Feeds:
Posts
Comments

Posts Tagged ‘emmanuel levaufre’

jennifer jordan et chris jordan dans abigail leslie is back in town (1975) : « deux personnes discutent. le plan d’après, elles sont nues et l’une sur l’autre »

/
il y a juste un an est mort le cinéaste joseph /joe sarno (15 mars 1921-26 avril 2010). vu son champ d’activité (le cinéma érotique et pornographique) on en a peu parlé (en tout cas en termes de cinéma). quelques mois plus tard, dans la revue trafic de l’été 2010 paraissait un remarquable article de presque 20 pages écrit, avant sa mort, par mes amis pascale bodet et emmanuel levaufre. extraits choisis :

/
/
« insolence de joe sarno : pour ceux qui aiment le porno, il habille les gens, pour ceux qui ne l’aiment pas, il les déshabille. à quoi reconnait-on un film porno ? aux pénétrations montrées explicitement ? on n’en voyait pas avant 1971 aux états-unis, avant 1975 en france (du moins dans les films exploités publiquement). on pouvait pourtant voir « de la pornographie » dans le circuit commercial avant l’arrivée du hard. cela s’appelait « film sexy », « nudie », « kinkie », « roughie », etc. un film pornographique, hard ou non, est toujours produit en vue d’exciter sexuellement le spectateur, réservé aux adultes, et souvent aux messieurs. un film pornographique est donc un objet de consommation sexuelle.

/
un bon film, cependant, ne se réduit jamais à ses effets immédiats : une bonne comédie ne fait pas seulement rire, un bon mélodrame pas seulement pleurer. les films de joe sarno sont de bons films.

/
deux personnes discutent. le plan d’après, elles sont nues et l’une sur l’autre. femme au foyer et plombier, patron et secrétaire, grande bourgeoise et majordome, prof et élève, amies d’enfance, cousin et cousine, époux… qu’importent les rôles sociaux et les relations affectives : le schéma est toujours le même. on reproche souvent aux pornos de réduire les rapports humains aux rapports sexuels et de réduire les rapports sexuels à des rapports mécaniques.

/
sarno fait apparemment la même chose. ses personnages ne parlent que de sexe et si, par exemple, il montre une sœur et son frère, deux sœurs, une mère et sa fille, ou un père et sa fille, il ouvre aussitôt la possibilité de l’inceste. sarno réduit la réalité humaine au sexe, mais il retrouve dans le sexe tout ce qu’il a apparemment exclu : richesse affective et rapports sociaux. faite de dépendance et de domination, d’émancipation rêvée et d’aspiration au bonheur, la réalité humaine est pour lui entièrement présentable à travers un prisme sexuel. aussi sarno n’a-t-il aucun mal à s’adapter aux exigences du marché pornographique et à ses fluctuations (acteurs plus ou moins déshabillés selon l’année et le pays de production ; hard quand il n’était pas possible de faire autrement).

/
le porno pour sarno ? au moins autant un produit de consommation sexuelle qu’une manière de mettre le spectateur en état de disponibilité à l’égard du sexe et d’explorer la réalité humaine.

/
imagine-t-on sarno faire des documentaires ou des comédies musicales ? oui, mais à une double condition : rester dans le cadre du porno, et s’en tenir à une approche réaliste du sexe (refus de la mystification, aversion pour le fantasme).

/
joe sarno a commencé à travailler aux états-unis à la fin des années 1950. il a également travaillé en suède et en allemagne. le sommet de sa carrière a coïncidé avec l’époque de la libération sexuelle (1965-1975). depuis 1988, il n’a tourné qu’un seul film, suburban secrets (2004). sa filmographie (une centaine de films, en partie disponibles en dvd, à découvrir absolument), sera ici [= dans trafic #74] évoquée à travers quelques exemples présentés chronologiquement.  (…) »

/

priscilla howe bouche bée devant la maison d’abigail leslie.

/
/
« priscilla howe (rebecca brooke) est restée bouche bée quand elle a surpris gordon (jamie gillis), son mari, en train de faire l’amour avec abigail leslie (sarah nicholson). quand abigail revient quelques années après le scandale et que gordon se précipite chez elle, priscilla est toujours bouche bée. sarno cadre son visage, et on y voit l’effroi, la curiosité, le refus, la fascination pour la maison d’abigail, où elle voudrait peut-être rentrer. pourtant le gros plan ne dramatise pas son cas, son visage n’est pas recadré en gros plan « à chaud », ou en contrechamp « par surprise ». le gros plan de visage n’est qu’une partie de son histoire. il se coule dans le récit au cours duquel priscilla va entrer dans des plans cadrés en buste et en pied. question de valeur et de rythme : les longs plans tournés dans l’air hivernal de la côté est lui laissent le temps d’articuler doucement ce qu’elle désire.

/
qui est l’ennemi de priscilla ? ni la maîtresse de son mari ni le regard des autres. les insinuations malveillantes (« sais-tu qui est de retour en ville ? ») ou conseils inadaptés (« tu es vraiment coincée. tu devrais prendre un amant ») sont vite mis sur la touche. la jalousie laisse place à un sentiment plus diffus. car l’ennemi, c’est soi-même, cette tendance à rester bouche bée, à se figer dans l’effroi et la fascination. (…) »

(pascale bodet et emmanuel levaufre : joe sarno cinéaste
in trafic n°74, été 2010 – éditions p.o.l.)

/
/
lien 1 [joe sarno filmé en 2006 près de la cinémathèque française – non parlé]

Advertisements

Read Full Post »

presque pas d’images du film sur internet, pas de captures possibles sur dvd
> recours à la couverture du n°265 de la revue « cinéma 81 »

 

/
/
ce mercredi en fin d’après-midi passe surement le film le plus rare du volet cinematek de la programmation radioactivities

/
c’est la vie
(paul vecchiali – france 1980 – 91 min)

ce mercredi 1er décembre – 17h15 – cinematek
palais des beaux-arts – rue baron horta – 1000 bruxelles – 3 eur

/
de manière générale, malgré la quasi adulation de la part de pier paolo pasolini au milieu des années 1970 (qui  bouleversé par hélène surgère et sonia saviange dans « femmes, femmes », les fit toutes deux quasi rejouer une scène de ce film dans « salo ») ou la sortie récente de pas mal de ses films en dvd, paul vecchiali reste un cinéaste trop peu connu. certainement en belgique, encore plus auprès de la jeune génération de « cinéphiles ». on leur conseille vivement de saisir les rares occasions de voir ses films sur grand écran dans notre petit pays et/ou de les (re)découvrir en dvd par ex. en accompagnant leur vision de la lecture passionnante de l’entretien-fleuve (60 pages) du cinéaste avec pascale bodet et emmanuel levaufre dans les numéros 18 et 19 (2002) de « la lettre du cinéma ».

/
l’œuvre de paul vecchiali est parcourue et animée, comme les filmographies de tous les cinéastes que nous chérissons, à la fois de constantes, de lames de fond (le statut intermédiaire entre artisanat et industrie du cinéma – et de la télévision -, l’amour du mélodrame, du cinéma français des années 1930 revisité par une modernité des années 1970, le refus du réalisme normatif du cinéma français, une famille d’acteurs, etc.) et d’éclatements et de variations. mais c’est la vie (1980), film peu souvent montré et n’existant pas encore en dvd, a l’air d’être encore un peu plus à part au sein de cette constellation, ne fût-ce que par sa genèse et son mode de production presque expérimental :

/
« je préparais en haut des marches avec mon assistant de l’époque, jacques gibert, peinant cette fois encore à réunir le financement. quand j’ai entendu une émission de macha béranger. sidéré par l’aplomb et l’outrecuidance de l’animatrice, j’écrivis en une semaine un scénario pour jean-christophe bouvet, et chantal delsaux qui m’avait épaté dans corps à cœur. le principe de ce film était de tourner en plans-séquences de 4 minutes (une bobine de 120 m en 35 mm) sans aucune répétition et en une seule prise. auparavant, nous avons fait une lecture du texte, chantal et moi, de façon à déceler les phrases sur lesquelles elle pouvait buter. un dialogue, c’est comme un costume pour un comédien.  aucun travail sur la psychologie, ce que je m’interdis de faire aussi bien au cinéma qu’au théâtre. le tournage s’est déroulé en plein air entre le 20 et le 23 juin 1980 devant une flopée de journalistes. mon associé, pierre bellot, avait installé sur le set un vaste buffet : c’était une fête permanente. marin karmitz compléta le financement avec 20.000 francs sur les 120.000 qu’a coûtés le film… »
(cité sur le site du festival de belfort)

 

/
« c’est la vie est, c’est vrai, un travail d’entomologiste. quand on dessine un plan d’architecture, on dessine toujours à côté de l’immeuble l’agrandissement de l’appartement-type. dans c’est la vie c’est pareil : on a pris dans l’immeuble d’en face un appartement qu’on a posé par terre, pour regarder ce qui s’y passe. il y a d’ailleurs une autre analogie : celle de la cellule de crise. comme ginette n’est pas dans la norme, on la met là, sous la surveillance de madame delordre, la bien nommée, qui la surveille sans doute avec gentillesse mais qui la surveille. une fois passée cette espèce de mise en prison, on espère que ginette va retourner à la normalité et réintégrer l’immeuble, amis elle fout le camp »
(« le branle des apaprences – #1 » entretien avec pascale bodet et emmanuel levaufre dans « la lettre du cinéma » n°18 – 2002)

/
« une jeune femme se confesse, est quittée par son mari, trouve un amant, résiste aux pressions diverses de son environnement, puis prend conscience finalement, que la recherche de son identité implique des ruptures assez catégoriques. c’est la vie tente de dessiner la genèse, les doutes, les variations de cette lucidité nouvelle et de l’avenir qu’elle implique. parce qu’il privilégie la communication par le verbe, vecchiali est amené à intégrer au destin de son personnage les médias qui font commerce de la solitude et du verbe (les ‘lignes ouvertes’ à la radio) pour les tourner en dérision, avant de les condamner avec la force que donne le pamphlet bien centré (l’inscription dans ce scénario, d’un lien de parenté entre l’héroïne et l’une de ces égéries fumeuses qui peuplent nos ondes et dont deux ‘portraits’ sont ici proposés, vaut son pesant d’ironie iconoclaste) »
(gaston haustrate, cinéma 81, n°265)

/
/
lien 1 [paul vecchiali parle de jean grémillon à la ‘dernière major’]
lien 2 [longue entretien en ligne avec vecchiali sur le site critikat]

= = = = =

/
dans un tout autre registre, toujours dans le cadre de radioactivities, demain midi :

/
philips-radio [symphonie industrielle]
(joris ivens – pays-bas 1931 – documentaire muet – 36 min)

ce mercredi 1er décembre – 13h – cinematek
palais des beaux-arts – rue baron horta – 1000 bruxelles – 3 eur

> images <

Read Full Post »