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Posts Tagged ‘documentaire’

die nordkalotte [la calotte polaire] (1991) — extrait d’une lettre de danièle huillet de mai 2003 – photo récente au cinéma du réel — ein arbeitersklub in sheffield [un club d’ouvriers à sheffield] (1965).

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la programmation par le ptit ciné et stefanie bodien (programmatrice de l’édition 2011 du festival filmer à tout prix et réalisatrice, il y a quelques années, du très beau petites choses sur robert walserclic + léger « scroll down »), avec l’aide du goethe institut, d’une petite dizaine de films de peter nestler, quasi tous inédits en belgique et souvent sous-titrés en français spécialement pour l’occasion, risque fort d’être un des quelques évènements cinéphiles de l’année 2011 à bruxelles et en belgique.

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comme beaucoup d’entre nous, c’est par jean-marie straub et danièle huillet que nous avons la première fois entendu parler de ce cinéaste trop peu connu en francophonie – et qui aurait sans doute été encore plus oublié par ici si le couple de cinéastes ne s’était régulièrement transformé (lors d’interviews ou de rencontres avec le public à l’issue de la projection de leurs films p. ex.) en unité particulièrement ardente de propagande de l’aura et de l’intérêt de son cinéma. il y a huit ans, en mai 2003, alors que nous les avions contacté par rapport à l’idée d’inclure une série de leurs propres films dans une programmation sur « cinéma et paysage », prévue au cinéma nova [x], danièle huillet [elle aurait tout juste fêté ses 75 ans en ce 1er mai 2011 ; nous ne l’oublions pas] nous avait envoyé une lettre qui, aux côtés du billy the kid de luc moullet ou de trouble with harry de « hitch », citait à nouveau deux films de peter nestler.

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mais déjà en 1968, pour la revue filmkritik, jean-marie straub écrivait ceci :

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« je crois de plus en plus que nestler a été le cinéaste le plus important en allemagne depuis la guerre – mis à part les gens plus âgés qui ont pu tourner ici, fritz lang, et mis à part la peur de rossellini. justement parce que lui – probablement le seul ici – n’a filmé que ce qu’il a filmé et n’a pas essayé de chatouiller les gens. ça a aussi été son malheur. quand j’ai dit à [theo] hinz que nestler ne figurait pas dans le catalogue de l’exposition de constantin-film [sur le jeune cinéma allemand], il a dit : « nous ne voulons que des gens qui rendent le cinéma attrayant. » des gens qui ne font que filmer, peindre, dessiner ce qu’ils voient, sans essayer par avance d’imposer une forme et du coup de faire disparaître la réalité – comme cézanne, qui n’a rien fait que peindre des pommes, et à qui les gens ont dit : ce ne sont pas des pommes que vous peignez – de telles personnes deviennent de plus en plus rares dans le domaine du cinéma. parce que le cinéma devient de plus en plus ce qu’il ne devrait jamais être, ou ce qui devrait lui être accessoirement permis de ne pas être, à savoir une marchandise. qu’on puisse vendre des films est une autre affaire, mais qu’ils deviennent de plus en plus une marchandise, cela rend nécessaire de faire sauter les structures auxquelles les films sont livrés. (…) »
> suite de l’article de 1968 de jean-marie straub sur le site de la revue dérives

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mort et diable [tod und teufel]
peter nestler – allemagne-suède, 2009 –  54’
ce mardi 3 mai – 20h30 – espace delvaux
place keym – 1170 watermael-boitsfort

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courts métrages :
am siel [au bord du chenal] – aufsätze [rédactions]
– mülheim / ruhr – von griechenland [de la grèce]

peter nestler – allemagne, 1962-1965 –  75’
en présence du cinéaste
le samedi 21 mai – 21h – cinematek
rue baron horta – 1000 bruxelles

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ein arbeitersclub in sheffield [un club d’ouvriers à sheffield]
– ausländer – teil 1 : schiffen und kanonen [étrangers – partie 1 : navires et canons]

peter et zsóka nestler – allemagne, 1965-1977 –  85’
en présence des cinéastes
le dimanche 22 mai – 20h15 – cinéma arenberg
26 galerie de la reine – 1000 bruxelles

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die nordkalotte [la calotte polaire]
peter nestler – allemagne, 1991 –  90’
en présence du cinéaste
le lundi 23 mai – 19h30 – goethe institut
58 rue belliard – 1000 bruxelles

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flucht [fuite]
peter nestler – allemagne, 2000 –  87’
le mardi 7 juin – 20h30 – espace delvaux
place keym – 1170 watermael-boitsfort

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> !!! programme en .pdf !!! <

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[x]
la programmation “cinéma et paysage” devrait – enfin – peut-être avoir lieu, dix ans plus tard, lors de l’édition… 2013 du festival filmer à tout prix. peut-être…!!!

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guy-marc hinant et david toop transbahutant un fauteuil, dans l’appartement londonien du second, au début de « i never promised you a rose garden » (observatoire des musiques électroniques – 2004-2008).

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assez paradoxalement (en apparence, en tout cas) la « chose » que je suis le plus fier d’avoir contribué à offrir en lecture sur le site de la médiathèque en 2009 – et qui, malheureusement, n’y sera sans doute pas la plus lue – n’est pas de moi – ou alors si peu. ce n’est pas un article que j’aurais écrit mais une interview que j’ai coréalisée avec benoit deuxant. envoyer quelques « balles » (questions) puis suivre les échanges, la pensée en train de s’exprimer, de rebondir… de temps en temps (pas souvent), la relancer… enregistrer puis retranscrire… têtes enregistreuses, coutumiers d’un travail cinématographique essentiellement basé sur l’écoute de la parole des autres, guy-marc hinant et dominique lohlé passent avec aisance de l’autre côté du filet – ou du micro – au statut de têtes parlantes.

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depuis le début des années 2000, la paire guy-marc hinant / dominique lohlé enregistre, dans leurs films à quatre mains, à toute petite équipe et à mini budgets, deux réalités fondamentales et passionnantes mais pourtant quasiment toujours absentes de ce que l’on a l’habitude de nommer documentaires musicaux : la parole (des musiciens) et l’écoute. une sorte de feuilleton éclectique, donc chaotique, où le cinéma joue le rôle précieux d’un dispositif de production – et d’enregistrement – d’une série de présences à l’écran difficiles à oublier.

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«  (…) moi : on a l’impression qu’aux diverses personnalités rencontrées correspond à chaque fois un traitement un peu différent, ça semble évident. mais est-ce que vous pouvez nous dire si c’est vous qui l’imposez – par exemple, est-ce que vous arrivez chez vos interlocuteurs avec une idée de « quel jeu jouer » – ou bien est-ce que ça vient aussi d’eux…?

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dominqiue lohlé : c’est compliqué parce qu’en fait ça engage quasiment la totalité de la pratique… je pensais à ça, il y a quelques jours, parce qu’on vient de reprendre le travail sur célestin deliège, il a très peu de temps… je pense que, d’une façon très générale, on fonctionne sur une pensée à posteriori, donc avec très très peu de préméditation. comme j’aime à le répéter de manière un peu
snob, on fonctionne dans un système qui est purement épiméthéen et non prométhéen; on est vraiment des artistes anti-prométhéens par excellence… et donc, ça produit quelque chose qui ressemble quand même à de la panique. je pense que le tournage est un moment de panique…

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guy-marc hinant : parfois, ça apparaît dans le film. au tout début du toop par exemple, on le voit bien. le spectateur voit qu’on ne sait pas très bien ce qu’il faut faire. comme on sait que le film va se dérouler dans cette pièce, il est très important de savoir comment disposer par exemple une chaise, où toop va s’asseoir, etc. c’est finalement la chose la plus importante, mais on ne le savait pas. ce qui fait que le début du film, c’est une interrogation sur comment on va procéder et comment on va résoudre ce problème. puis, de façon assez comique, c’est évidemment toop qui dit «
déplaçons ce fauteuil là ». on le fait, et le film commence… donc voilà : là, c’est la panique – dont tu parlais – qui apparaît dans le film.

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dominique lohlé
: mais, ce truc est peut-être symptomatique mais pas totalement emblématique de  la manière dont on travaille parce que la forme que prend la panique chez moi est plutôt une forme agitée et chez guy-marc une forme plutôt stupéfaite. or, stupeur et tremblement sont deux figures extrêmement importantes de la complexité en dramaturgie. en dramaturgie quand un personnage rentre dans un système de complexité, d’indétermination, on peut reconnaître des traits de comportements qui appartiennent, soit à de la stupeur – « être ou ne pas être », soit à de l’agitation – « garçon, la même chose ». et, on est un petit peu, tous les deux, dans un état de complexité dramaturgique, dans un état d’indétermination. et bizarrement, par des traits qui sont certainement liés à nos personnalités, ça  produit un espace qui permet aux gens qu’on rencontre d’émerger petit à petit tels qu’en eux-mêmes… puisqu’on imprime très très peu de choses, ça passe par un moment de flottement, et puis ce flottement, avec la fatigue, débouche en général sur quelque chose qui correspond de plus en plus aux automatismes de fonctionnement des gens. et ces automatismes finissent par produire eux-mêmes le matériau. la structure du film est construite uniquement sur le matériau a posteriori. c’est comme ça que la structure du film évolue et change, de personne en personne, puisque c’est chacune des personnes qu’on filme qui fini par donner la structure du film, quasiment du fait de sa personne.

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guy-marc hinant : c’est pour cela aussi que le dispositif doit être excessivement simple au départ »

> début et fin de « monstre à quatre oreilles », l’interview-fleuve de guy-marc hinant et dominique lohlé par benoit deuxant et moi-même sur le site de la médiathèque

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accès (à l’interview) par « chapitres » / par inter-titres :

temps qui passe et temps suspendu
xenakis et l’acid
le tournage comme moment de panique
un discours théorique né de la pratique – tournage et montage
contre le fantasme du film kilométrique
le plaisir du regret contre la tentation du repentir
la puissance de la parole – la rareté de l’écoute
produire une présence
ici et maintenant
mythologie contre hagiographie
la recette du documentaire rtbf
toujours quelque chose?
envers et contre la maladresse: une esthétique quasiment ordurière

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> chronique de « i never promised you a rosegarden » par benoit deuxant

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> site de l’observatoire des musiques électroniques (o.m.e.) – achat des dvds

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sacred_harp

le week-end dernier formait un moment pivot dans l’organisation de l’hommage conjoint que l’ancienne belgique, le musée des instruments de musique et la cinematek rendent cet automne à l’incontournable collecteur de musiques populaires alan lomax. certaines activités touchaient à leur fin, tandis que la petite programmation de films se mettait en branle… dimanche soir, l’expo de photos du voyage italien (1654-55) d’alan lomax a en effet fermé ses portes au m.i.m. ; il faudra désormais se résoudre à les regarder en plus petit format dans le livre « l’anno più felice della mia vita » [l’année la plus heureuse de ma vie] de goffredo plastino (par exemple en écoutant en même temps les disques correspondants de la même campagne italienne de collectage de lomax). dimanche, l’ancienne belgique proposait en après-midi – avant l’excellentissime concert du barde écossais alasdair roberts et la fragile apparition a capella de stephanie hladowski de scatter qui allaient suivre, en soirée – la lecture-spectacle « america over the water » de shirley collins et de son comparse acteur-danseur pip barnes. une évocation passionnante du voyage de 1959 dans les états du sud des états-unis (mississipi, arkansas, géorgie du sud… ) que la jeune chanteuse et folkloriste britannique entreprit alors avec son bienaimé mentor. dans ce cas-ci, c’est via la lecture de son livre du même titre qu’on prolongera (ou remplacera) la conférence de la dame. vendredi dernier, la même shirley collins avait déjà présenté au musée du kinéma le portrait documentaire « alan lomax the song hunter » de rogier kappers au sujet duquel j’ai déjà écrit ici (clic !).

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ce mercredi à 19h15, sera projeté dans le même cadre le documentaire « awake my soul – the story of the sacred harp ». la (/ le) « sacred harp » est une forme très ancienne de musique vocale américaine, déjà présente dans l’angleterre rurale du dix-huitième siècle – et encore bien vivante aujourd’hui. cette musique a à la fois à voir avec un système de notation musicale très particulier (des partitions en « shaped notes », notes carrées, rondes ou triangulaires lisibles aussi par des chanteurs non-initiés au solfège et à la notation savante et dominante de la musique), les différentes versions successives des recueils compilant sous cette forme plus accessible de nombreux hymnes religieux et l’organisation elle-même des séances de chant. les chanteurs y sont disposés en carré selon leur type de voix (basses, altos, ténors, sopranos) et, dans une optique participative et non hiérarchisée, chaque chanteur (sans interférence de critères d’âge, de sexe ou de compétence) devient, le temps d’une chanson, le sélectionneur du morceau interprété et le chef du chœur. avant de laisser sa place au suivant… enfin, et ce n’est pas anodin, cette musique titille aussi notre curiosité par le résultat produit : une sorte de mur du son vocal, brut dans ses harmonies et surtout très puissant (de la part des chanteurs, non calculateur dans le plein don de leurs voix).

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« awake my soul – the story of the sacred harp »
(erica hinton & matt hinton – états-unis, 2006 – angl. non s-t. – 75 min)
mercredi 13.10.09 – 19h15
cinematek 9 rue baron horta – 1000 bruxelles – 1 / 3 eur

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une mise en évidence d’environ deux cent disques et dvd liés à alan lomax est proposée à votre curiosité à la médiathèque du passage 44 (+ 2e clic)
et
un peu de « sacred harp » dans les collections de la médiathèque

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lien 1 [site officiel du film]
lien 2 [bande-annonce du film]

lien 3 [un morceau d’alasdair roberts]
lien 4 [une chanson de stephanie hladowski – sur l’excellente « chaine » harmonic rooms]

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Calder_CV

« sandy » calder , sa femme louisa et quelques personnages de son cirque filmées par carlos vilardebó

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pour les lecteurs parisiens de ce blog (il y en a quelques-uns) et les nomades saisonniers (touristes / vacanciers) qui passeraient par là, il reste un peu moins de trois jours pour visiter :

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expo « alexander calder – les années parisiennes (1926-33) »
jusqu’au lundi 20 juillet – 11h à 23h – centre pompidou (beaubourg)

place georges pompidou – 75004 paris – france – 9 / 12 eur

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si vous ne pouvez vous y rendre, il reste la possibilité de regarder les trois dvd documentaires consacrés à alexander « sandy » calder et disponibles à la médiathèque.

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premier épisode de ce mini-feuilleton :

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jaquette_magie« le cirque de calder’ du cinéaste franco-lisboète carlos vilardebó est un de mes films préférés. c’est un film court (dix-neuf ou vingt-sept minutes selon les versions) dont la caméra scrute – à part le démiurge qui leur donne vie – un monde de créatures de petite taille (à vue de nez, de quatre ou cinq centimètres sous la toise pour les petits chiens à vingt-cinq ou trente centimètres pour l’éléphant ou le lion) mais c’est un très grand film par la capacité d’émerveillement qu’il contient en lui.

au début du film, la caméra descend lentement de l’imposante charpente en bois d’une vieille grange vers le sol où trône immobile, les grosses paluches posées sur les cuisses, un ventripotent vieux monsieur à la crinière blanche et à la chemise « rouge-de-rouge ». la grange est située à saché en touraine, le géant agenouillé c’est – vous l’aurez deviné – le sculpteur alexander calder (lawnton, 1898 – new york 1976) et nous sommes chez lui au début des années soixante. il refait pour les besoins du tournage de carlos vilardebó – qu’il a lui-même contribué à convoquer et à orchestrer – les gestes qu’il a fait tant de fois dès 1926-27, de paris à new york, et qui transforment ses petites créatures inanimées, au point de rencontre de l’artisanat et de l’art, en personnages désormais vivants de micro-histoires modestement spectaculaires. la première musique de cirque retentit… dans le spectacle vivant du cirque de calder, c’est sa femme louisa qui, dans un coin, en coulisses, enchainait les disques vinyles sur le plateau du gramophone ; on la voit régulièrement à l’image même si les musiques du film ne sont pas toujours synchrones de l’image. bientôt apparaissent deux ‘monsieur loyal’ – pas sûr que cette fonction qui, contrairement aux clowns ou aux trapézistes, va toujours par un, ait un pluriel en français. (…) »
> la suite de mon article sur le site de la médiathèque

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lien 1 [début du film]
lien 2 [huit vidéos d’amália rodrigues dans « as ilhas encantadas » du même vilardebó]

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‘ EN PASSANT… ’ :

pour les bruxellois cette fois, trois courts métrages de jacques rozier dont le splendide « rentrée des classes » passent ce samedi 18 juillet à 20h au musée du kinéma (attention : dans la mini salle de 29 sièges)

> l’occasion de relire un billet précédent de ce blog

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vilin_perec_ronis

la rue vilin (paris, belleville) via un bout de planche contact de pierre getzler en 1970 (en bas à gauche) et deux photos célèbres de willy ronis (de 1957 et 1959)
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il y a six mois j’avais pas mal “parlé” (avec des images, les doigts et un clavier ici / avec la bouche, des tics et les mains là-bas) du documentaire “récits d’ellis island” co-réalisé par georges perec et robert bober.

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lors de ma présentation à la médiathèque du passage 44, j’avais aussi fait écouter une interview de perec sur france culture (éditée depuis au format cd) au cours de laquelle l’écrivain décrivait son projet de rendre visite douze ans durant à douze lieux parisiens (en alternant les mois de l’année de sorte à ne jamais retourner le même mois dans le même lieu) :

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les lieux (notes sur un travail en cours). en 1969, j’ai choisi, dans paris, douze lieux (des rues, des places, des carrefours, un passage), ou bien dans lesquels j’avais vécu, ou bien auxquels me rattachaient des souvenirs particuliers. j’ai entrepris, chaque mois, la description de deux de ces lieux. l’une de ces descriptions se fait sur le lieu même et se veut la plus neutre possible: assis dans un café, ou marchant dans la rue, un carnet et un stylo à la main, je m’efforce de décrire les maisons, les magasins, les gens que je rencontre, les affiches, et, d’une manière générale, tous les détails qui attirent mon regard. l’autre description se fait dans un endroit différent du lieu: je m’efforce alors de décrire le lieu de mémoire, et d’évoquer à son propos tous les souvenirs qui me viennent, soit des événements qui s’y sont déroulés, soit des gens que j’y ai rencontrés. lorsque ces descriptions sont terminées, je les glisse dans une enveloppe que je scelle à la cire. (…) je recommence chaque année ces descriptions. (…) c’est en 1981 que je serai en possession des 288 textes issus de cette expérience. je saurai alors si elle en valait la peine: ce que j’en attends, en effet, n’est rien d’autre que la trace d’un triple vieillissement: celui des lieux eux-mêmes, celui de mes souvenirs, et celui de mon écriture” (g. perec “espèces d’espaces” – retranscription: azarts-pastiques.com).

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sauf que perec ne poussa pas son projet à son terme. ce fut e.a. à l’époque du tournage de son film “un homme qui dort” (co-réalisé avec bernard queysanne au début des années septante) qu’il espaça ses visites et considéra que les tournages de cinéma dans quelques-uns de ses douze lieux pouvaient faire office – moyennant une légère torsion du projet de départ – de séances de ‘prises de notes’ / de descriptions… la caméra et la pellicule remplaçant le stylo et le papier.

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parmi ces douze lieux figurait la rue vilin à belleville, où peretz – pas encore baptisé perec à cette époque – vécu de sa naissance, en 1936, à 1941, quand sa mère l’envoya par un train de la croix rouge à villard-de-lans pour le sauver de la menace nazie, peu de temps avant d’être elle-même déportée à auschwitz.

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au début des années quatre-vingt, le quartier de naissance de perec connaît de spectaculaires mutations (destructions) urbanistiques. on raconte que c’est au lendemain de sa mort – le 3 mars 1982 – que les bulldozers achevèrent de réduire en gravats les dernières maisons de la rue pour faire table rase et permettre l’implantation du parc paysager qui y occupe désormais le flanc de la colline…

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dix ans plus tard, en 1992, robert bober – l’ami-complice de “récits d’ellis island” – remonte la rue vilin. 1°/ “remonte” au sens topographique, cette rue très pentue aux spectaculaires et photogéniques escaliers urbains. 2°/ mais aussi “remonte” au sens cinématographique ou intellectuel du verbe: réassocie des éléments et des traces pour redonner vie ou forme à quelque chose qui a disparu.

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je n’ai pas encore vu ce film mais je me fais une joie de le découvrir demain soir à l’espace delvaux dans le cadre d’une séance programmée par “le p’tit ciné“:

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“en remontant la rue vilin” (robert bober, france 1992 – 52 min)
+ “voisinage” (yves hanchar, Belgique 1984 – 8 min)
mardi 9 juin – 20h30 – espace delvaux
place keym – 1170 watermael-boitsfort – 5 eur

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lien 1 [une autre photo: perec dans la rue vilin]
lien 2 [‘qu’est-ce que filmer ce qui, du lieu, a eu lieu?’ présentation du film par j. lemière]
lien 3 [‘la cloche et les clochardes’ de r. bober en 1972 – 10 min gratuites / le tout = 1.5 à 4 eur]

> un documentaire sur le photographe bellevillois willy ronis disponible à la médiathèque (texte de catherine mathy)

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scampia_napoli_fresque1

dans la fiction / dans le réel / dans la création d’un graffeur,
l’ensemble architectural des ‘vele’ à scampia, dans la banlieue de naples

dans le film “gomorra” (de matteo garrone, italie 2008 / d’après le best-seller du journaliste roberto saviano) il y a, aux côtés des quelques personnages qui ressortent un peu de la foisonnante touffe de parcours individuels entremêlés inhérente à son parti pris de film choral tentaculaire, un autre personnage-clé dont on sait, dès la première image qu’on n’est pas près de l’oublier : les demis ruines de l’ensemble architectural ‘le vele’ (les voiles). sept tours (dont trois ont aujourd’hui déjà été détruites) en formes de ziggourats très clairement marquées par les utopies architecturales du mouvement moderniste et construites dans e quartier de scampia entre 1962 et 1975 sur des plans de l’architecte franz di salvo.


on pourrait discuter longtemps des qualités et défauts du film “gomorra” mais il me semble qu’au moins, en nous laissant un peu pantois et interrogatifs, il nous donne envie d’en savoir plus, de nous documenter…


c’est précisément ce que devrait permettre la remarquable petite (c’est un compliment) programmation napoli biutiful cauntri de katia rossini et du cinéma nova qui court encore jusqu’au dimanche 3 mai.


ce dimanche 26 avril dès 17 heures, une soirée thématique “periferie del mondo” sera consacrée, via des films de terrain quasi tous inédits en belgique (et très éloignés des reportages sensationnalistes d’équipes de voyeurs télévisuels parachutés), au quartier de scampia et à la périphérie de naples – mais aussi, par rebond, aux autres banlieues d’europe. pas seulement aux dystopies architecturales, à la violence, etc… , mais aussi aux formes d’expression qui y germent et s’y enracinent (e.a. via un portrait du peintre de fresques felice pinataro)

napoli biutiful cauntri (nap. – ita)
du jeudi au dimanche – jusqu’au dimanche 3 mai – cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – de ‘gratuit’ à 5 eur


> un billet – plus critique que celui que j’aurais pu écrire – sur le film “gomorra” par mon amie krotchka

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henri_chopin_radio_centraal
henri chopin à radio centraal (antwerpen)
le 14 décembre 2007
photo: © ultraeczema

 

 

il y a un an, presque jour pour jour, le 15 décembre 2007, nous étions quelques dizaines (une petite centaine?) à assister à la performance vocale et sonore d’henri chopin au palais des beaux-arts. nous ne savions pas que cela allait être sa dernière apparition publique: dix-huit jours plus, le poète sonore mourrait à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

> lien 1 [vidéo de cette ultime performance]

un an plus tard, ce jeudi 18 décembre, bozar cinéma se souvient en programmant le long portrait documentaire

“de henri à chopin, le dernier pape”
de maria faustino & frédéric acquaviva

(france, 2008 – 190 minutes)

dans une lettre posthume, frédéric acquaviva se souvient d’ailleurs de ce dernier concert:
“(…) enfin, deux semaines avant que tu ne passes le microphone à gauche, j’étais avec toi lors de ta dernière performance à bruxelles, aux palais des beaux-arts, à nouveau pour diffuser ce court film [la version courte du long de demain]. les techniciens belges à qui tu expliquais assez sèchement comment installer ton antique magnétophone s’énervaient contre toi en te demandant, enfin, d’arrêter de fumer, nom de dieu, à quatre-vingt-cinq ans, et en plus sur la scène, où, en l’absence de cendrier – comme on n’y fume pas, pas moyen de trouver un cendrier ! – tu dispersais toutes tes cendres, si j’ose dire, pour ce qui allait être ton dernier concert. dans cette ambiance houleuse, tu étais sur ton fauteuil roulant sur le devant de la scène, juste après cette remontrance alors même que l’écran descendait lentement, reléguant le technicien orthodoxe et proto-colère (pour reprendre l’expression d’un de tes anciens amis qui eut de la suite dans les idées) à l’arrière-plan, je t’ai vu jeter ton vieux mégot vers ses pieds sans regarder, d’un geste très précis, alors même que le rideau l’empêchait de venir t’étrangler. comme il restait muet et toi aussi, je me mis à sourire de ton ‘casus belli’. tu t’es mis alors à rire (titre de l’un de tes recueils) avec moi en m’expliquant que depuis les camps de la mort, tu avais décidé que plus jamais personne ne t’emmerderait ! puis les diffusions de films eurent lieu, ainsi que ta performance réellement exceptionnelle. seize courtes minutes, après une présentation drôlissime. en plein milieu, un incident technique, plus de son. un des techniciens est descendu, stoïque et arpentant le fond de la scène avec une froideur comique involontaire et a réappuyé sur le bouton ‘on’, puis est reparti de la même manière, tel un sketch rôdé à la perfection. tu as poursuivi et c’était fabuleux. abstrait et concret, simple et complexe à la fois. pour une fois, je ne te filmais plus ni ne diffusais, j’écoutais juste et j’étais vraiment impressionné… (…)
> lien 2 [version intégrale de la lettre de f. acquaviva à h. chopin]

commandé par chopin lui-même, qui en avait d’avance décidé la longueur (plus de trois heures!), le film se présente comme un témoignage sur les diverses activités de l’artiste, que l’on retrouve en performance dans des lieux institutionnels ou underground, chez lui en train de créer ses dernières oeuvres plastiques, en interview à l’hôtel, dans une galerie qui accueille une rétrospective de son oeuvre… un hommage à l’un des poètes majeurs du vingtième siècle, qui jusqu’à son dernier souffle aura gardé l’énergie de la jeunesse” (xavier garcia bardon – bozar cinéma)

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