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Liechti_Signer_X

des feux d’artifices, des rubans rouges et des paysages islandais : raketenbänder de roman signer enregistré par la caméra de peter liechti.

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avant-hier, en googlant le nom de boris barnet, je suis tombé sur le site de la cinémathèque suisse sur la triste nouvelle de la mort de peter liechti (1951-2014), cinéaste ayant e.a. quelque réalisé quelques splendides films-essais sur les artistes voice crack (musiciens – cf. billet ci-dessous) ou roman signer (artificier-poète – cf. ci-dessus).

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je suis très triste mais je ne suis pas près d’oublier ses films.

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lien 1 [bande-annonce de signers koffer / signer ici]
lien 2 [site peter liechti]
lien 3 [un très beau texte de nicole brenez pour le festival de la rochelle

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Liechti Kick golf

peter liechti, andy guhl et norbert möslang jouent au minigolf au début de kick that habit, portrait cinématographique des deux derniers par le premier.

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en hommage à peter liechti (1951-2014), ciné-poète suisse récemment décédé, un texte écrit en 2010 pour le projet archipel :

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métaphoriquement – même s’ils ont commencé, au début des années 1970, à improviser sur des instruments « normaux » (contrebasse, clarinette, saxophone, piano, etc.) –, on pourrait raconter l’aventure du duo suisse voice crack, à partir du moment où ils mutent pour s’inventer petit à petit dompteurs de gadgets électroniques détournés, en la faisant commencer dans une décharge, chez un ferrailleur, sur un marché aux puces ou dans une solderie (« tout à un franc suisse ! ») de saint-gall. c’est effectivement dans ces lieux du recyclage et de la énième vie des objets manufacturés qu’ils pouvaient le plus facilement trouver ces vieux transistors, cartes de vœux sonores, lampes de vélo clignotantes, jeux électroniques démodés dont ils s’appliquaient à extraire des sons non prévus à l’origine par leurs concepteurs. ces fameux cracked everyday electronics qui ont fait leur renommée et qu’ils extirpaient du champ du déchet et du tout-venant pour leur donner un statut d’instruments et les mettre en scène sous les projecteurs du monde de la musique. et – partant de là – qui ont suscité la rencontre avec un public et l’étonnement et l’émerveillement, moult fois vérifiés en concert, de celui-ci.

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kick that habit, le portrait cinématographique que leur concitoyen saint-gallois peter liechti leur consacre en 1989, commence quant à lui dans un étrange mini-golf/tourniquet conçu par un des membres du groupe, par ailleurs architecte, andy guhl : une seule piste mais douze obstacles différents et interchangeables placés sur une roue métallique verticale en milieu de parcours. en une séquence de prégénérique d’à peine plus d’une minute, trois fils rouges liés à la démarche de voice crack sont déjà partiellement déroulés : le plaisir du jeu (évidemment lié au souvenir, vivace, de l’enfance), un certain humour décalé, un peu pince-sans-rire, et, enfin, l’invention d’un monde et sa réalisation manuelle par le biais du bricolage. plus loin dans le film, un repas devient un moment musical : on manie le fer à souder au milieu des assiettes et des couverts, « entre la poire et le fromage »… les sons du tire-bouchon, du casse-noix, des œufs qui bouillent ou des sachets de thé qui goutent sont suramplifiés ; des électrodes reliées à un ampli de guitare posé sur un coin de la table sont sauvagement plantées dans un citron qui se met à « crier » son acidité : voice crack atténue les limites entre l’acte musical (la répétition, l’enregistrement, le concert) et le reste de la vie (un repas, leurs déplacements, une halte dans une cafétéria de haute montagne, etc.), habituellement considérée comme non musicale.

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cette idée que tout ce qui les entoure (toutes les situations, tous les objets, tous les sons) peut entrer dans leur univers créatif et qu’ils pourraient être voice crack vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept est soulignée par un des audacieux partis pris de cinéma de peter liechti. kick that habit est un film foncièrement sonore et musical (comme peu l’ont été dans l’histoire du cinéma) mais aussi, en corollaire, un portrait dans lequel pas un seul mot n’est prononcé (pas de voix off, pas d’entretiens). mieux encore, andy guhl et norbert möslang se sont chargés de la bande-son et sans cesse ils brouillent les pistes entre les sons correspondant aux images (son direct et field recordings) et ceux émanant de leur manipulation des cracked everyday electronics. le spectateur de ce film-poème qu’il s’agit autant d’écouter que de regarder (au-delà de ses superbes images 16 mm, alternant séquences en couleurs et en noir et blanc) ne sait jamais exactement ce qu’il entend. ce trouble est précieux parce que, en estompant la frontière entre musique et non-musique, il élargit les possibilités d’émerveillement à l’écoute du monde.

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lien 1 [la séquence du minigolf]
lien 2 [site peter liechti]
lien 3 [un très beau texte de nicole brenez pour le festival de la rochelle]

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guy-marc hinant et david toop transbahutant un fauteuil, dans l’appartement londonien du second, au début de « i never promised you a rose garden » (observatoire des musiques électroniques – 2004-2008).

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à l’occasion de la petite rétrospective (incomplète) de leur films à flagey (agenda détaillé ci-dessous, en fin de billet), l’occasion de re-poster ce lien vers l’interview de guy-marc hinant et dominique lohlé co-réalisée avec benoit deuxant pour la médiathèque.

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depuis le début des années 2000, la paire guy-marc hinant / dominique lohlé enregistre, dans leurs films à quatre mains, à toute petite équipe et à mini budgets, deux réalités fondamentales et passionnantes mais pourtant quasiment toujours absentes de ce que l’on a l’habitude de nommer documentaires musicaux : la parole (des musiciens) et l’écoute. une sorte de feuilleton éclectique, donc chaotique, où le cinéma joue le rôle précieux d’un dispositif de production – et d’enregistrement – d’une série de présences à l’écran difficiles à oublier.

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« (…) moi : on a l’impression qu’aux diverses personnalités rencontrées correspond à chaque fois un traitement un peu différent, ça semble évident. mais est-ce que vous pouvez nous dire si c’est vous qui l’imposez – par exemple, est-ce que vous arrivez chez vos interlocuteurs avec une idée de « quel jeu jouer » – ou bien est-ce que ça vient aussi d’eux…?

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dominque lohlé : c’est compliqué parce qu’en fait ça engage quasiment la totalité de la pratique… je pensais à ça, il y a quelques jours, parce qu’on vient de reprendre le travail sur célestin deliège, il a très peu de temps… je pense que, d’une façon très générale, on fonctionne sur une pensée à posteriori, donc avec très très peu de préméditation. comme j’aime à le répéter de manière un peu
snob, on fonctionne dans un système qui est purement épiméthéen et non prométhéen; on est vraiment des artistes anti-prométhéens par excellence… et donc, ça produit quelque chose qui ressemble quand même à de la panique. je pense que le tournage est un moment de panique…

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guy-marc hinant : parfois, ça apparaît dans le film. au tout début du toop par exemple, on le voit bien. le spectateur voit qu’on ne sait pas très bien ce qu’il faut faire. comme on sait que le film va se dérouler dans cette pièce, il est très important de savoir comment disposer par exemple une chaise, où toop va s’asseoir, etc. c’est finalement la chose la plus importante, mais on ne le savait pas. ce qui fait que le début du film, c’est une interrogation sur comment on va procéder et comment on va résoudre ce problème. puis, de façon assez comique, c’est évidemment toop qui dit «
déplaçons ce fauteuil là ». on le fait, et le film commence… donc voilà : là, c’est la panique – dont tu parlais – qui apparaît dans le film.

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dominique lohlé
: mais, ce truc est peut-être symptomatique mais pas totalement emblématique de la manière dont on travaille parce que la forme que prend la panique chez moi est plutôt une forme agitée et chez guy-marc une forme plutôt stupéfaite. or, stupeur et tremblement sont deux figures extrêmement importantes de la complexité en dramaturgie. en dramaturgie quand un personnage rentre dans un système de complexité, d’indétermination, on peut reconnaître des traits de comportements qui appartiennent, soit à de la stupeur – « être ou ne pas être », soit à de l’agitation – « garçon, la même chose ». et, on est un petit peu, tous les deux, dans un état de complexité dramaturgique, dans un état d’indétermination. et bizarrement, par des traits qui sont certainement liés à nos personnalités, ça produit un espace qui permet aux gens qu’on rencontre d’émerger petit à petit tels qu’en eux-mêmes… puisqu’on imprime très très peu de choses, ça passe par un moment de flottement, et puis ce flottement, avec la fatigue, débouche en général sur quelque chose qui correspond de plus en plus aux automatismes de fonctionnement des gens. et ces automatismes finissent par produire eux-mêmes le matériau. la structure du film est construite uniquement sur le matériau a posteriori. c’est comme ça que la structure du film évolue et change, de personne en personne, puisque c’est chacune des personnes qu’on filme qui fini par donner la structure du film, quasiment du fait de sa personne.

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guy-marc hinant : c’est pour cela aussi que le dispositif doit être excessivement simple au départ »

> début et fin de « monstre à quatre oreilles », l’interview-fleuve de guy-marc hinant et dominique lohlé par benoit deuxant et moi-même sur le site de la médiathèque

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accès (à l’interview) par « chapitres » / par inter-titres :

temps qui passe et temps suspendu
xenakis et l’acid
le tournage comme moment de panique
un discours théorique né de la pratique – tournage et montage
contre le fantasme du film kilométrique
le plaisir du regret contre la tentation du repentir
la puissance de la parole – la rareté de l’écoute
produire une présence
ici et maintenant
mythologie contre hagiographie
la recette du documentaire rtbf
toujours quelque chose?
envers et contre la maladresse: une esthétique quasiment ordurière

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samedi 21 septembre 2013 – 18h
+ vendredi 27 septembre 2013 – 22h
whisky time: a portrait of charlemagne palestine
+ ghost of silence (tom pauwels / fausto romitelli)

guy-marc hinant + dominique lohlé (belgique, 2013 – 57 min + 23 min)
flagey – place sainte-croix – 1050 ixelles


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dimanche 22 septembre 2013 – 15h30
+ jeudi 26 septembre 2013 – 20h
hommage au sauvage: un portrait de henri pousseur
guy-marc hinant + dominique lohlé (belgique, 2005 – 52 min)
flagey – place sainte-croix – 1050 ixelles

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mercredi 25 septembre 2013 – 21h45
+ samedi 28 septembre 2013 – 17h30
the paradise according to jonas mekas
+ luc ferrari devant sa tautologie: 2 jours avant la fin
guy-marc hinant + dominique lohlé (belgique, 2003-2006 – 7 min + 52 min)
flagey – place sainte-croix – 1050 ixelles

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mardi 1er octobre 2013 – 21h30
+ jeudi 3 octobre 2013 – 21h30
ecce homo: un portrait de célestin deliège
guy-marc hinant + dominique lohlé (belgique, 2011 – 110 min)
flagey – place sainte-croix – 1050 ixelles

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mercredi 2 octobre 2013 – 17h30
+ mardi 8 octobre 2013 – 21h30
i never promised you a rose garden: a portrait of david toop through his records collection
guy-marc hinant + dominique lohlé (belgique, 2006 – 96 min)
flagey – place sainte-croix – 1050 ixelles

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cinematek 5 mars

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dans le cadre de la thématique « la folle échappée » de la médiathèque,
ce mardi 5 mars à 19h à la cinematek :

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mario ruspoli –
regard sur la folie (france, 1962 – nb – 49’)

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en 1962, mario ruspoli et son caméraman (le pionnier québécois du cinéma direct michel brault) filment la vie à l’hôpital psychiatrique de saint-alban, dans les montagnes de lozère: discussions et interrogations, tressage de paniers (ergothérapie), ateliers de peinture, organisation du journal de l’hôpital ou d’une fête qui désenclave les statuts patients / soignants / villageois. c’est à saint-alban que, vers 1943, éluard écrivit souvenirs de la maison des fous et, bien avant encore, on y conservât les dessins et sculptures d’art brut d’auguste forestier [clic 1 / clic2] dès 1914.

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antonio reis et magarida cordeiro – jaime (portugal, 1974 – coul. – 35’)

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jaime fernandes (1899-1968) est un ouvrier agricole portugais qui a été hospitalisé à l’âge de 37 ans pour schizophrénie et qui, une vingtaine d’années plus tard, désormais sexagénaire, s’est mis à dessiner au bic ou au crayon des figures qui par le trait rapprochent l’homme et la bête. au début des années 1970, la psychiatre margarida cordeiro découvre ses dessins dans le sanatorium où elle travaille. avec son mari, elle tourne en 1974 un superbe portrait et une métaphore d’un pays s’apprêtant à peine à sortir de la dictature qui n’oublie pas d’être aussi un film (de cinéma) et qui sera admiré par joão cesar monteiro (qui tourne une séquence de souvenirs de la maison jaune dans la cour circulaire du même hôpital) puis par pedro costa.

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lien 1 [entretien de 1983 avec antonio reis et margarida cordeiro + (plus bas sur la page) le texte de 2007 de pedro costa]
lien 2 [texte de 1998 de jean-louis schefer sur jaime]
lien 3 [texte de 1983 de serge daney sur ana]
lien 4 [texte – en anglais – de gabe klinger sur le couple de cinéastes]

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gLgL_gomes_nova_030113

ce cher mois d’août et carnaval ; vasco pimentel, miguel gomes, paulo ‘moleiro’, raquel bernardo et ana cristina ferreira

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tabou [tabu]
, le dernier film en date du portugais miguel gomes sort la semaine prochaine en belgique (tout particulièrement au cinéma nova, seule salle belge il y a quelques années à sortir son précédent long métrage, ce cher mois d’août (aquele querido mês de agosto), seule salle belge à projeter cette fois le film en pellicule et à l’accompagner d’un vrai travail de programmation (et d’amitié complice) sous forme d’une intégrale de la filmographie du cinéaste et d’une série de rencontres généreusement musicales).

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depuis une bonne dizaine de mois, partout où tabou a pointé le bout de son nez (du festival de berlin à celui de gand où il a été primé cet automne et tout particulièrement lors de sa sortie il y a six semaines en salles en france – territoire de coproduction des deux derniers films de gomes, par ailleurs professeur invité au fresnoy près de lille), le film suscite un impressionnant concert de louanges, une unanimité critique qui peut faire peur. des voix discordantes pointent au sein de la communauté cinéphile (reprochant p.ex. au réalisateur une trop grande intelligence, l’amenant régulièrement vers une sorte de roublardise manipulatrice et des formes trop maniéristes, voire kitsch) mais c’est précisément comme si ces voix restaient cantonnées au discours privé, n’avaient pas d’existence publique, ne prenaient pas forme écrite, n’étaient pas publiées. c’est dans ce contexte, qu’avant de voir tabou, j’ai décidé de revoir – en dvd – ce qui avait été mon film préféré de 2009 : ce cher mois d’août, chronique-puzzle, entre documentaire et fiction, d’un été dans les montagnes du portugal, rythmé par les fêtes de village, les chansons et la farandole des sentiments.

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(à raison) on a beaucoup écrit sur le très beau (et long) final forestier du film qui en présentant à l’image une partie de l’équipe dite « technique » fait office de premier générique – avant le générique déroulant habituel. miguel gomes y « remonte les bretelles » de vasco pimentel, preneur de son de ses trois longs  métrages (ainsi que de ceux de la seconde partie de la filmographie de joão césar monteiro, de silvestre (1982) à souvenirs de la maison jaune (1989), et collaborateur ponctuel de robert kramer, samuel fuller ou werner schroeter). le premier reproche au second la présence de « sons fantômes » dans ses prises de son direct :

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– vasco pimentel : c’est possible. même si techniquement ça ne l’est pas. moi, je vais vers les choses. c’est un disque dur qui est ici {le preneur de son montre l’enregistreur qui pend autour de son cou, à hauteur de son (bas-)ventre} et qui enregistre ce que je veux. mais, je peux vouloir des choses et alors elles viennent vers moi mais pas vers vous. techniquement, ça ne change rien. c’est moi qui les veux, ces choses. mon désir crée la différence !
(…)
– miguel gomes : mais j’aimerais avoir le son des choses qui sont là. (…) dans la montagne il n’y a pas de chansons, non ?
– vasco pimentel : non ?
– miguel gomes : dans la montagne, il n’y a pas de chansons, vasco ! tu le sais !
– vasco pimentel : ici par exemple, en ce moment, il n’y a rien ?

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cette séquence de désaccord feint trouve écho dans un drôle de petit (non-) film de vingt minutes : carnaval. non repris dans les filmographies de gomes (et dans l’intégrale des courts métrages du cinéaste au nova), « la chose » se présente (non sans humour : par une variante de ces dialogues… « de sourds » entre le cinéaste et son producteur qui ponctuent la première partie de ce cher mois d’août) comme un « bonus » (dvd) et revient, sous forme d’une enquête (assez particulière, on le verra) sur le personnage / la personne de paulo ‘moleiro’. paulo (le) ‘meunier’ est cet homme qui zone, claudiquant (une de ses jambes a été bousillée par un plongeon dans une rivière trop peu profonde et/ou par la colère de caïds marocains qui lui ont foncé dessus en voiture suite à un malentendu dans les termes de l’échange d’une veste en cuir) d’un travail occasionnel et précaire (dans l’agriculture, dans la construction) à une longue période de repos choisi ou forcé et à qui le cinéaste donne une très belle existence / présence d’homme de la rivière (une rivière dont un moulin à aubes lui donne son surnom).

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entre les séquences de feux d’artifice qui l’ouvrent et le ferment (au sens littéral à la fin ; lichtspiel métaphorique de clignotements d’un briquet, d’une cigarette, des clignotants d’une voiture dans la nuit au début), le petit objet impur (mais attachant et fascinant) qu’est carnaval propose essentiellement, dans sa partie centrale, une quête de la parole perdue de paulo (le) ’meunier’. dans le coin sombre d’une salle des fêtes où l’on va décerner le prix du meilleur costume du carnaval, paulo parle à la bonnette du micro de vasco pimentel. mais on n’entend pas ce qu’il dit : on continue à entendre les injonctions du monsieur loyal de la cérémonie. jusqu’à ce qu’on entende deux messages de répondeur téléphonique :

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miguel ?
écoute, c’est vasco. je suis… je suis… enfin… à la recherche du son de cette entrevue qu’on a filmé avec ‘meunier’, de cette conversation que j’ai eue avec paulo ‘meunier’ où il disait qu’il allait se jeter du pont le lendemain ou quoi… et qu’il était dans le cortège avec le maire, dans le char allégorique, ou quoi. je ne le trouve nulle part. y a pas ! le son n’existe pas ! il n’est pas dans la perche, il n’est pas dans le magnéto, il n’est pas dans l’ordinateur… il n’y est pas. techniquement, hein, je ne sais pas. ça ne me dit pas quelle erreur j’ai fait. ça peut être un tas de choses. je peux simplement ne pas avoir appuyé sur la touche d’enregistrement. j’ai pas enregistré ! j’ai cru que j’enregistrais… et je n’enregistrais pas, voilà. et…
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alors, voilà… traite-moi d’animal (cavalgadura) parce que je suis un animal. crucifie-moi, je mérite d’être crucifié. et compte sur moi. voilà. je ne peux rien te dire de mieux. je suis désolé, miguel. à plus.

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raccord avec le gros plan, très beau, du visage concentré d’une jeune femme regardant hors champ vers la droite de l’écran. sur-titrage : « deux ans plus tard ». miguel gomes renoue avec une figure récurrente du cinéma, de la télévision, de la littérature policière – de white heat (walsh, 1949) à 2001 , odyssée de l’espace (kubrick, 1968), de seinfeld (larry david et jerry seinfeld, cinquième saison, sixième épisode – the lip-reader, 1993) à étreintes brisées (almodovar, 2009) – : la séquence de déchiffrage par lecture labiale d’une parole inaudible à l’oreille. mais on retrouve aussi dans cet emprunt d’un dispositif fréquemment utilisé des accents qui lui sont propres : un jeu sur le réel et sa mise en scène, sur l’échec apparent et le retournement de situation transformant l’obstacle en atout et, via le recours à deux lectrices labiales, là où au sens strict une seule aurait pu suffire, la mise en place d’un triangle (parole – absente – de paulo, reconstitutions de raquel et d’ana cristina) qui joue à la fois sur la complémentarité (l’une arrivant à lire ce sur quoi l’autre bute) et l’individualité (des nuances de lecture qui subsistent). on peut peut-être aussi y déceler un écho lointain au très court métrage pre evolution soccer’s one-minute dance after a golden goal in the master league (2004), danse quasi muette (juste quelques craquements de fin de face de disque vinyle) pour joueurs de football de console playstation ou un signe avant-coureur au volet « muet » (mais pas nécessairement silencieux) de tabou.

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la question du son est un fil rouge du cinéma de miguel gomes et, on l’aura compris, pour le cinéaste et « l’animal » pimentel, le son est un territoire éminemment subjectif, peuplé de fantômes de mélodies et de chansons. avec beaucoup d’à propos la programmation du nova propose dès lors deux concerts de complices de la « tribu » gomes (mariana ricardo et norberto lobo) et un bal en prolongation de ce cher mois d’août.

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tabou [tabu]
miguel gomes – portugal-france-allemagne-brésil, 2012 – 118’
30 séances – du 10 janvier au 24 février – cinéma nova

3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles

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autres films de l’intégrale miguel gomes au cinéma nova

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mariana ricardo ~ münchen (concert)
vendredi 11 janvier – 23h – cinéma nova


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norberto lobo (concert)
vendredi 18 janvier – 22h – cinéma nova

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bailecito (bal)
samedi 23 février – 24h – cinéma nova

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gLgL_nestler_oberhausen_141212

trois films de peter nestler au programme du cinéma nova ce soir – de haut en bas : aufsätze (1963), mülheim / ruhr (1964) et ödenwaldsetten (1964)

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on avait beaucoup parlé sur ces pages (ici et ici) des films de peter nestler lorsqu’en mai 2011 une programmation conjointe de stefanie bodien et du p’tit ciné nous avait permis de découvrir à bruxelles (espace delvaux, cinematek, goethe institut) neuf des films du cinéaste allemand admiré par jean-marie straub et danièle huillet depuis cinquante ans.

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aujourd’hui, les deux mêmes têtes chercheuses présentent, au cinéma nova cette fois, – dans le cadre de la programmation plus large consacrée au 50 ans (presque 51 ans) du manifeste d’oberhausen (février 1962) dont on dit qu’il a lancé ce qui allait se voir étiqueter « nouveau cinéma allemand » – une séance consacrée aux films refusés par le festival que jean-marie straub décida de montrer en « off », lors d’une projection de minuit, en marge du du festival de 1965.

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« le festival (ouest-allemand) de courts-métrages ne fait sens que s’il aide à découvrir de jeunes réalisateurs (ouest-allemands) inconnus. lenica, kristl, kluge etc. ne sont plus à découvrir. contrairement à peter nestler qui depuis trois ans est dans ce pays le réalisateur le plus authentique et le plus sûr; trois de ses films, aufsätze (rédactions), mülheim/ruhr et ödenwaldstetten, ont été refusés par le comité de sélection. tout comme le très joli (premier) film de thome-lemke-zihlmann, die versöhnung (la réconciliation). Et il y en a d’autres…  »
(jean-marie straub – 1965 – pamphlet lié à la-dite projection)

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« cette année, la commission de sélection a refusé des films ouest-allemands dont les réalisateurs avaient osé respecter le réel. ainsi, la commission de sélection s’est tenue strictement à la règle des dernières années, c’est-à-dire si possible, choisir exclusivement des films qui répondent à leur idée de l’art cinématographique: la falsification subtile ou violente de la réalité. cette manière de procéder soutient une mode causée par le mépris, la bêtise ou l’embarras. il est compréhensible que beaucoup de réalisateurs de courts-métrages suivent cette mode; elle ne demande ni expérience ni engagement (simplement un peu d’habileté formelle). elle correspond à la rfa et c’est elle qui va s’imposer.

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cette mode est devenue dictature. on a un grand festival international. on montre quelques films en disant: c’est cela le cinéma allemand, et c’est tout, et ça nous plaît.

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les festivals de mannheim et d’oberhausen, les distributeurs gloria ou constantin – ils servent tous la même cause, sur le même niveau.

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ô, on se donne l’air progressiste et critique envers la société!

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on appelle l’art “le camouflage du mensonge”. la mauvaise conscience rend sensible: l’honnêteté devient affront.  »
(peter nestler, reinald schnell, dieter süverkrüp, rudolf thome, klaus lemke, max zihlmann, jean-marie straub, dirk alvermann, kurt ulrich – 1965)

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séance « straub manifesto 1965 » :

– aufsätze [rédactions]
– mülheim / ruhr
– ödenwaldstetten, ein dorf verândert sein gesicht
   [ödenwaldstetten, un village change de visage]

   peter nestler – allemagne, 1963-1964 –  62’
die versohnung [la réconciliation]
   rudolf thome – allemagne, 1964 –  18’

ce vendredi 14 décembre – 22h – cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles

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gLgL_brouillard_antichrist

ANTICHRIST

lars VON TRIER

danemark – allemagne – france – suède – italie – pologne – 2009

mcfb

 

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