
pochette du (mini) lp « jacno » en 1979
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avant-hier soir tard, un e-mail de mon ami – et désormais collègue – david m’apprend la mauvaise nouvelle : denis quilliard (mieux connu sous son pseudonyme de fumeur de gauloises, jacno) est mort, avec au compteur à peine plus de la moitié de l’âge auquel claude levi-strauss vient de nous quitter il y a quelques jours. cinquante-deux ans ; saloperie de cancer ! la « grande presse » française (libé, le monde…), « très inspirée », copicolle les 460 puis les 1.500 caractères (espaces compris) des deux dépêches de l’agence france presse – telles quelles, tristes curriculum vitae, sans un gramme d’intervention ou de réaction personnelle… froid et clinique comme un carrelage de morgue.
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pas très compliqué de comprendre pourquoi ! de la part des bien pensants [*], il pèse sur la musique de jacno (en solo, ou en duo avec elli medeiros) la suspicion de superficialité qui plane au-dessus de toute la pop. mais, encore accentuée ici – dans le cas de cet hybride mutant de chanson, de « variète » et d’esprit do-it-yourself issu du punk que représenta elli & jacno au tout début des années quatre-vingt – par le caractère à la fois électronique et minimal de leur musique. il est entendu que deux pouêt-pouêts de synthé ne peuvent faire œuvre… et si c’étaient justement cette économie, cette retenue, l’absence de rideaux de fumée cache-misère qui étaient – et demeurent aujourd’hui – osés bouleversants et dérangeants ? sur un pont en béton armé même les hippopotames peuvent défiler ; sur les quelques millimètres de glace d’un petit ruisseau gelé il s’agira au contraire d’être délicat et subtil…
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un qui, en 1984, – bien qu’ayant alors plus du double de leur âge – ne s’y est pas trompé, c’est maurice schérer (mieux connu sous son pseudonyme d’admirateur d’erich von stroheim et du père littéraire du dr. fu manchu, éric rohmer) qui confia à elli & jacno la musique des « nuits de la pleine lune ».
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ce qui atténue – un peu – la tristesse liée à la disparition du musicien, c’est de savoir qu’il y a eu « passage de témoin ». le petit frère spirituel de jacno est bruxellois et se dévoile depuis quelques années en solitaire sous le pseudonyme de lem. depuis hier matin, je me repasse en boucle – en me prenant ses paroles « dans la gueule » comme jamais auparavant – sa reprise de boomerang en duo avec la délicieuse mymi sur son lp « soulstreet » (dokidoki, 2009) :
« les couteaux de la haine n’attirent jamais l’amour
comme des boomerangs qui font l’aller-retour
ce que tu as donné te revient dans la gueule
faux désirs faux besoins, égoïsme bien rance
bonne action-alibi, et vraie indifférence
ce que tu as donné te revient dans la gueule
faut payer quand on fait de la peine
dans chaque petite maison chacun cherche sa chacune
pendant que des millions agonisent à la une
si tu ne donnes rien, il faut rien espérer
et tous ces gens qui souffrent font de très bons sujets
on les regarde en famille le soir à la télé
si tu ne donnes rien, il faut rien espérer
chacun pour soi c’est personne pour toi
chaque pensée, un boomerang
et chaque geste, un boomerang
et les coups que tu prends me font mal
nous sommes des engrenages
dans la même machine
abimer son voisin
c’est le début du suicide
ce que tu as donné te revient dans la gueule
et l’amour que tu donnes est un gilet pare-balles
qui se referme sur toi le jour où ça va mal
si tu donnes rien, faut rien espérer
chacun pour soi, c’est personne pour toi
chaque pensée, un boomerang
et chaque geste, un boomerang
et les coups que tu prends me font mal
si tu donnes rien, faut rien espérer
chacun pour soi, c’est personne pour toi
chaque pensée, un boomerang
et chaque geste, un boomerang
et les coups que tu prends me font mal
les couteaux de la haine n’attirent jamais l’amour
comme des boomerangs qui font l’aller-retour
ce que tu as donné te revient dans la gueule
faux désirs faux besoins, égoïsme bien rance
bonne action-alibi, et vraie indifférence
ce que tu as donné te revient dans la gueule
faut payer quand on fait de la peine
chaque pensée, un boomerang
et chaque geste, un boomerang
et les coups que tu prends me font mal
chaque pensée, un boomerang
et chaque geste, un boomerang
et les coups que tu prends me font mal
chaque pensée, un boomerang
et chaque geste, un boomerang
et les coups que tu prends me font mal »
(texte : elli medeiros – musique : jacno – 1982)
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alors ? superficiel ? fuckers !!
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si, dans dix jours, dans la rotonde du botanique, nicolas (lem) trouve le courage et la partenaire pour chanter ce morceau sur scène, pas de doutes : ça nous mettra dans un drôle d’état…
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lem (bel) ~ keiki (bel)
mardi 17 novembre – 20h – le botanique (rotonde)
236 rue royale – 1210 sant-josse – 10 / 13 eur
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lem (bel)
vendredi 20 novembre – 20h – le salon
19 rue ville basse – 7830 silly – 4 eur
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> (superbe !) vidéo de anne cherchait l’amour – si quelqu’un sait quel cinéaste l’a réalisée…
> je t’aime tant – une de mes cinquante chansons préférées de tous les temps !
> scène musicale des « nuits de la pleine lune » d’éric rohmer
> plastic faces des stinky toys à la télévision en 1977
> birthday party des stinky toys en 1979
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[*] soyons honnêtes : le peu de disques d’elli & jacno – encore – présents dans les collections de la médiathèque est le symptôme d’exactement la même méconnaissance hautaine !

J’ai réécouté “Je t’aime tant” en apprenant la mort de Jacno. C’est beau à pleurer. Cette chanson me fout toujours les larmes aux yeux… Merci pour ton post Phil. Trop triste.