
henry flynt (et ses comparses tony conrad et jack smith) manifestant dans les années 1963-1964 contre quelques temples new-yorkais de la culture institutionnelle + les séries d’albums back porch hillbilly blues et new american ethnic music.
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peu suivi pendant quarante ans – parce que, de facto, presque réduit au silence –, le violoneux henry flynt a développé une sorte de philosophie politique en musique qui fait s’entrechoquer – sans se laisser décourager par les esprits chagrins que cela indispose – musiques « de péquenauds » du sud rural et étirements temporels prisés dans les lofts new-yorkais des années 1960 et 1970.
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difficile d’imaginer quel devait être le statut d’henry flynt dans les années 1980 et 1990. en effet, internet ne commence réellement à être la caisse de résonance et l’outil de reconnaissance de certains oubliés de l’histoire officielle (vaincus des conflits politiques ou cinéastes, plasticiens et musiciens jusqu’alors peu connus) que dans la seconde moitié de la dernière décennie du vingtième siècle. en 2000, henry flynt est un musicien dont la musique n’a presque pas été entendue hors des concerts qu’il a donnés aux états-unis (et en particulier à new york) au cours des années 1960 et 1970. il n’a alors sorti qu’une cassette, en 1986, sur le label allemand edition hundertmark [1]. il a même cessé de jouer de la musique en 1984. la bonne dizaine de disques qui en font aujourd’hui un musicien dont la musique peut être enfin entendue, et qui proposent des enregistrements s’étendant sur la période 1963-1981, sont tous sortis entre 2001 et 2011, avec vingt, voire quarante ans de retard. pour flynt – qui, suite à cette tardive reconnaissance discographique, s’est remis à accorder des entretiens et à donner ponctuellement des concerts –, sa position de pionnier n’a en rien été positive : « c’est une mauvaise chose. [ce statut n’implique] aucun avantage, rien que des inconvénients : aucun échange possible avec des pairs, pas de discussions ni d’échanges croisés. » (dream magazine, 2007 ) une absence de ping-pong intellectuel qui devait être particulièrement frustrante pour quelqu’un qui accorde à la pensée et à la philosophie une place centrale dans son éthique de vie.
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philosophe, violoniste et guitariste, dessinateur, conférencier et critique de la société… on pourrait être tenté de voir en henry flynt une sorte d’équivalent tardif des intellectuels et artistes multi-facettes de la renaissance. sauf que l’époque est toute différente et que l’utopie humaniste est chez lui obscurcie par une lucidité exacerbée qui le pousse à considérer la civilisation comme une épave (« tout ce qui est organique est mort et en décomposition et tout ce qui n’est pas organique est tordu ou foutu », the wire, 2001) et à défendre l’idée philosophique du « nihilisme cognitif ». si à la question « quelles croyances sont vraies ? », les sceptiques descartes et hume affirmaient que certaines croyances ne peuvent être validées (laissant sous-entendre que certaines peuvent l’être), il y a pour flynt « une erreur démontrable dans chaque proposition ». pour lui, comme « on peut trouver une erreur du second ordre dans le fait de clamer l’existence du langage », il n’y a ni langage ni connaissance. une fois que ce couperet est tombé, se pose la question de savoir comment réagir – et agir – à partir de là. pour flynt, une partie de la réponse viendra de la musique. (…)
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> suite de mon portrait écrit dans le cadre du projet archipel
(e.a. sur les manifestations des années 1960 contre certaines institutions culturelles new yorkaises évoquées par l’image ci-dessus)
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> version sonore – orale et ponctuellement musicale – du même portrait
dans le cadre de l’émission « big bang » d’anne mattheeuws sur musiq3
(podcast disponible quelques jours ; plus tard, relai via > site archipel > audioguides)
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lien 1 [site officiel de henry flynt – surtout des textes philosophiques]
lien 2 [interview par stewart home en 1989]
lien 3 [nihilisme cognitifinterview – sonore – de 3 heures par kenneth goldsmith en 2004]
lien 4 [à propos de la manifestation contre le concert de stockhausen]
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[1] galerie et label allemands liés au mouvement fluxus, ayant publié notamment des livrets, cassettes et disques de ben paterson, philip corner, henri chopin et milan knizak. à partir de son arrivée à new york au début des années 1960, où il fréquente les concerts dans le loft de yoko ono, henry flynt développera une complicité avec certains artistes liés à fluxus comme la monte young et george maciunas. si encore aujourd’hui certains comme justement maciunas ou ben vautier insistent sur l’influence que la pensée de flynt a exercée sur eux, ce dernier rechigne à se laisser trop facilement embrigader comme membre du mouvement. « because of his friendship and collaboration with george maciunas, flynt sometimes gets linked to fluxus by unsympathetic reviewers », écrit-il sur son propre site.
