
femmes héroïques – mais aussi dentelle au mètre devenant pansement ou bannière, et mannequin de grand magasin – sur les barricades de la commune de paris à la fin de « la nouvelle babylone » (grigori kosintsev & leonid trauberg, 1929)…
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la deuxième des deux projections de « la nouvelle babylone » de leonid trauberg et grigori kozintsev, annoncées ici avant-hier, a du s’achever il y a quelques heures au musée du kinéma (de bruxelles). on osera donc raconter – en images -, sans risque de léser le spectateur, la fin de l’histoire (la double fin des deux histoires – selon les deux sens que la langue française donne à ce mot : la fin des deux mois d’insurrection et de quasi autogestion du printemps 1871 et comment c’est raconté, ce que cela donne à l’écran, une petite soixantaine d’années plus tard dans un film soviétique de 1929) : la ‘semaine sanglante’, la prise des barricades par les troupes versaillaises… la fin (provisoire ?) d’une utopie politique.
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[notes] il est intéressant de regarder ce que l’approche « excentrique » (liée à la feks, la « fabrique de l’acteur excentrique » – cf. billet précédent), devient à la fin du film dans des séquences moins frivoles et légères que celles du grand magasin (« la babylone nouvelle » qui, à une inversion près, donne son titre au film). on est évidemment ici dans une série de scènes beaucoup plus dramatiques où sévit la répression, la mort physique et la mort des illusions révolutionnaires. c’est aussi un des nœuds / noyaux idéologiques d’un film dont l’aspect de propagande est évidemment très présent. passant très vite sur certaines spécificités anarchistes et autogestionnaires de la commune, le film se focalise plutôt sur la révolte des ouvriers et des laissés pour compte contre l’ennemi commun : la bourgeoisie.
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dans la séquence de la prise de la barricade, la comédie, la farce et les expérimentations grimaçantes de l’excentrisme sont temporairement mises de côté. la beauté des corps des insurgés (tout particulièrement, des insurgées), leur fragilité dans le combat, se rapproche nettement plus d’une certaine imagerie dominante, lyrique et propagandiste, du cinéma muet soviétique. on citera juste comme éléments singuliers qui viennent un peu contrebalancer (à première vue, atténuer ; mais finalement, peut-être justement renforcer) la pesanteur du drame : le jeu encore presque insouciant avec les cartouches entre la jeune femme et l’homme en armes, sur la barricade, avant l’assaut, et – surtout – la présence un peu décalée du mannequin de grand magasin, de cette sorte de poupée de chiffon géante, qui fait le lien avec les séquences du début du film et qu’on retrouve, un peu contre toute attente, sur la barricade. la dentelle au mètre que les bourgeoises s’arrachaient lors des soldes du début, est ici révolutionnairement réquisitionnée en guise de bannière ou en tulle de bandages pour panser les blessés…
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autre surgissement – beaucoup plus fort / moins anecdotique, d’ailleurs – venu des séquences d’ouverture du film : dans le saisissant final sous la pluie battante, les bourgeois ventripotents et décadents du début, à nouveau triomphants et revenus vivants, et plus arrogants que jamais, de leur exil versaillais sortent du café « l’empire » pour sauvagement battre à coups de parapluies les communards vaincus et lessivés que les soldats conduisent vers le peloton d’exécution et la fosse commune. les corps – et les jeux des acteurs et figurants – sont ici clairement de deux ordres : retenus, dignes, quasi immobiles et liés à un certain art documentaire du portrait pour les communards ; hystériques, sur-grimés et sur-grimaçants et liés à un certain art graphique de la caricature pour les bourgeois revanchards. la lutte des classes est aussi, foncièrement, une lutte des corps.
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« la nouvelle babylone » [Новый Вавилон]
(leonid trauberg & grigori kozintsev – urss 1929)
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>> dvd (env. 7 eur) >> bach films
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lien 1 [extrait de ‘la nouvelle babylone’ avec la partition de chostakovitch]
lien 2 [‘le manteau’ - kozintsev/trauberg – 1926 – couper le son !! ]

Très bel article. Merci pour cette découverte. Avec une partition de Chostakovitch en plus
Nous allons commander le film.
Cette année, la Russie est à l’honneur en France : http://www.lexpress.fr/culture/le-reveil-de-la-culture-russe_840391.html
Merci.
Par contre, je ne suis pas sûr que ce soit la musique de Chostakovitch qui ait été reprise comme bande-son du DVD chez Bach films (ou alors, une adaptation pour piano seul ??).
Je vérifie ce soir chez moi sur mon exemplaire et vous dit quoi.
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En tout cas la musique existe en LP et au moins deux versions CD:
> LP > http://www.lamediatheque.be/med/rech_n.php?titre=nouvelle+babylone&ref=EC5552
> CD > http://www.lamediatheque.be/med/rech_n.php?titre=nouvelle+babylone&ref=EC5550
> CD > http://www.lamediatheque.be/med/rech_n.php?titre=nouvelle+babylone&ref=EC5553