Feeds:
Posts
Comments

Archive for the ‘concert’ Category

gLgL_gomes_nova_030113

ce cher mois d’août et carnaval ; vasco pimentel, miguel gomes, paulo ‘moleiro’, raquel bernardo et ana cristina ferreira

/
/
tabou [tabu]
, le dernier film en date du portugais miguel gomes sort la semaine prochaine en belgique (tout particulièrement au cinéma nova, seule salle belge il y a quelques années à sortir son précédent long métrage, ce cher mois d’août (aquele querido mês de agosto), seule salle belge à projeter cette fois le film en pellicule et à l’accompagner d’un vrai travail de programmation (et d’amitié complice) sous forme d’une intégrale de la filmographie du cinéaste et d’une série de rencontres généreusement musicales).

/
depuis une bonne dizaine de mois, partout où tabou a pointé le bout de son nez (du festival de berlin à celui de gand où il a été primé cet automne et tout particulièrement lors de sa sortie il y a six semaines en salles en france – territoire de coproduction des deux derniers films de gomes, par ailleurs professeur invité au fresnoy près de lille), le film suscite un impressionnant concert de louanges, une unanimité critique qui peut faire peur. des voix discordantes pointent au sein de la communauté cinéphile (reprochant p.ex. au réalisateur une trop grande intelligence, l’amenant régulièrement vers une sorte de roublardise manipulatrice et des formes trop maniéristes, voire kitsch) mais c’est précisément comme si ces voix restaient cantonnées au discours privé, n’avaient pas d’existence publique, ne prenaient pas forme écrite, n’étaient pas publiées. c’est dans ce contexte, qu’avant de voir tabou, j’ai décidé de revoir – en dvd – ce qui avait été mon film préféré de 2009 : ce cher mois d’août, chronique-puzzle, entre documentaire et fiction, d’un été dans les montagnes du portugal, rythmé par les fêtes de village, les chansons et la farandole des sentiments.

/
(à raison) on a beaucoup écrit sur le très beau (et long) final forestier du film qui en présentant à l’image une partie de l’équipe dite « technique » fait office de premier générique – avant le générique déroulant habituel. miguel gomes y « remonte les bretelles » de vasco pimentel, preneur de son de ses trois longs  métrages (ainsi que de ceux de la seconde partie de la filmographie de joão césar monteiro, de silvestre (1982) à souvenirs de la maison jaune (1989), et collaborateur ponctuel de robert kramer, samuel fuller ou werner schroeter). le premier reproche au second la présence de « sons fantômes » dans ses prises de son direct :

/
– vasco pimentel : c’est possible. même si techniquement ça ne l’est pas. moi, je vais vers les choses. c’est un disque dur qui est ici {le preneur de son montre l’enregistreur qui pend autour de son cou, à hauteur de son (bas-)ventre} et qui enregistre ce que je veux. mais, je peux vouloir des choses et alors elles viennent vers moi mais pas vers vous. techniquement, ça ne change rien. c’est moi qui les veux, ces choses. mon désir crée la différence !
(…)
– miguel gomes : mais j’aimerais avoir le son des choses qui sont là. (…) dans la montagne il n’y a pas de chansons, non ?
– vasco pimentel : non ?
– miguel gomes : dans la montagne, il n’y a pas de chansons, vasco ! tu le sais !
– vasco pimentel : ici par exemple, en ce moment, il n’y a rien ?

/
/
cette séquence de désaccord feint trouve écho dans un drôle de petit (non-) film de vingt minutes : carnaval. non repris dans les filmographies de gomes (et dans l’intégrale des courts métrages du cinéaste au nova), « la chose » se présente (non sans humour : par une variante de ces dialogues… « de sourds » entre le cinéaste et son producteur qui ponctuent la première partie de ce cher mois d’août) comme un « bonus » (dvd) et revient, sous forme d’une enquête (assez particulière, on le verra) sur le personnage / la personne de paulo ‘moleiro’. paulo (le) ‘meunier’ est cet homme qui zone, claudiquant (une de ses jambes a été bousillée par un plongeon dans une rivière trop peu profonde et/ou par la colère de caïds marocains qui lui ont foncé dessus en voiture suite à un malentendu dans les termes de l’échange d’une veste en cuir) d’un travail occasionnel et précaire (dans l’agriculture, dans la construction) à une longue période de repos choisi ou forcé et à qui le cinéaste donne une très belle existence / présence d’homme de la rivière (une rivière dont un moulin à aubes lui donne son surnom).

/
entre les séquences de feux d’artifice qui l’ouvrent et le ferment (au sens littéral à la fin ; lichtspiel métaphorique de clignotements d’un briquet, d’une cigarette, des clignotants d’une voiture dans la nuit au début), le petit objet impur (mais attachant et fascinant) qu’est carnaval propose essentiellement, dans sa partie centrale, une quête de la parole perdue de paulo (le) ’meunier’. dans le coin sombre d’une salle des fêtes où l’on va décerner le prix du meilleur costume du carnaval, paulo parle à la bonnette du micro de vasco pimentel. mais on n’entend pas ce qu’il dit : on continue à entendre les injonctions du monsieur loyal de la cérémonie. jusqu’à ce qu’on entende deux messages de répondeur téléphonique :

/
miguel ?
écoute, c’est vasco. je suis… je suis… enfin… à la recherche du son de cette entrevue qu’on a filmé avec ‘meunier’, de cette conversation que j’ai eue avec paulo ‘meunier’ où il disait qu’il allait se jeter du pont le lendemain ou quoi… et qu’il était dans le cortège avec le maire, dans le char allégorique, ou quoi. je ne le trouve nulle part. y a pas ! le son n’existe pas ! il n’est pas dans la perche, il n’est pas dans le magnéto, il n’est pas dans l’ordinateur… il n’y est pas. techniquement, hein, je ne sais pas. ça ne me dit pas quelle erreur j’ai fait. ça peut être un tas de choses. je peux simplement ne pas avoir appuyé sur la touche d’enregistrement. j’ai pas enregistré ! j’ai cru que j’enregistrais… et je n’enregistrais pas, voilà. et…
/
alors, voilà… traite-moi d’animal (cavalgadura) parce que je suis un animal. crucifie-moi, je mérite d’être crucifié. et compte sur moi. voilà. je ne peux rien te dire de mieux. je suis désolé, miguel. à plus.

/
raccord avec le gros plan, très beau, du visage concentré d’une jeune femme regardant hors champ vers la droite de l’écran. sur-titrage : « deux ans plus tard ». miguel gomes renoue avec une figure récurrente du cinéma, de la télévision, de la littérature policière – de white heat (walsh, 1949) à 2001 , odyssée de l’espace (kubrick, 1968), de seinfeld (larry david et jerry seinfeld, cinquième saison, sixième épisode – the lip-reader, 1993) à étreintes brisées (almodovar, 2009) – : la séquence de déchiffrage par lecture labiale d’une parole inaudible à l’oreille. mais on retrouve aussi dans cet emprunt d’un dispositif fréquemment utilisé des accents qui lui sont propres : un jeu sur le réel et sa mise en scène, sur l’échec apparent et le retournement de situation transformant l’obstacle en atout et, via le recours à deux lectrices labiales, là où au sens strict une seule aurait pu suffire, la mise en place d’un triangle (parole – absente – de paulo, reconstitutions de raquel et d’ana cristina) qui joue à la fois sur la complémentarité (l’une arrivant à lire ce sur quoi l’autre bute) et l’individualité (des nuances de lecture qui subsistent). on peut peut-être aussi y déceler un écho lointain au très court métrage pre evolution soccer’s one-minute dance after a golden goal in the master league (2004), danse quasi muette (juste quelques craquements de fin de face de disque vinyle) pour joueurs de football de console playstation ou un signe avant-coureur au volet « muet » (mais pas nécessairement silencieux) de tabou.

/
la question du son est un fil rouge du cinéma de miguel gomes et, on l’aura compris, pour le cinéaste et « l’animal » pimentel, le son est un territoire éminemment subjectif, peuplé de fantômes de mélodies et de chansons. avec beaucoup d’à propos la programmation du nova propose dès lors deux concerts de complices de la « tribu » gomes (mariana ricardo et norberto lobo) et un bal en prolongation de ce cher mois d’août.

/
/
tabou [tabu]
miguel gomes – portugal-france-allemagne-brésil, 2012 – 118’
30 séances – du 10 janvier au 24 février – cinéma nova

3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles

/
autres films de l’intégrale miguel gomes au cinéma nova

/
mariana ricardo ~ münchen (concert)
vendredi 11 janvier – 23h – cinéma nova


/
norberto lobo (concert)
vendredi 18 janvier – 22h – cinéma nova

/
bailecito (bal)
samedi 23 février – 24h – cinéma nova

Advertisements

Read Full Post »

gLgL_brouillard_line_cone
expanded cinema : le brouillard, non plus sur l’écran mais – palpable – dans la salle

/
/
LINE DESCRIBING A CONE

anthony McCALL

grande-bretagne – 1973

mcfb

/
/
SPECIFICATIONS FOR THE PROJECTION OF
“LINE DESCRIBING A CONE” TO AN AUDIENCE
/
please note : there is, obviously, especially for one-time showings, a certain necessary improvisatory spirit. so these specifications should be taken as guidelines rather than imperatives. however, I can say that the most successful showings that I have witnessed have been reasonably close to these recommended conditions. – anthony mccall

/
(…)
7) the light of the beam is visible through its contact with tiny particles in the air, be they from dust, humidity or smoke. the most effective and controllable method of ensuring visibility is by hiring or borrowing a “hazer”.

/
/
line describing a cone d’anthony mccall, plus island monologue (vidéo, 1976) de charlemagne palestine et une performance de manuel padding, demain à bozar cinéma, au programme de la soirée smoke signals (« une soirée en images et en musique autour du brouillard et des machines à fumée »), co-produite avec la médiathèque dans le cadre de la thématique « la théorie du brouillard ».

/
/
ce mardi 11 décembre 2012 – 20h
smoke signals
anthony mccall
– charlemagne palestine – manuel padding
bozar cinema (terarken)
rue ravenstein – 1000 bruxelles – 6 eur / 8 eur

/
/

ce soir, séquence smoke signals dans big bang sur musiq3 (entre 22h et 23h)

/
/
lien 1 [site anthony mccall]
lien 2 [vidéo de line describing a cone au festival 25fps de zagreb]
lien 3 [vidéo de line describing a cone à la tate galery de londres]
lien 4 [texte de c. chamberlain dans la revue cabinet sur l’art des particules dans l’air]
lien 5 [texte de s. biset pour la sélec sur les nuages, les nuées, les fumées, les fumigènes, etc.]

Read Full Post »

max bodson encadré / recadré – par beata szparagowska

/
/
(…) dans vos sets live récents, vous jouez régulièrement un morceau de mississippi john hurt; pour beaucoup de gens, cela suscite une série d’associations d’idées à une musique « primitive », aux craquements de vieux septante-huit tours, à une sorte d’idée implicite d’authenticité, etc. or, je lisais récemment dans revue et corrigée, un article qui expliquait par la technique comment le fait d’enregistrer cette musique avait impliqué très tôt, dès les années 1920, que certains musiciens et preneurs de sons ne tenaient pas compte des spécificités du micro (en gros le mettaient n’importe où et chantaient fort pour que ça passe) alors qu’au même moment, d’autres comprenaient que le micro devenait un instrument qui leur permettait de jouer sur du chuchoté, etc.

/
– maxime bodson : « les prises de son de ces disques – dont les premiers mississippi john hurt – sont super-bonnes. moi je ne suis pas vraiment un fan des craquements, ce n’est pas ça qui m’intéresse. mais quand j’écoute ces disques, j’entends très bien qu’il y a quelqu’un qui joue très bien et qui m’émeut par une certaine immédiateté. les prises de son n’ont rien de « pourri ». mississippi john hurt, effectivement c’est un point de départ dans la musique qu’on fait aujourd’hui parce que c’est du blues – c’est quelque chose de carré, de droit, avec des éléments primaires – mais, contrairement à beaucoup d’autres bluesmen, il a aussi un côté enfantin, une voix beaucoup plus fluette. robert johnson c’est un peu pareil, il a presque une voix de femme. c’est un contraste que j’aime beaucoup. on essaye un petit peu d’avoir ce truc-là dans notre musique. »

/
>> début de l’interview du printemps 2009 des frères max et sam bodson

/
/

à l’occasion du dixième anniversaire du label matamore, maxime bodson (du groupe patton mais aussi du projet solo squelette) rencontrera hugues warin à la médiathèque de bruxelles centre ce vendredi pour une discussion entre parole et musique. y compris en musique live puisque maxime bodson y jouera une poignée de morceaux, partagés entre compositions propres et hommages à ses pères spirituels (pour autant que cette distinction ait vraiment un sens).

/
/
ce vendredi 9 novembre 2012 – 18h30
rdv – 10 ans de matamore – morceaux choisis
maxime bodson rencontre hugues warin
médiathèque de bruxelles centre

passage 44 – 1000 bruxelles – gratuit

Read Full Post »

photo du flyer : beata szparagowska

/
/
/
on l’avoue : on a d’abord connu le trio old time [1]  black twig pickers via les traces de leurs apparitions aux côtés du regretté virtuose de la guitare acoustique jack rose (1971–2009) : e.a. deux 45t sur le label great pop supplement en 2008 et 2009 et le très bel album jack rose and the black twig pickers (beautiful happiness, 2009). plutôt que la rencontre éventuellement un peu « contre-nature » entre un orfèvre, ciseleur d’arpèges complexes, et un trio de musiciens d’appoint lui permettant de rendre sa musique en partie plus rustique et plus terrienne, différemment entrainante et, tout d’un coup, même adaptée à faire vibrer les planchers des pistes de danse rurales du sud des états-unis, il faut surtout y voir le signe de retrouvailles, d’une amitié et d’une complicité musicale de longue date. en effet, mike gangloff, violoniste-banjoïste-chanteur et leader des « black twigs » (contraction du nom complet du groupe, fréquemment utilisé par les musiciens eux-mêmes), a joué de 1993 à 2007 avec jack rose dans le groupe pelt qui, sur ses nombreux albums édités par le label vhf, proposait une musique teintée de psychédélisme, plutôt amplifiée au début puis de plus en plus acoustique, jouant la carte des longues durées et de la mise en place de drones (bourdons) hypnotiques ou méditatifs. à l’articulation entre les décennies 1990 et 2000, sans pour autant mettre fin à l’aventure pelt, tant jack rose que mike gangloff mettent en place leurs projets musicaux parallèles : solos de fingerpicking dans la lignée de john fahey et robbie basho pour rose; collecte / réinterprétation / incarnation de chansons old time au sein des black twig pickers pour gangloff. l’un comme l’autre sortent leur premier album « hors de la maison mère » en 2002. une bonne demi-décennie plus tard, hormis les albums de pelt et leurs disques communs évoqués dans les premières lignes de cet article, jack rose, mike gangloff et nathan bowles (un second membre des black twig pickers et du spiral joy band) se retrouvent sur quatre morceaux de l’album dr ragtime & pals (beautiful happiness, 2008) et sur six des dix chansons de l’album posthume luck in the valley (thrill jockey, 2010).

/
deux disques, tous deux sortis en 2008, illustrent bien les différences entre les deux projets de mike gangloff. dauphin elegies (vhf) est le seizième album de pelt; mais le premier en trio, sans jack rose. il a été enregistré « à la maison » à ironto (comté de montgomery, état de Virginie), sans électricité, entièrement en acoustique. hobo handshake (vhf), le quatrième album des black twig pickers a été enregistré dans l’espace public (trottoirs, parkings, jetées, etc.), en « faisant sortir le son de la musique dans le monde, au grand air », en compagnie de nombreux amis et invités. mais, là où dauphin elegies ne propose que quatre plages majoritairement longues (10, 12 et 32 minutes) laissant pas mal de place à l’improvisation et à l’installation lente et progressive de climats évocateurs, hobo handshake présente vingt-trois chansons, dont un grand nombre de reprises de morceaux anciens découverts via les disques (p.ex. les compilations old originals du label rounder ou secret museum of mankind de yazoo) ou, sans intermédiaires, via les visites fréquentes à de nombreux musiciens âgés vivant en Virginie ou dans les états voisins des appalaches.

/
on retrouve sur ironto special, premier album des black twigs pour le label thrill jockey en 2010, les trois piliers de leur démarche tels qu’exprimés par gangloff dans les notes de pochettes de hobo handshake : « sound as time machine / sound as personal archaeology / sound as compass » (« le son comme machine à explorer le temps / le son comme archéologie personnelle / le son comme boussole »).

/
au sein d’un répertoire de plus de cent-cinquante chansons, jouées par le groupe lors de ses concerts, ont été choisies deux chansons originales et treize reprises (une poignée de morceaux connus comme « ducks on the pond » ou « fire on the mountain », déjà enregistré par folkways à la 37th old time fiddlers convention at union groove en 1962, puis mis sous les projecteurs d’une plus grande renommée par sa présence sur la bande originale du film deliverance et sa reprise par grateful dead mais – surtout – de vraies (re)découvertes [2], « à la source », par bouche-à-oreille, apprentissage direct et passage du témoin d’une génération de musiciens à une autre ou – encore – par l’intermédiaire d’enregistrements discographiques).

/
très ancrés dans le terreau rural de leur coin (des dix-sept concerts annoncés à ce jour [= 1er juillet 2011] par le groupe d’ici la fin de l’année 2011, quinze se déroulent en virginie – dont des apparitions à la dégustation de pommes du marché fermier de blackburn ou au festival de la tomate de shawsville) et redécouvrant des instruments ou des types de jeu relativement peu utilisés même dans le giron old time (p.ex. les fiddlesticks : une manière de jouer le violon à quatre mains, par deux musiciens, à la fois à l’archet et avec des baguettes de percussion), les black twigs sont cependant des musiciens relativement jeunes (env. 40, 35 et 25 ans) et ouverts sur le monde et d’autres sonorités. leur rapport à la musique old time n’est marqué ni par la « beaufitude » (le côté souvent kitsch venu se greffer depuis quelques décennies sur la musique country mainstream) ni par la « branchitude » (un certain rapport étroitement saisonnier et fortement fashion à la musique rurale américaine… jusqu’à ce que, six ou dix-huit mois plus tard, une nouvelle mode ne vienne remplacer celle-ci) [3]. mike gangloff, nathan bowles et isak howell savent très bien que d’autres musiques existent (leurs autres projets musicaux en apportent en partie la démonstration) mais il y a fort à parier qu’ils joueront encore de la musique old time dans trois ou dans quinze ans. Leur rapport à cette musique paraît sain et sincère. comme l’écrit bill meyer pour dusted magazine : « les black twig pickers font partie d’une communauté pour qui la musique old time n’est pas juste un vieux truc pittoresque mais plutôt une partie du tissu de leur vie de tous les jours; [une communauté constituée à la fois] de praticiens de longue date et de punks non-repentants qui ne se sont pas encore débarrassés de leurs vieux t-shirts des minutemen ».

~ ~ ~ ~ ~ ~
/
[1] Pour une introduction à la notion d’old time music, lire l’article de benoit deuxant sur le coffret bristol sessions – the big bang of country music (enr. 1927-1928 – réédit. bear family, 2011)

/
[2] « nous aimons apprendre des airs plus rares ou plus excentriques que l’on n’entend pas si souvent joués par d’autres musiciens old time de la région » (mike gangloff interviewé par le site awaiting the flood)

/
[3] lire l’article « indie rockers aren’t playing americana, they’re playing dress-up » de justin farrar pour le « seattle weekly ».

/
/
samedi 21 avril 2012 – 20h
the black twig pickers (usa)
brasserie le viaduc

43 rue du viaduc – 1050 ixelles– 5 eur

/
/
lien 1 [fiddlesticks au terrastock festival]
lien 2 [panne d’électricité à ironto]
lien 3 [avec charlie parr : « ain’t no grave gonna hold my body down »]
lien 4 [les black twigs en rue au roanoke city market en juin 2007]
lien 5 [mike gangloff solo il y a un mois à cork en Irlande]

Read Full Post »

jad, david, ann et jerry fair

/
/
« c’est assez simple de jouer de la guitare ! les cordes minces produisent des sons aigus et les grosses cordes épaisses font des sons graves. et si tu joues du côté où tu grattes les cordes, le son est plus aigu qu’à l’autre bout du manche… ah, oui ! et si tu veux jouer vite… joue vite; et si tu veux jouer lentement… ralentis. c’est aussi simple que ça »
(david fair dans le documentaire the band that would be king).

/
/
au début du documentaire de jeff feuerzeig (futur réalisateur de the devil and daniel johnston), ann fair, une dame d’un certain âge, assise à côté de son mari sur le sofa d’un living room middle class, déclare très fièrement qu’on raconte que la maison familiale bicentenaire dans laquelle se déroule l’entretien a été baptisée « lieu de naissance du punk rock ». en effet, vers 1974-1975, suivant les traces de pas d’une poignée d’éclaireurs locaux tels que le mc5 et les stooges, ses deux fils david et jad fair ont fondé à ann harbor, dans le michigan, dans une chambre de leur maison d’enfance (celle évoquée douze ans plus tard dans la chanson « sex at your parents’ house » ?), leur groupe half japanese. presque sans connaissance instrumentale préalable, les deux frères et leurs premiers complices vont ressusciter – probablement sans tout à fait se rendre compte de la portée à venir de leurs intuitions – une certaine pratique du rock où l’urgence et l’énergie passent à tabac toutes les tentatives pour faire reconnaître cette musique d’adolescents en tant que forme noble ou académique, lesquelles étaient en train de plomber une grande part du rock du début des années 1970. et dans ce punk pas encore baptisé comme tel, il n’y a pas encore de normes ou de clichés, de formes ou d’uniformes : il y a encore toute la place pour leur spontanéité et leur singularité. en premier lieu, la voix reconnaissable entre mille (nasillarde, enfantine, à la lisière du parlé… ) de jad fair, mais aussi une approche factuelle de saynètes souvent faussement banales, dont lester bangs considérera l’écriture comme héritée du regard et de la syntaxe de lou reed (« i walked to the chair / then i sat in it » pour le new-yorkais, tel que cité par le critique rock; « and i said : ‘frankenstein, you must die!’ / and i shot him » pour les jeunes provinciaux en 1982). avec, de leur propre aveu, deux sujets de prédilection pour la grande majorité de leurs chansons : « love songs and monster songs » (inspiration au long cours comme en témoigne l’album jad and david fair sing your little babies to sleep, abécédaire de chansons de monstres, de a comme « abominable snowman » à z comme « zombie », en 1998).

/
/
une montagne américaine au-delà de la naïveté – david fair avait très tôt affirmé son intention de quitter le groupe à l’âge de 30 ans, il tient parole en 1984. jad fair, lui, continue sous la bannière half japanese, accompagné par d’autres amis. mais sous son nom également, suite à ses rencontres avec des musiciens tels que daniel johnston, moe tucker (la batteuse du velvet underground), kramer (grand manitou du label shimmy disc), naofumi ishimaru (yximalloo), r. stevie moore, jason willett, yo la tengo, les pastels ou teenage fanclub… il poursuit également ses activités graphiques : dessins au marqueur et d’impressionnants découpages. sans jamais vraiment exactement en faire partie – en tout cas, sans jamais s’y retrouver enfermé – jad fair aura proposé une musique qui aura successivement fait écho au punk américain à la fin des années 1970, à l’underground des microlabels de mail art et d’échange de cassettes dans les années 1980 et au grunge et à la lo-fi (comprenez: basse fidélité) du premier tiers des années 1990. à ce jour, sa discographie rien qu’en terme d’albums (lp et sc) – en laissant même de côté les cassettes des premiers temps et les « disques » immatériels en fichiers .mp3 de l’époque récente – compte au moins une soixantaine de titres, des plus pop et des plus rock aux plus expérimentaux. au cours des quatre années 1996 à 1999 – ses plus productives – il sort une vingtaine d’albums dans une dizaine de configurations différentes. comme ernest noyes brookings (1898 – 1987) qui, dans le cadre des ateliers de création duplex planet animés dans la maison de retraite où il séjournait à boston, écrivit plus de 400 poèmes au cours des sept dernières années de sa vie, sur des sujets tels que les lacets, les baisers, la calvitie, la vitesse du son, les abeilles, bob hope ou le président truman, jad fair (qui a souvent chanté / déclamé les miniatures de Brookings) dresse – au travers d’objets du quotidien (robes, pyjamas, pâtisseries, etc.), de personnages fictionnels ou historiques et de situations-clés du vivre ensemble (fêtes de toutes tailles et en tous genres) – un passionnant relevé d’un certain paysage mental nord-américain, très largement partagé par ses compatriotes (et, depuis au moins 60 ans, de plus en plus par le reste du monde).

/
> suite de mon article (sur deux disques récents de jad fair et sur son jeune cousin spirituel français manuel j. grotesque)

/
/
concerts :
ce mardi 10 avril 2012 – 20h
jad fair + gilles rieder (usa + sui)
cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 6 / 7 eur

/
/
mercredi 11 avril 2012 – 20h
jad fair + gilles rieder (usa + sui)
le consortium
37 rue de longvic – 21000 dijon (france) – 5 eur

/
/
film :
vendredi 13 avril 2012 – 20h
half japanese : the band that would be king
jeff feuerzeig – états-unis – 1993 – 90’
cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 3.5 / 5 eur

/
samedi 21 avril 2012 – 22h
half japanese : the band that would be king
jeff feuerzeig – états-unis – 1993 – 90’
cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 3.5 / 5 eur

/
/
lien 1 [site officiel de jad fair]
lien 2 [extrait du début du film de jeff feuerzeig]
lien 3 [half japanese ‘live in hell’ – début des années 1980 ?]
lien 4 [half japanese avec moe tucker à toronto en 1989]
lien 5 [jad et nao, en concert]
lien 6 [jad et gilles… il y a 2 jours à paris]

Read Full Post »

zully adler et quelques-unes de ses très belles cassettes sorties sur goaty tapes


/
+ accueil de zully adler (musicien dans banana head et tête pensante / cheville ouvrière du label cassettes goaty tapes) à l’occasion de son concert (midpoint – 08.03.12) à l’occasion de la sortie de son 45t « goon house » sur lexi disques
+ hommage à gérard rinaldi (les charlots / les problèmes – 1943-2012) et spéciale jean-claude vannier au lendemain de son mémorable concert bruxellois

/
= = = = = = =
 P L A Y L I S T
= = = = = = =

1- les charlots (feat. gérard rinaldi) hbibi diali (maroquinerie) – 7” “sois érotique” (vogue, 1970)

======
2- banana head chili heatwave – split cassette with the phantom payn (goaty tapes, 2011)
3- banana head dates canoga – 7” “goon house” (lexi disques, 2012)
4- banana head phone call – cassette “in the tubs” (goaty tapes, 2009)

======
5- the phantom payn selling an old wet shoe – split cassette with banana head (goaty tapes, 2011)
6- julian lynches’s – cassette “buffalo songs” (goaty tapes, 2011)
7- pauline manson dreamlike mohawk – cassette “washed to oblivion” (goaty tapes, 2011)

======
8- ignatz the remaining light – cassette “a canine and a kitten in the car” (goaty tapes, 2009)
9- picayune – (untitled) – cassette “stunned / no intentions” (goaty tapes, 2011)
10- soviet popworldview song – cassette “in the chamber”

======
11- baronic wall the pier – cassette “traditional appearance” (goaty tapes, 2010)
12- simon frank can’t talk – cassette “unheated neighbors” (goaty tapes, 2010)
13- death lightsucker dimension – cassette “in the chamber” (goaty tapes, 2010)

======
14- standard premiums (feat. zully adler) – (untitled) – (unreleased)
15- chung rider (feat. zully adler) (untitled) – (unreleased)
16- zully adler, li qing & li weisi (untitled) – (unreleased)

======
17- dr john did she mention my name – “old and new dreams” (black saint, 1977)

======
18- jean-claude vannier(générique) – vhs “les chemins de katmandou” (les films de ma vie, 1999)
19- jean-claude vannierl’ours paresseux – compilation “electro-rapide” (finders keepers, 2011)
20- jean-claude vannier / serge gainsbourgavant de mourir – “cannabis (bande originale du film)” (philips, 1970)
21- jean-claude vannierclaquez klaxons – compilation “electro-rapide” (finders keepers, 2011)
22- jean-claude vannier la mauvaise réputation – “l’orchestre de jean-claude vannier interprète les musiques de georges brassens” (philips, 1974)
23- jean-claude vanniertheme 504 – compilation “electro-rapide” (finders keepers, 2011)
24- jean-claude vannierje m’appelle géraldine – 7” “l’enfant, la mouche et les allumettes” (finders keepers, 2006)
25- léonieen alabama – 7” “en alabama / wahala manitou” (les disques motors, 1971)

======
26- jean-claude vannierqu’est-ce qui fait courir les crocodiles? – compilation “electro-rapide” (finders keepers, 2011)

==
==

MU
“deux heures de contrastes en musiques mutines et mutantes”
est l’émission radio que j’anime presque tous les dimanches de 20.30 à 22.30
sur radio campus bruxelles (92.1 mhz à bruxelles ou en streaming)
avec david mennessier (dj rupert pupkin) david zabala jarrin et jean-françois henrion.

Read Full Post »

john butcher au festival all tomorrow’s parties de 2010 (programmé par gybe ; photographié par sam shepherd), au musée de la pierre oya au japon (photo : osamu enamoto) et dans le lyness oil tank sur l’île de hoy (photo : garrard martin).

/
/
double actualité bruxelloise autour du saxophoniste anglais john butcher en cette fin de semaine : un concert au cinéma nova ce samedi soir et, la veille, une introduction sans doute idéale (quand on connait la haute tenue – accessible tant aux déjà convaincus qu’aux néophytes – de l’ensemble des exposés du cycle), la veille à la médiathèque de bruxelles-centre, par hugues warin qui replacera john butcher dans une famille bigarrée de saxophonistes (cf. au bas de ce billet).

/
/
l’occasion de ressortir un portrait écrit en 2008 pour la sélec (puis pour le projet archipel) :

/
/
john butcher
est un saxophoniste improvisateur (aux saxophones soprano et ténor), né en 1954 à brighton et vivant depuis les années septante à londres. au cours des quinze dernières années, la médiathèque a progressivement constitué une collection d’une petite centaine de disques qui jalonnent le parcours créatif et personnel de ce musicien qui nous a souvent très profondément touchés lors de ses concerts. le temps était venu de vous le présenter et de lui demander de choisir lui-même une douzaine de portes d’entrées à sa foisonnante discographie.

/
en 1982, john butcher défend sa thèse de doctorat en physique théorique « spin effects in the production and weak decay of heavy quarks » [sans rentrer dans les détails, les quarks sont des particules élémentaires, nommées poétiquement d’après… « finnegan’s wake » de james joyce]. si lui-même préfère ne pas trop insister sur les liens entre physique et musique, entre recherche scientifique et explorations sonores, c’est cependant bien au cours de ses années passées à l’université que l’on peut trouver le point originel de toutes ses aventures musicales ultérieures. en duo avec le pianiste et compositeur chris burn qui, à cette époque, joue souvent les doigts directement sur les cordes, à l’intérieur du piano, plutôt que sur les touches du clavier puis, dès 1984, en trio avec le guitariste john russel et le violoniste phil durrant, butcher est confronté par la pratique à trouver des sons de saxophone qui n’écrasent pas ceux, beaucoup plus fragiles, des instruments à cordes. une recherche de nouveaux sons non immédiatement connotés « jazz » ou « saxophone » qui l’oblige à la fois à prendre de la distance vis-à-vis de son instrument (« au cours de cette première époque, je me suis souvent retrouvé dans la situation où j’avais en tête un son – qui pouvait être un son d’un disque de howlin’ wolf ou d’une œuvre de penderecki – et de chercher à le recréer sur l’instrument. le seul moyen d’y arriver, c’était d’oublier que je tenais entre les mains un saxophone ») et à s’y consacrer corps et âme, en déroulant des heures et des heures d’un jeu de saxophone beaucoup plus conventionnel que ce qu’il en fait dans sa propre musique (« la différence entre une harmonique résonnante telle que je la recherche et un horrible ‘scrouitch’ est tellement ténue – il suffit d’une petite erreur des lèvres ou des doigts – que répéter est la seule solution. parce que je joue beaucoup aux frontières des possibilités de l’instrument, utilisant des sons à la limite du contrôlable »). de ce dialogue avec les sonorités vulnérables des instruments à cordes de ses amis découle directement une sorte de transparence de ses propres couleurs sonores, un sens inouï des microdétails et un certain bagage quasi éthique (une attitude) de la délicatesse et de la prévenance dans l’écoute et dans la place laissée à ses co-improvisateurs. ce qui ne l’empêche néanmoins pas, de temps en temps, ces dernières années, de se frotter à des musiciens plus énergiques (paal nilssen-love) ou bruyants (andy moor, thomas lehn) et de s’y faire entendre.

/
dans une seconde étape de son parcours, entamée en 1997 par des duos avec son complice de la première heure phil durrant qui jouait désormais autant d’électronique que de violon, john butcher, très influencé par certaines œuvres de xenakis ou de stockhausen dans sa jeunesse, a eu à se poser de nouvelles questions d’interaction sonore: comment interagir avec l’électronique ou d’autres tactiques analogues de modulation du son ? Il se confrontera ainsi par exemple avec la no input mixing desk (table de mixage en circuit fermé de feedback) de toshimaru nakamura ou le laptop de christian fennesz dans le cadre du collectif acoustique-électronique polwechsel

/
une dernière ligne de force ayant accompagné sur la longue durée les vingt-cinq premières années du parcours de john butcher qu’on relèvera ici dans cette présentation rapide réside dans son attachement à l’exploration des lieux. c’est-à-dire dans le jeu avec les particularités d’écho et de réverbération d’espaces naturels ou construits: citernes, silos, gazomètre à oberhausen, musée de la pierre oya dans les montagnes japonaises (cavern with a nightlife), mausolée pharaonesque d’une lignée de ducs écossais (resonant spaces)…


/
/
>
présentation de 12 disques de sa discographie
   (choisis à l’époque – en 2008 – par john butcher lui-même)

/
>
un choix de 12 coups de cœur musicaux et cinématographiques
   (où l’on croise e.a. roscoe holcomb, laura nyro, captain beefheart, michael powell et emeric pressburger, etc.)

/
/
vendredi 9 décembre 2011 – 19h30
rendez-vous par hugues warin
« de john coltrane à john butcher »
la médiathèque de bruxelles-centre
passage 44 – 1000 bruxelles – gratuit

/
samedi 10 décembre 2011 – 22h
john butcher
(ang)
cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 6 eur / 7.5 eur

/
/
lien 1 [site officiel de john butcher]
lien 2 [le site de la tournée écossaise resonant spaces]
lien 3 [john butcher + mark sanders à londres en 2008]
lien 4 [john butcher + max eastley à londres en 2008]
lien 5 [john butcher + john edwards à londres en 2010]
lien 6 [john butcher + andy moor + thomas lehn]
lien 7 [john butcher + christian marclay à londres en 2010]

Read Full Post »

Older Posts »