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Archive for the ‘présentation musiciens’ Category

gLgL blow up disques

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sortie en 2001 sur le label plain recordings de san francisco, la compilation iamaphotographer. a été conçue comme un hommage en musique à blow up (1966) de michelangelo antonioni. elle reprend 13 propositions musicales émanant de quelques éclaireurs du rock, du jazz, du folk ou des musiques électroniques (richard youngs, sun city girls, loren mazzacane connors, william parker, arthur doyle, matmos, etc. ). tenter de suivre les fils qui relient ces multiples approches sonores du film à leur objet de fascination et d’inspiration amène presque automatiquement à réécouter sa bande-son d’origine – voire à le re-regarder en confiant, plus que de coutume, à nos oreilles le poste de commandement de notre vision.

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il est de notoriété publique que la musique de blow up (1966) avait été confiée par le cinéaste italien déjà quinquagénaire (1912-2007) au jeune pianiste et compositeur de jazz herbie hancock (1940), compagnon de route de miles davis à l’époque. quand on réécoute – sans images ni narration explicite, donc – le cd de cette bande originale, au-delà de la présence du très rock « stroll on » des yardbirds de jeff beck et jimmy page (la scène du concert dans la boite, vers la fin du film, dont on se souvenait bien) et de deux chansons psychédélisantes (l’une sans paroles ; l’autre chantée) dues à deux membres de lovin’ spoonful (absentes du lp de 1966 et rajoutées lors de sa réédition en cd), ce qui nous frappe – dans la musique même de hancock et de ses acolytes – ce sont ces inflexions swing, planantes ou psychédéliques, la porosité de leur jazz aux sons et mélodies de la pop. et cela nous paraît encore plus clair à la vision du film : l’utilisation et la mise en place de la musique de herbie hancock (et de ses brillants complices parmi lesquels ron carter, tony williams, joe henderson, freddie hubbard, etc.) tend presque plus à la faire oublier qu’à la faire remarquer. ses volutes se fondent quasiment dans le décorum et le monde d’objets du milieu de la mode du swinging london des années 1960, elles semblent émaner presque « organiquement » des phonographes et autoradios (pour antonioni la musique devait être discrète et « naturelle », donc exclusivement diégétique – hancock eut besoin de quelques jours pour digérer la première vision de la version mixée du film et l’estompage de ses compositions). mais, s’il y a bien à la fois ce souci de naturel et une motivation quasi documentaire (au-delà du goût d’antonioni pour le jazz – cf. la fin de cet article – il explique très vite à hancock qu’il fait appel à lui parce que le jazz est la bande-son de la plupart des sessions de photos de mode à londres à l’époque), on ne tombe jamais dans le naturalisme ; il y a fréquemment des effets de stylisation, d’onirisme ou d’étrangeté notamment dans les rapports entre la pulsation de la musique et le rythme de l’action. ainsi, lors du premier shooting du film avec la top-modèle veruschka, la musique que le photographe demande à  son assistant (« reg, let’s have some noise, can we ? » – sous-titre du dvd : « reg, du jazz ! »)  est divisée en deux parties différemment syncopées, articulées, quasi dans la continuité, par un break presque imperceptible. et ce point d’articulation correspond précisément à un changement d’appareil (d’un 6×6 sur pied, il passe à un 24×36) et d’attitude de la part du photographe (de distante et posée, sa position devient entreprenante, exploratrice et conquérante). plus loin dans le film, c’est plus dans le décollage que dans le calage que se joue le rapport entre musique et action diégétique : sur fond d’une mélodie jazz-swing plutôt chaloupée, thomas (david hemmings) et jane (vanessa redgrave) fument un joint, comme au ralenti (le premier donne à la seconde des instructions qui pourraient être celles d’un musicien leader à ses collègues : « slowly », « against the beat »… ).

gLgL blow up 2 appareils

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blow up
est un film de personnages très vides, évoluant dans un milieu où le paraître prend le pas sur l’être, et où les surfaces (la peau des modèles, le papier photographique) comptent plus que les organes de la profondeur (les tripes, les sexes ou le cœur). mais c’est aussi un film très rempli, quasi saturé d’informations et de signes (quelques restes de la nouvelle de départ de cortázar mais aussi nombre de détails liés à l’époque, à Londres et à l’angleterre, mais aussi au milieu de la photographie, à celui de la mode ; signs of the times et genius loci). dans ce contexte de surcharge, ce que je trouve le plus beau dans blow up ce sont justement deux longues séquences quasi silencieuses (pas de parole, pas de musique, juste quelques sons discrets) : celle des photos dans le parc (le bruit du vent dans les feuilles des arbres) et celle – intrinsèquement liée / en correspondance – du tirage des photos et de l’émanation, des bacs de révélateur et de fixateur de la chambre noire, d’une réalité jusque-là cachée.

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« – what are you doing ? stop it ! stop it !
give me those pictures. you can’t photograph people like that !
– who says I can’t?
i am only doing my job. some people are bullfighters, some people are politicians…
i am a photographer. »
(altercation entre jane et thomas sur les marches de l’escalier du parc)

gLgL blow up i am

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comme deux ans plus tard sur le même label, toujours plain recordings, le projet you can never go fast enough (2003) irait planter ses racines du côté du film-culte de monte hellman two lane blacktop [macadam à deux voies], en 2001 le projet iamaphotographer. n’entend ni rejouer la b.o. de hancock pour blow up ni lui en réinventer une autre (comme greg weeks et ses acolytes du valerie project allaient en 2007 recomposer une bande-son alternative à celle de luboš fišer pour le film valérie au pays des merveilles de jaromil jireš) mais proposer blow up comme point de départ et source d’inspiration à une série de musiciens.

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entre jazz et rock (trip-hop), entre groove et montées de volutes de saxophone, les relativement inconnus mushroom et birdsong’s air force collent sans doute le plus à ce qu’aurait pu être la musique de hancock revue par un musicien « fusion » qui aurait eu 25 ans en l’an 2000. le morceau des seconds s’intitule « full frontal nudity » : est-ce là tout ce qu’ils ont retenu du film ? niveau titre de chanson, on préfèrera celui du duo de musique électronique conceptuelle matmos : « despite its aesthetic advances, in its policing of the sexuality of public space antonioni’s film perpetuates misogyny and homophobia ». on est ici dans la lignée du « what’s yr take on cassavettes ? » du groupe féministe queer le tigre (« what’s yr take on cassavetes / we’ve talked about it in letters / and we’ve talked about it on the phone / but how you really feel about it / i don’t really know / what’s yr take on cassavetes ? (x 4) / misogynist ? genius ? misogynist ? genius ? (x2) / what’s yr take on cassavetes ? (x4) / alcoholic ? messiah ? alcoholic ? messiah ? ») dans un paysage culturel américain où, à la croisée des gender studies et du militantisme gay, des cinéastes établis sont bousculés sur leur piédestal pour des critères qui n’ont plus rien à voir avec ceux du cinéma ou de la cinéphilie. et ce n’est pas un mal. Il y a juste que pour revenir à matmos, musicalement l’intérêt retombe (basse groovy et extraits des conversations radio entre le photographe dans sa voiture et l’opératrice privée de son port d’attache, de son studio). le propos reste relativement cryptique et en dit peut-être autant sur matmos (p.ex. leurs problèmes avec la censure homophobe dans plusieurs états des états-unis ou leur album the rose has teeth in the mouth of a beast qui comprend 10 morceaux en hommage à une personnalité gay ou bisexuelle inspirante : william burroughs, joe meek, ludwig wittgenstein, valerie solanas, patricia highsmith, etc. ) que sur antonioni. sauf qu’en ne délivrant pas l’explication riche, nuancée et étayée de leur interminable titre militant, m.c. schmidt et drew daniel renvoient du coup l’auditeur à une nouvelle vision de blow up pour qu’il s’y forge son propre avis. pas bête ! le guitariste britannique richard youngs ne s’embarrasse pas d’autant de conceptualité ou de conceptualisme et livre avec « 1966 » une balade pastorale pour guitare, flûtes et clochettes, sorte de relecture à distance de l’esprit d’une époque qui est aussi celle de sa naissance.

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mais, c’est peut-être son aîné américain loren mazzacane connors qui, avec « the wind in the trees / the couple », le morceau le plus court de la compilation, offre paradoxalement la proposition la plus ample, la plus ouverte, la plus aérée… on raconte qu’antonioni écouta des centaines d’enregistrements de vent soufflant dans les arbres pour trouver la bonne texture sonore pour la scène du parc. trente-cinq ans plus tard, connors s’approprie ce moment de temps suspendu avec une composition à base de guitare lointaine, de souffle, de vibrations de membranes d’ampli ; de profondeur de champ, donc d’espace sonore. et de temps : son morceau nous paraît durer deux ou trois fois sa durée réelle de 2’30’’.

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on finira sur les invitations à participer au projet faites à william parker et arthur doyle, deux jazzmen free environ dix ans plus jeunes que herbie hancock. leur présence s’inscrit dans la logique de cette filiation en pointillés mais me parait aussi faire très bien écho à « the naked camera », le morceau de la b.o. d’origine dont le lyrisme des cuivres et une série de hachures de saxophone et de piano rapproche le plus d’une certaine lignée du free jazz. Les 9 minutes du long solo de contrebasse de parker peut rappeler l’intro de ce morceau, si ce n’est que ce dernier joue surtout à l’archet là où ron carter jouait aux doigts. en écoutant, la mélopée pour voix plaintive et stridences de saxophone « you end me on the african express » de doyle, il est difficile d’y déceler immédiatement un lien clair avec blow up. la connexion est peut-être plus indirecte. herbie hancock raconte : « [antonioni] m’a dit qu’il voulait que le musique du film soit jazz parce que c’était la musique qu’il aimait. Je lui ai demandé qui étaient quelques-uns de ses musiciens préférés et il m’a dit que son musicien favori était le saxophoniste albert ayler. j’étais soufflé ! il voyait qui était albert ayler ? » (notes de pochette de la réédition cd de la b.o. ). par leur amour des rengaines populaires, d’une musique de la convulsion et du cri strident, leurs flirts avec l’idée établie de cacophonie, albert ayler et arthur doyle sont comme dans un même flot expressif où le second aurait repris le flambeau (le saxophone) du premier, trop tôt noyé dans les eaux de la hudson river.

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iamaphotographer. a les défauts de 90% des compilations : un niveau inégal et une intensité qui varie d’une plage à l’autre, le voisinage de belles réussites et de propositions qui nous laissent de marbre. les liens qui se tissent avec blow up ne sont pas toujours évidents mais la disparité des approches souligne justement comment un même film, même aussi canonisé que le film londonien d’antonioni, peut être vu et lu sous des angles très différents les uns des autres.

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mercredi 19 juin 2013 – 18h30
antonioni à l’actif présent – enjeux d’une exposition de cinéma
conférence par dominique païni
pointculure (médiathèque) de bruxelles-centre
passage 44 – 44 bld botanique – 1000 bruxelles – gratuit mais réserver au 02 218 44 27

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du samedi 22 juin au dimanche 8 septembre 2013
michelangelo antonioni – il maestro del cinema moderno
exposition
bozar (palais des beaux-arts)
rue ravenstein – 1000 bruxelles – gratuit

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okraina1_mains

okraïna #1 : éloïse decazes + eric chenaux (double 25cm / 3 faces)

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il y a deux mois, début octobre, est sorti – dans sa très belle pochette signée gwénola carrère – le premier disque de mon micro-label okraïna : un album 8 titres d’éloïse decazes et eric chenaux.

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à l’heure où avec la chronique de clive bell dans le wire #347 de janvier 2013, le disque connait ses premiers échos hors francophonie, l’occasion est belle de revenir sur les premiers articles belges et français de ces dernières semaines :

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lien 1 [site okraïna]
lien 2 [page f*b* okraïna]

lien 3 [chronique sur le webzine le fond de l’air est french]
lien 4 [chronique par stéphane deschamps pour les inrocks]
lien 5 [concert à emporter pour la blogothèque]
lien 6 [chronique et interview dans rif raf – à la page 13]

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photos : beata szparagowska

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max bodson encadré / recadré – par beata szparagowska

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(…) dans vos sets live récents, vous jouez régulièrement un morceau de mississippi john hurt; pour beaucoup de gens, cela suscite une série d’associations d’idées à une musique « primitive », aux craquements de vieux septante-huit tours, à une sorte d’idée implicite d’authenticité, etc. or, je lisais récemment dans revue et corrigée, un article qui expliquait par la technique comment le fait d’enregistrer cette musique avait impliqué très tôt, dès les années 1920, que certains musiciens et preneurs de sons ne tenaient pas compte des spécificités du micro (en gros le mettaient n’importe où et chantaient fort pour que ça passe) alors qu’au même moment, d’autres comprenaient que le micro devenait un instrument qui leur permettait de jouer sur du chuchoté, etc.

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– maxime bodson : « les prises de son de ces disques – dont les premiers mississippi john hurt – sont super-bonnes. moi je ne suis pas vraiment un fan des craquements, ce n’est pas ça qui m’intéresse. mais quand j’écoute ces disques, j’entends très bien qu’il y a quelqu’un qui joue très bien et qui m’émeut par une certaine immédiateté. les prises de son n’ont rien de « pourri ». mississippi john hurt, effectivement c’est un point de départ dans la musique qu’on fait aujourd’hui parce que c’est du blues – c’est quelque chose de carré, de droit, avec des éléments primaires – mais, contrairement à beaucoup d’autres bluesmen, il a aussi un côté enfantin, une voix beaucoup plus fluette. robert johnson c’est un peu pareil, il a presque une voix de femme. c’est un contraste que j’aime beaucoup. on essaye un petit peu d’avoir ce truc-là dans notre musique. »

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>> début de l’interview du printemps 2009 des frères max et sam bodson

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à l’occasion du dixième anniversaire du label matamore, maxime bodson (du groupe patton mais aussi du projet solo squelette) rencontrera hugues warin à la médiathèque de bruxelles centre ce vendredi pour une discussion entre parole et musique. y compris en musique live puisque maxime bodson y jouera une poignée de morceaux, partagés entre compositions propres et hommages à ses pères spirituels (pour autant que cette distinction ait vraiment un sens).

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ce vendredi 9 novembre 2012 – 18h30
rdv – 10 ans de matamore – morceaux choisis
maxime bodson rencontre hugues warin
médiathèque de bruxelles centre

passage 44 – 1000 bruxelles – gratuit

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saturnian, le disque du retour (en solo) après la greffe de foie de 2009

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« he’s one of the last mohicans »
(matthew shipp – pianiste)

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« (since the beginning of the 1970’s) he was cutting the fat out of the music… »
(william parker – contrebassiste)

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appris hier avec beaucoup beaucoup de tristesse la mort du saxophoniste david s. ware, auteur avec la dream team de son quartet (cf. plus bas) d’un des vingt concerts de ma vie.

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tentative de notes biographiques : né dans le new jersey en 1949 (d’un père grand amateur de musique possédant des centaines de disques), c’est dans les public schools de cet état qu’âgé de 9 ans le petit david spencer ware se met à jouer du saxophone. à l’adolescence, il joue du sax ténor mais aussi éventuellement du sax alto ou baryton, pourvu qu’il puisse jouer, le plus possible, que ce soit dans le dance band ou le marching band de son école ou dans le new jersey all-state band. il emprunte des disques de jazz moderne à un ami de son père et descend régulièrement à new york voir john coltrane, archie shepp ou sonny rollins en concerts. en 1966, encore teenager c’est son mentor sonny rollins qui lui apprend la respiration circulaire. précisément à la même époque, alors qu’il a dix-sept ans, david s. ware part suivre les cours du fameux berklee college of music à boston. il s’y concentre désormais quasi exclusivement sur le sax ténor. peu de temps après, avec quelques amis il fonde the third world, son premier groupe (piano électrique, congas, violon, deux saxophones) avec lequel en 1971 il enregistrera awareness, un lp autoproduit rarissime se monnayant aujourd’hui vers les 450 euros. au cours des années 1970, revenu à new york, david s. ware joue surtout aux côtés du batteur andrew cyrille et du pianiste cecil taylor. les années 1980 seront des années « de peu de disques » (apparemment rien entre birth of a being en 1979 et passage to music en 1988), sans doute une partie des quatorze années où david s. ware officie comme chauffeur de taxi à new york. mais à partir de 1989, il reviendra en force avec un fabuleux quartet en forme de dream team : autour de lui, on y retrouve en effet william parker à la contrebasse, matthew shipp au piano et une série de batteurs (dont parfois la batteuse susie ibarra).

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le moment de passer de l’informatif au subjectif, de la biographie aux souvenirs :

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trop d’émotions au premier rang : david s. ware quartet, concert au théâtre marni : freedom suite, (ars musica, 2003)
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un samedi soir de mars 2003 à ixelles (bruxelles), près des étangs… dans une volonté de sortir – un rien ; « pour se donner bonne conscience » diront les sceptiques et les durs-à-cuire – de la musique classique savante, occidentale et blanche, le festival de musique contemporaine ars musica programme du jazz au théâtre marni. ce soir-là, le saxophoniste david s. ware – accompagné par william parker, guillermo e. brown et matthew shipp – revisite la freedom suite de sonny rollins. tonitruances, lyrisme et sensualité : à ce jour, le concert de jazz qui me laisse le souvenir le plus incandescent. chair de poule ; larmes aux yeux.
(petite notule restée inédite pour un top 25 d’émotions jazz jamais achevé (x) pour le blog susauvieuxmonde de l’ami tatum)

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lien 1 [très intéressant entretien de 1998 par w. sacks pour perfect sound forever]
lien 2 [court métrage a world of sound d’amine kouider sur le site de la david lynch foundation]
lien 3 [extrait de concert du quartet en sardaigne en 2004]
lien 4 [site officiel]

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(x)   1/ peter brötzmann octet : machine gun (brötzmann, 1968) – 2/ luc ferrari et gérard patris :  les grandes répétitions – cecil taylor à paris (ortf, 1966) – 3/ jean-louis comolli : « l’œil contrôle, le corps écoute (filmer le free) » (festival de locarno / cahiers du cinéma, 2003) – 4/ david s. ware quartet : freedom suite (concert au marni, ars musica, bruxelles, 2003) – 5/ don cherry / krzysztof penderecki / the new eternal rhythm orchestra : actions (wergo, 1973) – 6/ willem breuker : « waddenzee suite » sur johan van der keuken : music for his films (bvhaast, 1978) – 7/ peter brötzmann + han bennink : schwarzwaldfahrt (fmp, 1977) – 8/ art ensemble of chicago : people in sorrow (nessa / pathé, 1969) – 9a/ brigitte fontaine [et l’art ensemble of chicago] : comme à la radio (saravah, 1970) – 9b/ alfred panou [et l’art ensemble of chicago] : « je suis un sauvage » / « le moral nécessaire » – 10/ sun ra and his myth science arkestra : cosmic tones for mental therapy (el saturn, 1967) – 11/ (le public de) han bennink à jimma en éthiopie en 2004 – 12/ arthur doyle : the songwriter (ecstatic peace, 1997) – etc. [inachevé]

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photo du flyer : beata szparagowska

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on l’avoue : on a d’abord connu le trio old time [1]  black twig pickers via les traces de leurs apparitions aux côtés du regretté virtuose de la guitare acoustique jack rose (1971–2009) : e.a. deux 45t sur le label great pop supplement en 2008 et 2009 et le très bel album jack rose and the black twig pickers (beautiful happiness, 2009). plutôt que la rencontre éventuellement un peu « contre-nature » entre un orfèvre, ciseleur d’arpèges complexes, et un trio de musiciens d’appoint lui permettant de rendre sa musique en partie plus rustique et plus terrienne, différemment entrainante et, tout d’un coup, même adaptée à faire vibrer les planchers des pistes de danse rurales du sud des états-unis, il faut surtout y voir le signe de retrouvailles, d’une amitié et d’une complicité musicale de longue date. en effet, mike gangloff, violoniste-banjoïste-chanteur et leader des « black twigs » (contraction du nom complet du groupe, fréquemment utilisé par les musiciens eux-mêmes), a joué de 1993 à 2007 avec jack rose dans le groupe pelt qui, sur ses nombreux albums édités par le label vhf, proposait une musique teintée de psychédélisme, plutôt amplifiée au début puis de plus en plus acoustique, jouant la carte des longues durées et de la mise en place de drones (bourdons) hypnotiques ou méditatifs. à l’articulation entre les décennies 1990 et 2000, sans pour autant mettre fin à l’aventure pelt, tant jack rose que mike gangloff mettent en place leurs projets musicaux parallèles : solos de fingerpicking dans la lignée de john fahey et robbie basho pour rose; collecte / réinterprétation / incarnation de chansons old time au sein des black twig pickers pour gangloff. l’un comme l’autre sortent leur premier album « hors de la maison mère » en 2002. une bonne demi-décennie plus tard, hormis les albums de pelt et leurs disques communs évoqués dans les premières lignes de cet article, jack rose, mike gangloff et nathan bowles (un second membre des black twig pickers et du spiral joy band) se retrouvent sur quatre morceaux de l’album dr ragtime & pals (beautiful happiness, 2008) et sur six des dix chansons de l’album posthume luck in the valley (thrill jockey, 2010).

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deux disques, tous deux sortis en 2008, illustrent bien les différences entre les deux projets de mike gangloff. dauphin elegies (vhf) est le seizième album de pelt; mais le premier en trio, sans jack rose. il a été enregistré « à la maison » à ironto (comté de montgomery, état de Virginie), sans électricité, entièrement en acoustique. hobo handshake (vhf), le quatrième album des black twig pickers a été enregistré dans l’espace public (trottoirs, parkings, jetées, etc.), en « faisant sortir le son de la musique dans le monde, au grand air », en compagnie de nombreux amis et invités. mais, là où dauphin elegies ne propose que quatre plages majoritairement longues (10, 12 et 32 minutes) laissant pas mal de place à l’improvisation et à l’installation lente et progressive de climats évocateurs, hobo handshake présente vingt-trois chansons, dont un grand nombre de reprises de morceaux anciens découverts via les disques (p.ex. les compilations old originals du label rounder ou secret museum of mankind de yazoo) ou, sans intermédiaires, via les visites fréquentes à de nombreux musiciens âgés vivant en Virginie ou dans les états voisins des appalaches.

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on retrouve sur ironto special, premier album des black twigs pour le label thrill jockey en 2010, les trois piliers de leur démarche tels qu’exprimés par gangloff dans les notes de pochettes de hobo handshake : « sound as time machine / sound as personal archaeology / sound as compass » (« le son comme machine à explorer le temps / le son comme archéologie personnelle / le son comme boussole »).

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au sein d’un répertoire de plus de cent-cinquante chansons, jouées par le groupe lors de ses concerts, ont été choisies deux chansons originales et treize reprises (une poignée de morceaux connus comme « ducks on the pond » ou « fire on the mountain », déjà enregistré par folkways à la 37th old time fiddlers convention at union groove en 1962, puis mis sous les projecteurs d’une plus grande renommée par sa présence sur la bande originale du film deliverance et sa reprise par grateful dead mais – surtout – de vraies (re)découvertes [2], « à la source », par bouche-à-oreille, apprentissage direct et passage du témoin d’une génération de musiciens à une autre ou – encore – par l’intermédiaire d’enregistrements discographiques).

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très ancrés dans le terreau rural de leur coin (des dix-sept concerts annoncés à ce jour [= 1er juillet 2011] par le groupe d’ici la fin de l’année 2011, quinze se déroulent en virginie – dont des apparitions à la dégustation de pommes du marché fermier de blackburn ou au festival de la tomate de shawsville) et redécouvrant des instruments ou des types de jeu relativement peu utilisés même dans le giron old time (p.ex. les fiddlesticks : une manière de jouer le violon à quatre mains, par deux musiciens, à la fois à l’archet et avec des baguettes de percussion), les black twigs sont cependant des musiciens relativement jeunes (env. 40, 35 et 25 ans) et ouverts sur le monde et d’autres sonorités. leur rapport à la musique old time n’est marqué ni par la « beaufitude » (le côté souvent kitsch venu se greffer depuis quelques décennies sur la musique country mainstream) ni par la « branchitude » (un certain rapport étroitement saisonnier et fortement fashion à la musique rurale américaine… jusqu’à ce que, six ou dix-huit mois plus tard, une nouvelle mode ne vienne remplacer celle-ci) [3]. mike gangloff, nathan bowles et isak howell savent très bien que d’autres musiques existent (leurs autres projets musicaux en apportent en partie la démonstration) mais il y a fort à parier qu’ils joueront encore de la musique old time dans trois ou dans quinze ans. Leur rapport à cette musique paraît sain et sincère. comme l’écrit bill meyer pour dusted magazine : « les black twig pickers font partie d’une communauté pour qui la musique old time n’est pas juste un vieux truc pittoresque mais plutôt une partie du tissu de leur vie de tous les jours; [une communauté constituée à la fois] de praticiens de longue date et de punks non-repentants qui ne se sont pas encore débarrassés de leurs vieux t-shirts des minutemen ».

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[1] Pour une introduction à la notion d’old time music, lire l’article de benoit deuxant sur le coffret bristol sessions – the big bang of country music (enr. 1927-1928 – réédit. bear family, 2011)

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[2] « nous aimons apprendre des airs plus rares ou plus excentriques que l’on n’entend pas si souvent joués par d’autres musiciens old time de la région » (mike gangloff interviewé par le site awaiting the flood)

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[3] lire l’article « indie rockers aren’t playing americana, they’re playing dress-up » de justin farrar pour le « seattle weekly ».

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samedi 21 avril 2012 – 20h
the black twig pickers (usa)
brasserie le viaduc

43 rue du viaduc – 1050 ixelles– 5 eur

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lien 1 [fiddlesticks au terrastock festival]
lien 2 [panne d’électricité à ironto]
lien 3 [avec charlie parr : « ain’t no grave gonna hold my body down »]
lien 4 [les black twigs en rue au roanoke city market en juin 2007]
lien 5 [mike gangloff solo il y a un mois à cork en Irlande]

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jad, david, ann et jerry fair

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« c’est assez simple de jouer de la guitare ! les cordes minces produisent des sons aigus et les grosses cordes épaisses font des sons graves. et si tu joues du côté où tu grattes les cordes, le son est plus aigu qu’à l’autre bout du manche… ah, oui ! et si tu veux jouer vite… joue vite; et si tu veux jouer lentement… ralentis. c’est aussi simple que ça »
(david fair dans le documentaire the band that would be king).

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au début du documentaire de jeff feuerzeig (futur réalisateur de the devil and daniel johnston), ann fair, une dame d’un certain âge, assise à côté de son mari sur le sofa d’un living room middle class, déclare très fièrement qu’on raconte que la maison familiale bicentenaire dans laquelle se déroule l’entretien a été baptisée « lieu de naissance du punk rock ». en effet, vers 1974-1975, suivant les traces de pas d’une poignée d’éclaireurs locaux tels que le mc5 et les stooges, ses deux fils david et jad fair ont fondé à ann harbor, dans le michigan, dans une chambre de leur maison d’enfance (celle évoquée douze ans plus tard dans la chanson « sex at your parents’ house » ?), leur groupe half japanese. presque sans connaissance instrumentale préalable, les deux frères et leurs premiers complices vont ressusciter – probablement sans tout à fait se rendre compte de la portée à venir de leurs intuitions – une certaine pratique du rock où l’urgence et l’énergie passent à tabac toutes les tentatives pour faire reconnaître cette musique d’adolescents en tant que forme noble ou académique, lesquelles étaient en train de plomber une grande part du rock du début des années 1970. et dans ce punk pas encore baptisé comme tel, il n’y a pas encore de normes ou de clichés, de formes ou d’uniformes : il y a encore toute la place pour leur spontanéité et leur singularité. en premier lieu, la voix reconnaissable entre mille (nasillarde, enfantine, à la lisière du parlé… ) de jad fair, mais aussi une approche factuelle de saynètes souvent faussement banales, dont lester bangs considérera l’écriture comme héritée du regard et de la syntaxe de lou reed (« i walked to the chair / then i sat in it » pour le new-yorkais, tel que cité par le critique rock; « and i said : ‘frankenstein, you must die!’ / and i shot him » pour les jeunes provinciaux en 1982). avec, de leur propre aveu, deux sujets de prédilection pour la grande majorité de leurs chansons : « love songs and monster songs » (inspiration au long cours comme en témoigne l’album jad and david fair sing your little babies to sleep, abécédaire de chansons de monstres, de a comme « abominable snowman » à z comme « zombie », en 1998).

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une montagne américaine au-delà de la naïveté – david fair avait très tôt affirmé son intention de quitter le groupe à l’âge de 30 ans, il tient parole en 1984. jad fair, lui, continue sous la bannière half japanese, accompagné par d’autres amis. mais sous son nom également, suite à ses rencontres avec des musiciens tels que daniel johnston, moe tucker (la batteuse du velvet underground), kramer (grand manitou du label shimmy disc), naofumi ishimaru (yximalloo), r. stevie moore, jason willett, yo la tengo, les pastels ou teenage fanclub… il poursuit également ses activités graphiques : dessins au marqueur et d’impressionnants découpages. sans jamais vraiment exactement en faire partie – en tout cas, sans jamais s’y retrouver enfermé – jad fair aura proposé une musique qui aura successivement fait écho au punk américain à la fin des années 1970, à l’underground des microlabels de mail art et d’échange de cassettes dans les années 1980 et au grunge et à la lo-fi (comprenez: basse fidélité) du premier tiers des années 1990. à ce jour, sa discographie rien qu’en terme d’albums (lp et sc) – en laissant même de côté les cassettes des premiers temps et les « disques » immatériels en fichiers .mp3 de l’époque récente – compte au moins une soixantaine de titres, des plus pop et des plus rock aux plus expérimentaux. au cours des quatre années 1996 à 1999 – ses plus productives – il sort une vingtaine d’albums dans une dizaine de configurations différentes. comme ernest noyes brookings (1898 – 1987) qui, dans le cadre des ateliers de création duplex planet animés dans la maison de retraite où il séjournait à boston, écrivit plus de 400 poèmes au cours des sept dernières années de sa vie, sur des sujets tels que les lacets, les baisers, la calvitie, la vitesse du son, les abeilles, bob hope ou le président truman, jad fair (qui a souvent chanté / déclamé les miniatures de Brookings) dresse – au travers d’objets du quotidien (robes, pyjamas, pâtisseries, etc.), de personnages fictionnels ou historiques et de situations-clés du vivre ensemble (fêtes de toutes tailles et en tous genres) – un passionnant relevé d’un certain paysage mental nord-américain, très largement partagé par ses compatriotes (et, depuis au moins 60 ans, de plus en plus par le reste du monde).

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> suite de mon article (sur deux disques récents de jad fair et sur son jeune cousin spirituel français manuel j. grotesque)

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concerts :
ce mardi 10 avril 2012 – 20h
jad fair + gilles rieder (usa + sui)
cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 6 / 7 eur

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mercredi 11 avril 2012 – 20h
jad fair + gilles rieder (usa + sui)
le consortium
37 rue de longvic – 21000 dijon (france) – 5 eur

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film :
vendredi 13 avril 2012 – 20h
half japanese : the band that would be king
jeff feuerzeig – états-unis – 1993 – 90’
cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 3.5 / 5 eur

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samedi 21 avril 2012 – 22h
half japanese : the band that would be king
jeff feuerzeig – états-unis – 1993 – 90’
cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 3.5 / 5 eur

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lien 1 [site officiel de jad fair]
lien 2 [extrait du début du film de jeff feuerzeig]
lien 3 [half japanese ‘live in hell’ – début des années 1980 ?]
lien 4 [half japanese avec moe tucker à toronto en 1989]
lien 5 [jad et nao, en concert]
lien 6 [jad et gilles… il y a 2 jours à paris]

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henry flynt (et ses comparses tony conrad et jack smith) manifestant dans les années 1963-1964 contre quelques temples new-yorkais de la culture institutionnelle + les séries d’albums back porch hillbilly blues et new american ethnic music.

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peu suivi pendant quarante ans – parce que, de facto, presque réduit au silence –, le violoneux henry flynt a développé une sorte de philosophie politique en musique qui fait s’entrechoquer – sans se laisser décourager par les esprits chagrins que cela indispose – musiques « de péquenauds » du sud rural et étirements temporels prisés dans les lofts new-yorkais des années 1960 et 1970.

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difficile d’imaginer quel devait être le statut d’henry flynt dans les années 1980 et 1990. en effet, internet ne commence réellement à être la caisse de résonance et l’outil de reconnaissance de certains oubliés de l’histoire officielle (vaincus des conflits politiques ou cinéastes, plasticiens et musiciens jusqu’alors peu connus) que dans la seconde moitié de la dernière décennie du vingtième siècle. en 2000, henry flynt est un musicien dont la musique n’a presque pas été entendue hors des concerts qu’il a donnés aux états-unis (et en particulier à new york) au cours des années 1960 et 1970. il n’a alors sorti qu’une cassette, en 1986, sur le label allemand edition hundertmark [1]. il a même cessé de jouer de la musique en 1984. la bonne dizaine de disques qui en font aujourd’hui un musicien dont la musique peut être enfin entendue, et qui proposent des enregistrements s’étendant sur la période 1963-1981, sont tous sortis entre 2001 et 2011, avec vingt, voire quarante ans de retard. pour flynt – qui, suite à cette tardive reconnaissance discographique, s’est remis à accorder des entretiens et à donner ponctuellement des concerts –, sa position de pionnier n’a en rien été positive : « c’est une mauvaise chose. [ce statut n’implique] aucun avantage, rien que des inconvénients : aucun échange possible avec des pairs, pas de discussions ni d’échanges croisés. » (dream magazine, 2007 ) une absence de ping-pong intellectuel qui devait être particulièrement frustrante pour quelqu’un qui accorde à la pensée et à la philosophie une place centrale dans son éthique de vie.

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philosophe, violoniste et guitariste, dessinateur, conférencier et critique de la société… on pourrait être tenté de voir en henry flynt une sorte d’équivalent tardif des intellectuels et artistes multi-facettes de la renaissance. sauf que l’époque est toute différente et que l’utopie humaniste est chez lui obscurcie par une lucidité exacerbée qui le pousse à considérer la civilisation comme une épave (« tout ce qui est organique est mort et en décomposition et tout ce qui n’est pas organique est tordu ou foutu », the wire, 2001) et à défendre l’idée philosophique du « nihilisme cognitif ». si à la question « quelles croyances sont vraies ? », les sceptiques descartes et hume affirmaient que certaines croyances ne peuvent être validées (laissant sous-entendre que certaines peuvent l’être), il y a pour flynt « une erreur démontrable dans chaque proposition ». pour lui, comme « on peut trouver une erreur du second ordre dans le fait de clamer l’existence du langage », il n’y a ni langage ni connaissance. une fois que ce couperet est tombé, se pose la question de savoir comment réagir – et agir – à partir de là. pour flynt, une partie de la réponse viendra de la musique. (…)

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> suite de mon portrait écrit dans le cadre du projet archipel

(e.a. sur les manifestations des années 1960 contre certaines institutions culturelles new yorkaises évoquées par l’image ci-dessus)

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> version sonore – orale et ponctuellement musicale – du même portrait
dans le cadre de l’émission « big bang » d’anne mattheeuws sur musiq3
(podcast disponible quelques jours ; plus tard, relai via > site archipel > audioguides)

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lien 1 [site officiel de henry flynt – surtout des textes philosophiques]
lien 2 [interview par stewart home en 1989]
lien 3 [nihilisme cognitifinterview – sonore – de 3 heures par kenneth goldsmith en 2004]
lien 4 [à propos de la manifestation contre le concert de stockhausen]

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[1] galerie et label allemands liés au mouvement fluxus, ayant publié notamment des livrets, cassettes et disques de ben paterson, philip corner, henri chopin et milan knizak. à partir de son arrivée à new york au début des années 1960, où il fréquente les concerts dans le loft de yoko ono, henry flynt développera une complicité avec certains artistes liés à fluxus comme la monte young et george maciunas. si encore aujourd’hui certains comme justement maciunas ou ben vautier insistent sur l’influence que la pensée de flynt a exercée sur eux, ce dernier rechigne à se laisser trop facilement embrigader comme membre du mouvement. « because of his friendship and collaboration with george maciunas, flynt sometimes gets linked to fluxus by unsympathetic reviewers », écrit-il sur son propre site.

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