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Posts Tagged ‘films en bibliothèques’

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parler, écouter, réfléchir (et… tirer sur sa clope): les principales activités de patrick leboutte
[avec de haut en bas et de gauche à droite, jean-louis comolli et michel samson, co-réalisateurs de la saga documentaire “marseille contre marseille” et boris lehman, dans “mes entretiens filmés”]

à quelques heures de recevoir patrick leboutte (professeur de cinéma à l’insas, fondateur de la revue “l’image, le monde”, co-responsable de la collection de dvd le geste cinématographique aux éditions montparnasse… amateur de marche et de vélo…) à la médiathèque du passage 44, il me semblait utile de relire quelques extraits de ce qu’il avait été raconter à marseille il y a déjà huit ans – le 11 juin 2001 – à une série de responsables des collections vidéo de bibliothèques publiques françaises :


j’entends dire parfois que les bibliothèques seraient le dernier maillon de la chaîne, après la salle de cinéma et la télévision. je pense au contraire que les bibliothèques sont l’avant-garde, que c’est de là que les choses peuvent partir.

(…)

j’aimerais parler de ce rôle qui est le vôtre. Avant de venir, je suis allé voir une amie bibliothécaire belge qui – elle ne s’y attendait pas du tout – se retrouve responsable d’un grand secteur vidéo. et je lui ai dit que je devais parler à des gens comme elle en france, où vous êtes beaucoup plus avancés qu’en belgique, parce que la belgique est une terre sinistrée en matière de cinéma, il n’y a plus grand chose. il n’y a plus de salle de cinéma d’art et d’essai, il en reste deux à liège et deux à bruxelles. et je ne sais pas où envoyer mes étudiants ou mes amis. or je viens de découvrir que je pouvais les envoyer dans des bibliothèques.

j’ai été voir cette jeune fille et je me suis rendu compte qu’elle était confrontée à trois questions : une angoisse, un piège et un contexte. la question qui l’angoisse le plus est finalement “qu’est-ce que je dois sélectionner? qu’est-ce que je dois acheter et qu’est-ce que je dois montrer? “. ce n’est pas la question la plus importante. les deux autres questions qu’elle se pose me paraissent plus judicieuses : “pour qui je vais acheter ça?” et “pour quoi faire? pour quel projet?”.

le piège dont elle me parle tout le temps et auquel elle se trouve régulièrement confrontée par les gens au-dessus d’elle, les responsables, le directeur de sa bibliothèque, c’est de transformer la section vidéographique de sa bibliothèque en un splendide étalage. de faire en mieux ce qu’on fait à la fnac. une vitrine un peu culturelle, mieux achalandée qu’à la fnac, plus intelligemment faite que dans un vidéoclub. le piège, c’est ce que l’on vous demande souvent : “achetez ce que les gens veulent voir”, ou bien : “achetez des films culturels“. ça n’est pas un projet. il faut passer par là, mais ce n’est pas suffisant. et ce piège n’est pas toujours imposé, cela peut aussi être une tentation, celle de faire une fnac gratuite.

(…)

deuxième expérience : le cinéma pour créer des liens

je raconte une deuxième expérience, pour que vous voyiez où je veux en venir. la semaine d’après, ma mère ayant compris qu’il s’était passé un truc désastreux, nous a offert à moi, ma sœur et mon frère un deuxième film, cette fois-ci en ville, c’était un autre film de walt disney. ça s’appelait “la belle et le clochard” ; je ne l’ai pas aimé. Parce que je n’avais pas aimé l’idée que ce clochard, auquel je m’étais évidemment complètement identifié, se retrouve à la fin dans une maison bourgeoise avec un petit nœud papillon.

par contre, j’avais bien aimé une scène: la scène des pâtes. vous savez la scène des pâtes, où les deux chiens sont amoureux mais ne le savent pas, ils mangent la même pâte et puis ça fait un bisou. j’avais beaucoup aimé. et j’ai dit à ma mère “j’ai aimé ça, j’ai aimé la scène du lien”, et elle m’a répondu “mais c’était pas des liens, c’était des pâtes”. moi j’avais vu du lien, autre définition possible du cinéma. ma première définition
(patrick leboutte, marseille, juin 2001 – retranscription complète ici – en .pdf)

ce soir, patrick leboutte animera la rencontre avec le cinéaste boris lehman à l’occasion de l’acquisition par la médiathèque d’une quinzaine de ses films en dvd:


rendez-vous avec
boris lehman / en compagnie de patrick leboutte
vendredi 10 avril – 19h30 –  médiathèque du passage 44
gratuit

en novembre 2002, dans la modeste – mais ô combien féconde et percutante – petite plaquette “ces films qui nous regardent” écrite par patrick leboutte et éditée par la médiathèque, leboutte consacrait déjà deux pages à “babel” de lehman :


ces_films_qui_nous_regardent“(…)
boris lehman voulait que sa vie devienne un jour le scénario d’un film qui a fini par se confondre avec sa vie et qu’il aime venir nous projeter en personne, dans nos maisons ou nos appartements, partageant avec nous un plat de pâtes pour échanger quelques impressions avant de repartir filmer d’autres images comme certains font collection de cartes postales. car pour lui ce qui fait œuvre, ce ne sont pas tant les films que ce qui advient par eux, la manière dont ils travaillent ou la communauté qu’ils profilent. aussi ses films ne sortent-ils pas, du moins pas au sens convenu du terme ; ils viennent à notre rencontre, continuant l’histoire du cinéma comme art du lien



lien 1
[site boris lehman]

lien 2 [compte-rendu d’un séminaire “filmer la parole” animé par patrick à caen]
lien 3 et 3bis [podcasts d’une intervention sur “la caméra-stylo” à montpellier]

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