconnu et interprète très touchant d’une chanson d’alexandre vertinski…
dans ce deuxième billet, j’avais retranscrit des extraits de son interview dans “les inrockuptibles” où il revenait sur les conditions de production de ses films et le choix nécessaire d’aussi les diffuser via les plate-formes de vidéos en ligne afin de leur donner la chance de toucher quelques spectateurs supplémentaires…
bonne nouvelle, à la mi-avril 2009, “l’idiot” sera son premier film à sortir “”normalement”" (comprenez: ‘en salles’) en france. et, bonne nouvelle au carré, avec même vingt jours d’avance sur l’hexagone, le beursschouwburg nous offre trois possibilités de voir le film à bruxelles:
“l’idiot” de pierre léon (fra, 2008 – 61 min)
- mercredi 25 mars – 19h – beursschouwburg
- jeudi 26 mars – 22h – beursschouwburg
- vendredi 27 mars – 19h – beursschouwburg
20-28 rue orts – 1000 bruxelles
je vais voir ce film ce soir ; je ne peux donc en écrire que ce que j’en ai lu. il a l’air de s’agir d’un court long métrage de 61 minutes en noir et blanc (durée magique de “von heute auf morgen” de jean-marie straub et danièle huillet ou – à quelques minutes près – de la trilogie de jacques tourneur pour val lewton en 1942-43). il s’agit aussi d’une adaptation d’un passage du livre éponyme de dostoïevski. pierre léon explique ne pas avoir voulu concentrer en un film de deux heures et demie ou trois heures la quintessence du roman russe (avec le double écueil prévisible de faire à la fois un film trop long et une adaptation pourtant trop incomplète du texte). idéalement, le cinéaste pensait à une sorte de feuilleton en quatorze ou quinze épisodes très fidèles au roman, un peu comme rainer werner fassbinder s’était frotté à “berlin alexanderplatz” d’alfred döblin. projet splendide mais impossible à produire dans l’état actuel de l’économie du cinéma. “l’idiot” dans sa version aujourd’hui projetée est donc l’équivalent d’un quinzième de ce serial rêvé et irréalisable: un extrait de l’œuvre tenant à la fois pour lui même et pour ce qu’il laisse entrevoir, percevoir ou comprendre de la totalité du roman:
“(…) chez nastassia philippovna, ce soir-là, en une heure et quelques secondes, les tensions accumulées, portées à leur maximum, se résolvent dans un véritable cluster — “une attaque simultanée, au hasard ou non, de plusieurs notes sur un clavier” (larousse). j’ai pensé que cet épisode, tendu et direct, était comme un commentaire d’aujourd’hui du roman de dostoïevski. d’où, formellement, le choix de ne pas reconstituer la russie du dix-neuvième siècle, mais plutôt un hors-temps européen. c’est une scène sans ellipse, un film-séquence, en quelque sorte, une tragédie mondaine qui dévide les querelles mais dont personne ne sortira indemne.”
(pierre léon cité sur le site agendeo.fr).
c’est avec plaisir que “l’idiot” nous permettra de revoir à l’écran, tout d’abord bernard eisenschitz, grand spécialiste de boris barnet (jusqu’à mon dernier souffle je lui serai reconnaissant de m’avoir un jour permis de voir “une fois, la nuit” de b.b.) et puis une partie de la ‘bande’ de “la france“: testud, bozon, léon lui-même (et son frère) et – last but not least – au piano benjamin esdraffo.
> mon article sur “la france” et sa musique
lien 1 [bande-annonce de "l'idiot"]
lien 2 [interview de pierre léon à propos de "l'idiot"]
lien 3 [pierre léon sur dailymotion – y compris des films entiers]
lien 4 [pierre léon sur y**t***]
lien 5 [Мне хотелось бы - 'j'aimerais que' - : de beaux yeux et une chanson russe…]

Je me méfie : les relectures de Dostoïevski virent facilement à l’hystérie (cf autres adaptations cinématographiques de ses romans). Chez lui, c’est surtout le questionnement métaphysique qui m’interpelle – difficile de traduire cela en film tout en respectant une intrigue souvent très (trop) dramatique, même si on ne garde qu’un petit morceau. Et puis la construction des personnages s’actualise et se contredit dans une profusion de dialogues qui passent mal au cinéma. Maintenant cela vaut toujours la peine de voir comment le cinéaste se débrouille là-dedans.