Feeds:
Posts
Comments

Posts Tagged ‘expérience de spectateur’

sans doute plus la peur de tuer (par complicité) que celle d’être tué, dans les yeux de peping (coco martin) dans kinatay de brillante mendoza (2009).

/
/
– étant donné que vos films sont peu projetés dans votre propre pays, et surtout vus à l’étranger, cela vous a-t-il déjà confronté à des problèmes de compréhension de la part du public occidental, de certains de vos films, en entier ou en partie ?

/
« (…) roger eberts, du chicago sun tribune, a décrété que kinatay était le pire film du festival de cannes. il ne sait sans doute pas que ce genre de boucherie, qu’aux philippines nous appelons ‘chop-chop’, se passe dans notre pays depuis les années soixante. des gens en découpent d’autres en morceaux pour démontrer l’étendue de leur pouvoir, de leur autorité. je ne présente pas un cas de serial killing, ce qui serait une réalité plus européenne ou nord-américaine. dans kinatay, la femme n’est pas tuée pour des raisons psychologiques mais pour des raisons économiques et d’affirmation de pouvoir. ces faits ne sont pas imaginaires, ils sont réels. et si je choisis ce genre de sujet gore où une femme se fait tailler en morceaux, c’est parce que je voudrais dire, y compris aux philippins, que cela se passe encore de nos jours. ces actes tellement primitifs ont lieu dans notre monde moderne. on n’en parle presque pas mais cela continue à se passer et cela empire parce que les autorités elles-mêmes (des gens qui sont plutôt censés nous protéger) y sont de plus en plus liées. ça rend la situation encore plus alarmante et dérangeante. »
/
(interview de brillante mendoza, lundi passé pour une « sélec » à venir)

/
/
sur le morceau « youth against fascism », extrait de l’album dirty de sonic youth en 1992, thurston moore ressasse à l’envi, à propos de sa propre chanson qu’il est en train d’interpréter « this is the song i hate / this is the song i hate ». non, pas qu’il la trouve ratée mais juste qu’il aurait préféré ne pas avoir à relater cette histoire des piquets de protestation que des jeunes kids activistes de washington étaient alors (moralement) obligés de tenir devant les grilles de la maison blanche de george bush père.

/
/
pour moi (et peut-être pour brillante mendoza, même si je n’ai pas osé le lui demander aussi frontalement), kinatay c’est un peu « this is film i hate ». pas du tout que je le trouve raté (au contraire, je le trouve extrêmement intelligemment réalisé) mais parce qu’ici aussi j’aurais préféré que ce film sur la très longue agonie d’une stripteaseuse enlevée, violée et coupée en morceaux par un gang auquel elle doit une importante somme d’argent n’ait pas eu à exister. quand le film avait été projeté au cinéma nova dans le cadre d’un programme philippin, il y a quelque mois, j’avais abandonné l’idée d’aller le voir, malgré tout le bien que quelqu’un comme emmanuel levaufre m’en disait. aucune envie de voir, de regarder, ça, quasi en temps réel, pendant une heure de film. le weekend passé, pour préparer mon interview de brillante mendoza du lundi, presque par conscience professionnelle j’ai regardé le film en dvd (au moins, je pourrais arrêter, faire une pause ou carrément renoncer). au final, emmanuel avait raison : le film est vraiment très bien. et s’il était dur de voir ça, difficile de tenir (notamment par la durée de l’interminable scène, quasi silencieuse, dans la camionnette, où les malfaiteurs sortent de la ville avec la fille bâillonnée à leurs pieds : quinze minutes d’horreur lente, diffuse et larvée avant trente minute d’horreur explicite, ultraviolente et sanguinaire ; quinze longues minutes pour le spectateur pour envisager, via les yeux du jeune peping, sa propre lâcheté via celle du personnage) on en sort en ayant vécu une expérience sensorielle et temporelle qui nous a donné tout le temps de réfléchir à la pire part de nous-mêmes.

/
kinatay

(brillante mendoza – philippines /france 2009 – 105 min)
ce dimanche 14 novembre – 21h – cinematek
palais des beaux-arts – rue baron horta – 1000 bruxelles – 3 eur

/
/
étant donné que ce film est le dernier de la rétrospective brillante mendoza à la cinematek, dès la semaine prochaine (et jusqu’à la fin janvier) pour voir un de ses films sur grand écran à bruxelles, il faudra s’en référer à la sortie, en 25 séances, de son dernier film en date (dans un tout autre registre) au cinéma nova :

/
lola

(brillante mendoza – philippines/france 2009 – 110 min)
du jeudi 18 novembre au vendredi 21 janvier 2011 – cinéma nova
3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 3,50 / 5 eur

Advertisements

Read Full Post »