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Posts Tagged ‘cinéma documentaire’

cinematek 5 mars

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dans le cadre de la thématique « la folle échappée » de la médiathèque,
ce mardi 5 mars à 19h à la cinematek :

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mario ruspoli –
regard sur la folie (france, 1962 – nb – 49’)

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en 1962, mario ruspoli et son caméraman (le pionnier québécois du cinéma direct michel brault) filment la vie à l’hôpital psychiatrique de saint-alban, dans les montagnes de lozère: discussions et interrogations, tressage de paniers (ergothérapie), ateliers de peinture, organisation du journal de l’hôpital ou d’une fête qui désenclave les statuts patients / soignants / villageois. c’est à saint-alban que, vers 1943, éluard écrivit souvenirs de la maison des fous et, bien avant encore, on y conservât les dessins et sculptures d’art brut d’auguste forestier [clic 1 / clic2] dès 1914.

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antonio reis et magarida cordeiro – jaime (portugal, 1974 – coul. – 35’)

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jaime fernandes (1899-1968) est un ouvrier agricole portugais qui a été hospitalisé à l’âge de 37 ans pour schizophrénie et qui, une vingtaine d’années plus tard, désormais sexagénaire, s’est mis à dessiner au bic ou au crayon des figures qui par le trait rapprochent l’homme et la bête. au début des années 1970, la psychiatre margarida cordeiro découvre ses dessins dans le sanatorium où elle travaille. avec son mari, elle tourne en 1974 un superbe portrait et une métaphore d’un pays s’apprêtant à peine à sortir de la dictature qui n’oublie pas d’être aussi un film (de cinéma) et qui sera admiré par joão cesar monteiro (qui tourne une séquence de souvenirs de la maison jaune dans la cour circulaire du même hôpital) puis par pedro costa.

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lien 1 [entretien de 1983 avec antonio reis et margarida cordeiro + (plus bas sur la page) le texte de 2007 de pedro costa]
lien 2 [texte de 1998 de jean-louis schefer sur jaime]
lien 3 [texte de 1983 de serge daney sur ana]
lien 4 [texte – en anglais – de gabe klinger sur le couple de cinéastes]

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les superbes dessins dans l’agenda/carnet de poésie d’adel , à la fin de mafrouza 1 – cœur.

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ce mardi soir, à l’espace magh, continue la projection de mafrouza avec le troisième volet du polyptique d’emmanuelle demoris. même s’il est préférable de voir le film en entier, chacune des cinq parties peut cependant être vue indépendamment des quatre autres.

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mafrouza 1 – oh la nuit !
emmanuelle demoris – france – 2007 – 138’
ce mardi 22 novembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur
en présence de la réalisatrice

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mafrouza 2 – cœur
emmanuelle demoris – france – 2007-2010 – 154’
mardi 29 novembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur

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mafrouza 3 – que faire ?
emmanuelle demoris – france – 2010 – 152’
mardi 6 décembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur

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mafrouza 4 – la main du papillon
emmanuelle demoris – france – 2010 – 142’
mardi 13 décembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur

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mafrouza 5 – paraboles
emmanuelle demoris – france – 2010 – 155’
mardi 20 décembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur

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lien 1 [site du – distributeur du – film]
lien 2 [bande –annonce]
lien 3 [interview – vidéo – de jean gruault]
lien 4 [article / interview avec emmanuelle demoris et jean gruault dans télérama]
lien 5 [interview d’emmanuelle demoris e.a. sur les réactions au film en égypte]

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ce midi, via un e-mail du p’tit ciné, j’apprends la mort du cinéaste italien vittorio de seta dont les films m’avaient bouleversés lors de leur sortie en dvd l’an passé. l’occasion de ressortir un «« vieux »» texte en guise d’hommage :

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les dernières pulastions de la vieille italie du sud

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au bout d’à peine quelques dizaines de secondes d’immersion, visuelle et auditive, dans le labeur quotidien des pêcheurs du temps de l’espadon, premier court métrage de vittorio de seta repris ici, notre attention et notre intérêt sont déjà solidement harponnés. trois ou quatre courts métrages plus loin, plus de doute, c’est bel et bien de révélation et de bouleversement qu’il convient de parler! dans une palette de couleurs rarement vue (les tons, tour-à-tour pastels et saturés, de la pellicule ferraniacolormer bleue, mer noire ou mer d’argent; ors des blés, oranges intenses de la lave incandescente, etc.) et selon des fils narratifs sonores aussi époustouflants qu’ils sont simples et discrets (on y reviendra), l’ancien étudiant en architecture enregistre de son propre aveu, en partie sans tout à fait s’en rendre compte les dernières palpitations d’un monde (rural, traditionnel, artisanal, manuel, dialectal, etc.) vieux de plusieurs millénaires et en train de disparaître. dans le cinéma de vittorio de seta il y a donc, d’une part, une forme qui nous charme et nous happe et, d’autre part, la remontée à la surface de pièces enfouies d’un puzzle humain, vieux de 50 ans mais qui pourrait presque aussi dater d’il y a 200 ou 2000 ans, et qui nous confrontent à des parts désormais manquantes de nous-mêmes.

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parmi les connaisseurs en matière de cinéma documentaire, de seta est loin d’être un inconnu; ses films sont régulièrement projetés en cinémathèques ou dans des cycles ou festivals dévolus au « cinéma du réel ». il apparaît néanmoins clair que le magnifique travail de restauration mené par la cineteca di bologna, en étroite collaboration avec le cinéaste octogénaire, et la sortie en dvd des dix courts métrages ainsi revigorés permettra de toucher un nouveau public. on avait déjà pu voir il y a quelques années de seta lui-même et des extraits de deux de ses films (la soufrière et, encore, le temps de l’espadon), dans le documentaire alan lomax: the songhunter que le réalisateur hollandais rogier kappers avait consacré au voyage européen du collecteur américain de musiques traditionnelles. de seta a en effet rencontré lomax et son collègue italien diego carpitella alors qu’ils enregistraient les chansons des mineurs et des pêcheurs siciliens. les chants populaires sont d’ailleurs très présents dans les films de de seta et – même s’il ne s’agit pas de son direct et que la bande-son ne correspond donc jamais exactement au moment filmé – ils offrent une bonne occasion d’associer l’écoute au regard et d’appréhender ces nombreux chants de travail ou de fêtes dans le contexte, presque toujours collectif et communautaire, qui les a fait traverser les siècles (scansion de la remontée des filets de pêche, lessive à la main sur les bords des torrents de montagne, soirées de danse sur la plage au retour des bateaux, etc.). mais le travail sur le son va plus loin que ça. le tressage de la corde sonore à laquelle le monteur de seta accroche ses plans ( « la bande-son est généralement un complément de l’image, chez moi elle est une structure, une colonne vertébrale ») intègre d’autres types de fibres que les chants : paroles (assez rares), cris d’hommes et d’animaux, cloches, outils, moteurs, bruits du vent, etc. et, tout comme à l’image il recrée par le montage de plans disparates et d’échelles variables (p.ex. de gros plans de mains moulant un fromage en devenir ou de pieds foulant la rocaille à un plan lointain du même berger, minuscule dans la montagne qui le dépasse) une émotion ressentie lors du tournage, au son il mixe aussi des enregistrements « d’échelles » différentes : proches ou lointains, nets ou plus flous, tranchants ou fondus.

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et là, à la conjonction de la double traduction de l’action filmée par le son et par l’image, il y a sans doute l’élément le plus fondamental et le plus singulièrement maitrisé du cinéma de de seta : le rythme ! dès son premier film, alors que la barque des pêcheurs fonce vers l’espadon repéré par la vigie, il y a un effet d’entrainement polyrythmique entre les coups de rame effrénés, le chant de cadence qui les soutient et l’articulation des plans par le montage. dans un même ordre d’idées, dans bergers d’orgosolo, c’est le son des jets de lait, des pis de deux biquettes dans le seau en métal des bergers qui les traient, qui ponctue le déroulement d’une séquence.

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neuf des dix courts métrages compilés ici respectent un canevas presque identique : huit à dix minutes de durée (« condenser un monde en dix minutes » – de seta), le titre – toujours dans la même typo –, un assez court carton explicatif (où ? qui ? quoi ?) qui permettra ensuite d’éviter le discours surplombant d’une voix off (« privilégier une culture locale méprisée en mettant de côté la culture métropolitaine présomptueuse » – id.) et, très souvent, le déroulé de l’action au cours d’une journée, de l’aube au crépuscule ou à la nuit. mais le documentariste casse régulièrement l’éventuelle monotonie qui pourrait découler de cette norme. d’une part, d’un film à l’autre, par la variété des sujets (pêche à six au harpon, pêche à cent au filet, extraction souterraine du soufre, battage manuel du blé, transport par monts et par vaux, à dos d’hommes, d’un gigantesque tronc de sapin afin de le transplanter dans un village calabrais pour fêter le retour du printemps, etc.) et, d’autre part, au sein même de certains de ses films, par un sens affirmé de la rupture. ainsi, les deux pêches ici documentées (et on sait que de l’homme d’aran (1934) de robert flaherty à la peau trouée (2004) de julien samani, en passant p.ex. par barravento (1962) de glauber rocha et pour la suite du monde (1963) de michel brault et pierre perrault, la pêche a – plus que toute autre activité humaine – jalonné l’histoire d’un certain cinéma du réel) amènent par leurs différences intrinsèques des courts métrages qui ne peuvent être confondus. la pêche à l’espadon telle que filmée par de seta en 1954 (et telle qu’elle allait disparaître dès 1956 !) se pratique en barque, à six (quatre rameurs, une vigie en haut d’un petit mât, un harponneur à la proue de l’esquif) et, une fois le poisson repéré, elle se rapproche à la limite de la chasse via une poursuite très physique de l’animal. cinématographiquement (à l’image et, bien sûr, chez de seta, aussi au son) cela se traduit par un moment d’intense effort physique, très bruyant, auquel succède très soudainement un moment de quasi recueillement et de silence, dès l’harponnage de la bête. la pêche aux thons « à la madrague » que de seta filme en couleurs en 1956 (quasi sur les mêmes lieux et selon les mêmes gestes que roberto rossellini en noir et blanc pour sa fiction stromboli avec ingrid bergman en 1949) nécessite pour la remontée des filets et de dizaines de poissons plus grands qu’un homme, la présence de dizaines de pêcheurs. la dynamique (de l’action et de son enregistrement cinématographique) est ici opposée à la précédente: à deux séquences calmes (l’attente, et le début de la remontée des filets), succède très subitement une phase chaotique d’une violence presque indicible, quand le banc de poissons en vient à manquer d’eau et que les pêcheurs hissent brutalement les corps sanguinolents des dizaines d’animaux dans les bateaux.

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en quelques années, de 1954 à 1959, uniquement dans le sud et dans les marges de l’italie (sicile, calabre, sardaigne), vittorio de seta a filmé l’extinction d’une société archaïque où l’individu faisait partie d’un tout, d’une communauté (avec aussi, bien sûr, hors champ, le poids du contrôle social que ce vivre ensemble impliquait). par l’immigration (vers le nord du pays, le nord de l’europe, aussi vers la belgique… ) et « le vaudou du progrès » (« ce que les fascistes n’avaient pas réussi à obtenir par la ‘répression scolaire’ des dialectes, la télévision y parvint en quelques années à peine ») ce monde et sa culture allaient très vite se voir atomisés. vittorio de seta, comme ses amis collecteurs de musiques populaires, en aura au moins gardé une trace. une trace poignante.

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(article pour la sélec 15 de mars 2011, prépublié en son temps par l’ami-tatum)

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lien 1 [extrait d’entretien dans le cinéaste est un athlète de b. vey & v. sorrel]
lien 2 [lu tempu di li pisci spata]
lien 3 [enregistrement de lomax, images de de seta dans le film de kappers]

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après les deux projections en présence de son réalisateur, alessandro comodin – vendredi dernier dans le cadre de filmer à tout prix et dimanche dernier avec le ptit ciné à l’arenberg – le très beau film (x) l’estate di giacomo (l’été de giacomo) passe encore quelques fois à l’arenberg au cours de la semaine à venir.

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ce qu’en disait filmer à tout prix :

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l’été quelque part en italie. giacomo, sourd de naissance, et son amie d’enfance stefi s’attirent et se chamaillent lors de leurs baignades dans la rivière et leurs traversées de la forêt. la caméra les suit de près sans percer le mystère de cette relation entre sensualité retenue et jeux d’enfants. léopard d’or / section cinéastes du présent cette année à locarno.

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et le p’tit ciné :

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c’est l’été, dans la campagne du nord-est de l’italie. giacomo, un jeune adulte de 19 ans, vient de recouvrer l’ouïe, au terme d’une opération chirurgicale délicate. cet été-là a un goût particulier, un goût de paradis, de liberté à explorer, d’explosion des sens, et d’émotions amicales et amoureuses… un goût de bonheur tout simplement.

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(x) deux amis cinéphiles aux goûts affutés n’ont pas (du tout) aimé le film, rompant ainsi un engouement unanime qui aurait pu paraître louche. je comprends leurs réserves mais elles ne m’empêchent pas de continuer à beaucoup aimer ce que je considère comme un très beau film sensualiste (l’ouïe bien sûr, mais aussi le toucher, l’odorat, etc.).

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l’estate di giacomo (l’été de giacomo)
alessandro comodin – france-belgique-italie – 2011 – 78’
ce vendredi 25 novembre – 19h20 –
arenberg
28 galerie de la reine – 1000 bruxelles

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l’estate di giacomo (l’été de giacomo)
alessandro comodin – france-belgique-italie – 2011 – 78’
samedi 26 novembre – 14h20 –
arenberg
28 galerie de la reine – 1000 bruxelles

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l’estate di giacomo (l’été de giacomo)
alessandro comodin – france-belgique-italie – 2011 – 78’
mercredi 30 novembre – 21h20 –
arenberg
28 galerie de la reine – 1000 bruxelles

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l’estate di giacomo (l’été de giacomo)
alessandro comodin – france-belgique-italie – 2011 – 78’
jeudi 1er décembre – 17h30 –
arenberg
28 galerie de la reine – 1000 bruxelles

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l’estate di giacomo (l’été de giacomo)
alessandro comodin – france-belgique-italie – 2011 – 78’
vendredi 2 décembre – 19h20 –
arenberg
28 galerie de la reine – 1000 bruxelles

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lien 1 (interview d’allesandro comodin sur filmdeculte.com)
lien 2 (« egyptian reggae » par jonathan richman & the modern lovers en 1978)
lien 3 (reprise de cette chanson clé du film par pascal comelade)

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« – entre, qu’on te filme !
– non merci ! ils veulent faire du scandale sur le dos de l’égypte.
– ça, c’est déjà fait. y a pas besoin d’eux pour ça ! »

 

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mafrouza, le film (ou la série de cinq films), tire son nom de mafrouza, le labyrinthique quartier informel (« bidonville ») situé près du port d’alexandrie et construit dans, entre et sur les tombeaux de l’ancienne plus grande nécropole gréco-romaine du pourtour méditerranéen. c’est d’ailleurs via l’archéologue jean-yves lempereur qu’en 1999, lors d’un voyage de neuf mois autour de la méditerranée – de l’italie à la palestine, en passant par l’égypte –, en préparation d’un éventuel documentaire sur les rapports entre les morts et les vivants, emmanuelle demoris, la future réalisatrice de mafrouza , visite le quartier et, surtout, rencontre ses habitants. c’est le début d’une aventure cinématographique qui va l’occuper dix ans durant. si, au début du premier épisode, on trouve encore trace de cette première approche (l’archéologue, au look d’indiana jones , prenant les mesures d’un tombeau et interrogeant ses occupants actuels sur les chambres cachées et les voûtes murées pour tenter d’en dessiner un relevé le plus exact possible), le projet d’emmanuelle demoris s’éloigne assez vite de la précision scientifique et des vieilles pierres pour bifurquer (lors de plusieurs retours sur les lieux, au cours d’une série de tournages sur une période de deux ans) vers une toute autre collecte, désormais clairement tournée vers le présent, l’humain et les habitants du quartier.

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on retrouve bien sûr au cours des douze heures de mafrouza tout ce qui tient de l’ordre de la subsistance dans un vécu marqué par une économie de la débrouille, de la récupération et du rafistolage. un vieil homme, abu hosny, lutte seau après seau contre l’inondation de son logis installé en contrebas du reste du quartier, dans une cavité faisant aussi office de décharge sauvage. et sa voisine, la râleuse et courageuse om bassiouni, a autant de mal à cuire son pain entre deux averses, sous la pluie de l’hiver, qu’à reconstruire son four en tôles rouillées et pierres colmatées de boue, sous la canicule de l’été. puis, il y a l’essentiel du film, tout ce qui fait office de liant, de lubrifiant, toute cette chaleur qui permet d’un peu tempérer la dureté de l’existence et de transformer la survie en une vie, certes toujours fragile et souvent pénible et éreintante mais partagée collectivement avec dignité : les histoires qu’on se raconte ou qu’on se chante, les multiples plaisirs et pouvoirs des mots de tous statuts (moqueurs, romantiques, réconfortants ou « défoulatoires », poétiques et politiques, etc. ). tant dans le film monté que dans l’histoire même de sa genèse, après le relevé archéologique c’est l’invitation à une fête de mariage qui en fait basculer le propos et la motivation. une nuit de fête (« oh, la nuit ! / et pas n’importe quelle nuit ! ») marquée entre autres par la quasi transe de l’incroyable joute verbale improvisée que se livrent – entre trivialité, humour et vrais éclairs poétiques (« et la fille frime / comme le concombre sur la salade ») – deux jeunes « rappeurs » locaux, sur les épaules de leur public hilare et survolté, dans une ruelle du quartier. plus tard, dans le même chapitre, le spectateur aura tout le loisir d’être confronté à la verdeur agacée des invectives d’om bassiouni (comme si c’était en partie dans ses jurons qu’elle trouvait la force de s’accrocher) ou de savourer par les yeux et les oreilles la belle naïveté du carnet de poésie (prose, vers d’amours et splendides dessins au marqueur) du sentimental adel.

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pas mal de la puissance et de l’intelligence de mafrouza tiennent de la manière dont ses différentes durées – durée de sa gestation, durée des séquences et retours et récurrences de celles-ci dans la durée totale de la fresque – viennent mutuellement s’emboîter et se renforcer. vers 2006–2007, alors qu’à Alexandrie le quartier était rasé et ses habitants relogés dans les hlm de la cité moubarak à quinze kilomètres de la ville, à paris le pré-montage d’emmanuelle demoris durait 25 heures. c’est par le dialogue avec jean gruault, octogénaire scénariste (p.ex. jules et jim ou les deux anglaises et le continent de truffaut), récemment devenu producteur pour aider mafrouza à voir le jour que, de remontage en remontage, le film va trouver un format certes imposant mais montrable (cinq épisodes à la fois chronologiques et visibles indépendamment) et convenant à la fois à des projections en salles ou en festivals et, en amont, au montage, à laisser les espaces de respiration nécessaires au déploiement des impressionnants bouts de vies filmés par la cinéaste. En matière de cinéma, on confond souvent « longueur » et « lenteur ». fort loin de la contemplation, mafrouza propose certes d’assez longues séquences (régulièrement dix ou vingt minutes), mais des séquences « pleines » (de gestes, de la frénésie des corps dansants ou de paroles qui fusent). par la combinaison de longues durées et d’approches documentaires de « la zone » – de ces marges de la société de marché mondialisée – on a beaucoup associé mafrouza et les films du portugais pedro costa dans le bidonville de fontainhas (ossos / dans la chambre de vanda / en avant jeunesse) ou celui du chinois wang bing dans la mégalopole industrielle en décrépitude de shenyang (à l’ouest des rails). et, non sans convoquer l’évidente prudence à avoir lorsque l’on compare une œuvre de cinéma documentaire à une fiction flirtant avec les codes du cinéma de genres, on serait tenté de rajouter à cette liste le portrait du « quartier des tours » à baltimore tel que dépeint, sur plus de cinquante heures, par la série the wire / sur écoute. même si la manière de raconter l’imbrication d’une série de destins individuels relève ici d’un tout autre type de romanesque, il y a aussi dans mafrouza cette manière dont le temps que le spectateur passe avec les personnages, de séquence en séquence, d’épisode en épisode, leur donne une réelle épaisseur. une présence, une existence de cinéma d’une tout autre teneur que celle des personnages de la grande majorité des films d’une heure et demi.

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(philippe delvosalle – texte écrit pour causes toujours, revue du gsara)

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mafrouza 1 – oh la nuit !
emmanuelle demoris – france – 2007 – 138’
ce mardi 22 novembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur
en présence de la réalisatrice

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mafrouza 2 – cœur
emmanuelle demoris – france – 2007-2010 – 154’
mardi 29 novembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur

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mafrouza 3 – que faire ?
emmanuelle demoris – france – 2010 – 152’
mardi 6 décembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur

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mafrouza 4 – la main du papillon
emmanuelle demoris – france – 2010 – 142’
mardi 13 décembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur

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mafrouza 5 – paraboles
emmanuelle demoris – france – 2010 – 155’
mardi 20 décembre – 20h – espace magh

17 rue du poinçon – 1000 bruxelles – 5 eur

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lien 1 [site du – distributeur du – film]
lien 2 [bande –annonce]
lien 3 [interview – vidéo – de jean gruault]
lien 4 [article / interview avec emmanuelle demoris et jean gruault dans télérama]
lien 5 [interview d’emmanuelle demoris e.a. sur les réactions au film en égypte]

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tahrir

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stefano savona – 2011 – france/italie – 90’ – vo arabe st. fr
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image stefano savona son jean mallet, stefano savona montage penelope bortoluzzi production picofilms, dugong productions, rai 3 distribution picofilms

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du nom de la grande place du caire qui a été, de la fin janvier à la mi-février 2011, le point focal de l’insurrection populaire contre le président moubarak, le film nous permet d’aborder ce moment de basculement de l’histoire autrement que via les images télévisées d’alors. s’il y a, vers son milieu, une séquence nocturne saisissante, où la caméra croise les jeunes en sang qui reviennent des barricades où ils ont été défendre la place contre les snipers et les prisonniers de droit commun libérés par le pouvoir pour venir les déloger, la dominante des émotions, au fond des yeux, sur les visages, est au calme et à la détermination. tous n’ont pas les mêmes rêves pour l’avenir mais vivent bien la hantise d’un même cauchemar, qu’ils sont en train de reléguer dans le passé. [phd]
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film d’ouverture – flagey – studio 4 – vendredi 11.11 à 20h/21h

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demain, vendredi 11 novembre, débutera la 14e édition du festival de cinéma documentaire filmer à tout prix auquel j’ai consacré une grande partie de mon temps les dix derniers mois (et qui a été une des causes de la rotation “au petit trot” de ce blog sur ladite période). on essayera d’évoquer quelques coups de cœur ici, de jour en jour.

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(quelques bouts de) communiqué de presse :

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un festival renouvelé dans les starting blocks
vous avez pu apercevoir en ville ses affiches, ses cartes postales ou ses dépliants ornés d’un jeune skateur québécois des années 1960 et du nouveau logo du festival : la 14e édition du festival de cinéma documentaire filmer à tout prix débute tout prochainement, ce vendredi 11 novembre.

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s’il ne se clôturera que le 20 décembre à l’espace magh, c’est bien ce weekend (samedi 12 et dimanche 13 novembre), au sein de son nouveau centre névralgique de flagey, que sera proposée, de 10h du matin à minuit, dans trois salles du splendide bâtiment, une part importante de sa programmation, à la fois riche et courageuse, exigeante mais accessible à tous.

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vendredi 11 novembre, un film d’ouverture en prise directe avec l’actualité récente
le festival sera lancé avec la première belge du film 
tahrir, réalisé par stefano savona et produit par penelope bortoluzzi: un portrait sincère et captivant des acteurs anonymes du basculement historique que l’égypte a vécu lors des insurrections populaires contre le régime du président hosni moubarak. un autre regard que celui des actualités télévisées du début de cette année sur ce deuxième volet du « printemps arabe ».

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de nombreux invités belges et étrangers
en plus des cinéastes belges venant présenter leurs films (cf. plus loin), le festival accueillera dès ce weekend de prestigieux invités étrangers tels que kazuo hara (grand pourfendeur du « ronron » et des hypocrisies de la société japonaise 
mainstream des années 1970 et 1980 ; invité d’honneur du festival), jean-louis comolli (ancien rédacteur en chef des cahiers du cinéma, homme de jazz et de cinéma), françois niney (philosophe et critique, auteur récent d’importants livres de réflexion sur le documentaire), les jeunes cinéastes et activistes de l’association et de la revue dérives, etc. 

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plus de trente films belges de ses trois dernières années 

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mercredi 16 novembre, palmarès et soirée de clôture du volet flagey du festival
ce soir-là, seront remis les différents prix des deux compétitions (compétition belge et compétition premières œuvres belges).

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et pour clôturer cette partie du festival à flagey, le public pourra, via le film
free radicals de pip chodorov qui « est tombé dedans quand il était petit », regarder avec des yeux d’enfant (sans – trop – d’aprioris, prêt à l’émerveillement et à l’amusement) un genre cinématographique souvent réputé aride ou difficile d’accès : le cinéma expérimental.

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et, dès le 17 novembre, le festival se redéploie ailleurs
après les six jours passés à ixelles, le festival se déplacera vers le centre-ville pour une programmation polonaise à bozar cinéma, une auscultation en cinéma du corps de l’adolescent à la cinematek et, en première belge, la splendide fresque documentaire
mafrouza d’emmanuelle demoris à l’espace magh.

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