
il y a 30 ans, le 24 août 1981, la famille et les proches de glauber rocha l’accompagnent vers le cimetière são joã batista de rio.
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alors que l’ami tatum nous annonce que l’actrice katerina golubeva et le cinéaste raúl ruiz viennent de nous quitter, nous nous souvenons de la mort – il y a trente ans, jour pour jour – de glauber rocha.
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glauber rocha
14 mars 1938 (vitória da conquesta) – 22 août 1981 (rio de janeiro)
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« le lion à sept vies / vii. glauber das mortes
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au sens le plus littéral de l’expression, glauber rocha arrive, dans la matinée du 21 août 1981, à l’aéroport de rio, absolument « in extremis ». son pauvre corps est en si mauvais état, complètement déshydraté, qu’avant d’être transporté à la clinique bambina, de botafogo, à rio, il est retenu quelques heures à l’infirmerie de l’aéroport pour y recevoir une perfusion de sérum.
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à la clinique, dans un de ses derniers instants où il reprend conscience, il demande si ses amis carlos diegues et nara leão, qui sont venus ensemble lui rendre visite, ne se seraient pas réconciliés. orlando senna, luiz carlos barreto, norma benguell, sa mère, sa fille aînée paloma et sa femme paula sont parmi les rares intimes à l’approcher.
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le matin du 22 août, les journaux annoncent laconiquement : « l’état de santé de glauber n’est pas grave, mais les visites sont interdites. » à l’heure où les lecteurs des journaux prennent connaissance de cette dépêche glauber rocha est déjà mort.
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l’arrêt du cœur s’est produit à quatre heures du matin.
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le soir même est organisée la veillée funèbre. immédiatement, la question se pose du lieu le plus adapté pour la cérémonie. dans le hall du musée d’art moderne ? dans les locaux de l’ancien sénat ? finalement, c’est le parc lage qui est retenu, le décor romantique et baroque où glauber avait tourné terre en transe.
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pendant des heures, toute la nuit, ce sera le défilé de la foule stupéfaite, en état de choc, devant la dépouille mortelle, tandis que sont projetés sur un grand écran improvisé pour la circonstance, les films de rocha et certaines de ses interviews télévisées où résonnent ses paradoxes et ses invectives. pendant des jours, glauber rocha et sa mort ne lâcheront pas la une, la deux, le ventre des plus grands journaux.
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son enterrement, suivi par une foule compacte à travers les avenues de la ville qui mènent au cimetière são joão batista, ressemble à une fête silencieuse. cette mort, personne n’y croit. aux réactions de stupeur succèderont celles de l’indignation, comme si glauber rocha était mort assassiné.
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(…) ce qu’il y a de sûr à mon avis, c’est qu’à propos de glauber rocha, comme de son principal héros cinématographique antonio das mortes, il faut mettre la mort au pluriel.
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le symbolique et le réel, avec glauber rocha, s’emmêlent toujours les pédales. l’intéressé avait d’ailleurs assez flairé de la culture lacanienne pour être à son parfum.
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glauber rocha est mort plusieurs fois. dans sa vie, comme dans ses films, existent de multiples préfigurations symboliques de sa propre mort.
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la mort de pasolini en 1975, la mort de sa sœur anecy, moitié siamoise de lui-même, en 1977, la mort de son père, « l’invincible », en 1980.
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il y a la mort viscontienne à venise en septembre 1980, où glauber termine une interview par ces mots terribles : ‘j’en profite pour faire mes adieux définitifs à la vie culturelle brésilienne. vous ne me verrez plus jamais. jamais.’
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il y a bien sûr la mort du 22 août. et cette mort-là n’est pas une mort ordinaire. Sans exagérer, on peut dire qu’elle constitue, avec celle de getúlio vargas et de tancredo neves, l’un des événements les plus traumatiques, et d’une certaine manière les plus féconds (pour paradoxal que cela puisse paraître), de l’histoire politico-culturelle du vingtième siècle brésilien. mort et amérique latine… n’entrons pas ici dans l’analyse de ce thème bateau, lieu commun culturel qui parcourt le continent et ses mythologies depuis les temps précolombiens. d’autres l’ont fait magistralement, comme eisenstein dans que viva mexico.
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mais il est vrai que la géographie mythologique exacte de glauber rocha est traversée par la mort comme un continent par ses fleuves. (…) »
(sylvie pierre, glauber rocha, éditions cahiers du cinéma / collection « auteurs », paris 1987)
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>> images de l’enterrement de glauber rocha <<
>> (discours de l’anthropologue darcy ribeiro
>> et interprétation a capella de villa-lobos par maria lucia godoy)
>> (extrait du documentaire glauber o filme, labirinto do brasil de silvio tendler)
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> autres mots de darcy ribeiro à propos de glauber rocha
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la série de doubles dvd (édités au brésil par versatil et bourrés de suppléments et d’archives précieuses en tous genres) des films barravento (1961), terre en transe (1967), antonio das mortes (1969) et l’âge de la terre (1980) – tous sous-titrés français – sont en train d’arriver à la médiathèque, à l’occasion d’europalia brésil de cet automne.
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un double dvd reprenant une série de documentaires télévisés autour de l’ouvrage le peuple brésilien de darcy ribeiro est aussi en train de rentrer en collections.
