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Posts Tagged ‘la sélec’

bill orcutt au festival on land (san francisco) en 2010, photographié par ned raggett (creative commons)

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bill orcutt jouait hier soir aux ateliers claus. un concert sans doute un peu plus long que les vingt minutes chrono de celui donné au festival kraak 2010 (à aalst) mais qui gagne en subtilité, délicatesse – et humour et décontraction des interventions parlées entre les morceaux – ce qu’il perd en pure force de percussion. l’occasion de publier ici un texte (écrit il y a quelques mois) sur la découverte discographique de sa musique et ses antécédents plus lointains. surtout que le guitariste sera encore à antwerpen et paris (aujourd’hui et demain) et du côté de la suisse en décembre.

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introduction de mon article « politique de la dette » pour la sélec 16
(sur l’état de la musique pour guitare acoustique vers la fin de l’année 2009)

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dentelle et toile de jute

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toujours en décembre 2009, via le bilan annuel du wire, magazine anglais dévolu aux musiques dites « aventureuses », pas mal de gens découvraient l’existence de a new way to pay old debts d’un certain bill orcutt qui y décrochait la «médaille de bronze»: un lp sorti quelques mois auparavant en 500 exemplaires par le musicien californien sur son propre label, palilalia. pour beaucoup, l’écoute du disque fut et reste un vrai choc. c’est sans doute le disque récent qui renouvelle le plus clairement le répertoire de l’instrument. une interpellation (« wow! »), une fausse accalmie, une sonnerie de téléphone et très vite s’impose une masse sonore certes virtuose, mais surtout brute, sauvage, radicalement débridée et tendue d’énergie tantôt retenue, tantôt lâchée. si la musique de fingerpicking des années 2000 a pu parfois se rapprocher de la dentelle (motifs et géométrie, délicatesse et précision), on est ici face à une matière textile d’un tout autre ordre, densément tissée, rêche comme une toile de jute que l’artiste fait violemment claquer voire lacère ou déchire! a new way to pay old debts fonctionne et s’écoute sur la longueur, au minimum par face, pas morceau par morceau. entre fausse monotonie, répétitions assumées et microchangements de chaque instant, la guitare à quatre cordes de bill orcutt parle, chante, crie ou pleure. le musicien n’a pas besoin d’ouvrir la bouche, comme il le fait parfois cependant (cris, marmonnements, chant en arrière-fond, à la manière de glenn gould jouant bach), pour que sa musique ait une voix. entre musique noire et musique blanche, ou plutôt musique blanche et noire bouturées l’une au sein de l’autre, elle porte dans ses veines à la fois l’a.d.n. des improvisations de derek bailey et celui du vieux blues rural du sud des états-unis (mississippi john hurt, robert pete williams ou lightnin’ hopkins auquel une fausse reprise est ici dédiée)… et… on pourra arrêter de le taire puisque, si initialement on l’ignorait, cela fait désormais quinze mois qu’on le sait: aussi de son propre héritage rock, portant l’ombre de ses fantômes d’une vie antérieure.


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la sirène

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bill orcutt a en effet été le guitariste (électrique) de harry pussy, trio (ou duo) rock noise / hardcore aussi radical qu’il fut prolifique, d’environ 1992 à 1998, à miami. un groupe dans lequel, il faut bien le dire, c’est surtout la présence incontournable de la batteuse / hurleuse adris hoyos qui saute aux yeux, aux tympans et à la gorge. apparemment calme «à la ville», cette jeune hispanique autodidacte, aujourd’hui admirée par le batteur chris corsano, se transformait en boule d’énergie à haute connotation corporelle, donc sexuelle (cf. le nom du groupe à une lettre près, la chanson « sex problem » ou la pochette de l’album ride a dove, etc.), dans le cadre des catharsis soniques du groupe, en concerts ou sur enregistrements. les vidéos de concerts ou l’album de 42 morceaux you’ll never play this town again, récemment compilé pour le label load de lightning bolt par bill orcutt lui-même et qui fait la part belle aux enregistrements live, nous les montrent plongeant gorge déployée et la tête la première, dans le hachoir électrique de chacun de leurs morceaux (ne dépassant presque jamais les deux minutes, voire les soixante ou les quinze secondes). après dix ans d’abstinence musicale (boulot de jour, vie familiale), aux dires de bill orcutt lui-même, c’est précisément le fait de se replonger dans la discographie de harry pussy en 2008 pour en extraire les morceaux les plus significatifs qui a refécondé ses envies voire ses besoins de musique. même si adris hoyos n’est plus là, si les hurlements suraigus se sont tus et que l’électricité a été coupée, il reste néanmoins quelque chose de cette belle énergie sauvageonne dans ses disques ou ses concerts solo d’aujourd’hui – comme il reste clairement quelque chose de cheval de frise dans les disques de thomas bonvalet sous sa nouvelle identité d’ocelle mare – même si l’énergie d’orcutt est aujourd’hui un rien (un rien!) plus canalisée par une certaine intelligence de l’âge.

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mercredi 19 octobre 2011 – 20h
bill orcutt (usa) – maja jantar (bel)
gunther

15 oudaan (ruimte 33) – antwerpen

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jeudi 20 octobre 2011 – 20h
bill orcutt (usa) – ralph white (usa) – l’ocelle mare (fra)
l’espace en cours

56 rue de la réunion – 75020 paris (france) – 8 eur

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samedi 3 décembre 2011
bill orcutt (usa)
festival les urbaines
lausanne (suisse)

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lien 1 [site officiel de bill orcutt et de son label palilalia]
lien 1bis [belle galerie de flyers et d’affiches pour ses concerts]
lien 2 [bill orcutt interviewé par joeri bruyninckx pour foxy digitalis]
lien 3 [bill orcutt chez lui en 2009 – vidéo]
lien 4 [bill orcutt en soundcheck à minneapolis en août 2011 – vidéo]
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lien 5 [interview d’adris hoyos par alan licht]
lien 6 [auto-interview de harry pussy sur coolbeans]
lien 7 [de pussy galore à patty waters les disques fétiches d’adris hoyos pour dusted scroll down !]
lien 8 [harry pussy en concert à new york en 1995 – vidéo]
lien 9 [« smash the mirror » de harry pussy à bellingham en 1997 – vidéo]

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tract pour le rdv yann paranthoën de ce vendredi – et, ci-dessous (en vignette), yann paranthoën par gwénola carrère sur le poster de la sélec #14.

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(…) yann paranthoën est donc né en 1935 à l’île-grande, dans les côtes-du-nord d’un père tailleur de pierre. après cinq années, de ses dix-sept ans à vingt-deux ans, où il officie comme radariste dans la marine, il « monte » à paris et rentre un peu par hasard (une rencontre, quelques tests, et hop !) à l’o.r.t.f. en 1957-1958, en tant que technicien. « j’ai appris le son sur le terrain et dans les studios. pendant dix ans, j’ai fait du montage : j’ai coupé, j’ai collé de la bande magnétique… j’ai beaucoup écouté et progressivement, j’ai découvert qu’elle avait un langage spécifique » (entretien avec wilfried jailliard pour la revue l’œil électrique n° 6). quand, dès 1967 avec un petit chariot pour la grande ourse, à côté de son travail quotidien sur les sons « des autres » et les sons de l’actualité radiophonique, paranthoën pourra, en parallèle, se lancer dans quelques projets plus personnels, plus lents et au long cours, ceux-ci seront marqués par une double exigence : d’une part, chercher la nature profonde – sonore – du média radiophonique (aller plus loin que la diffusion de musiques et de discours) et, d’autre part, rester lisible (« lulu c’est aussi ça : il faut que lulu elle-même puisse l’entendre et s’y retrouver », in entretien avec catherine portevin).
> début de mon portrait sur le site archipel (recherche par artiste ou dans l’îlot témoins)

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ce vendredi soir, je tenterai modestement de présenter à un public de non-spécialistes (je ne le suis pas moi-même et ceux qui le sont risquent de ne pas apprendre ou découvrir grand-chose) quelques aspects du parcours, de l’éthique et des techniques de travail de ce créateur sonore et radiophonique ô combien attachant. c’est gratuit mais il est sympathique de réserver (02.218.44.27 ou par e-mail).

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dans le cadre de radio-activities :
rdv gros plan
« yann paranthoën, tailleur de sons »
philippe delvosalle – env. 85’

ce vendredi 4 février – 19h30 – médiathèque de bruxelles centre
passage 44 – 1000 bruxelles

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lien 1 [texte de benoit deuxant sur y. paranthoën dans la sélec #14]

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le reflex du cyclope (dessin de carl roosens, photos du spectacle à nantes) et trois « clichés de diane arbus »

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«  (…) sur un élastique au sol,
qui se tortille comme un fakir,
sur une couverture… – merde !
sur la couverture d’un livre,
pour juger la lecture d’une conne,
sur des chevelures décolorées,
sur des tupperware fluorescents,
au contenu dégoûtant,
sur des boucles d’oreilles
en forme de dauphins,
sur le ventre d’une fille,
qui meurt d’impatience,
sur un cliché de diane arbus,
ou de lee friedlander,
sur des lacets défaits,
sur des mains abimées,
dures comme du pain rassis,
sur des chevilles de jeunes filles,
sur le lieu d’un crime,
sur un champ de boue,
où trônait un cirque,
sur un tag – plutôt moche,
d’un type qui baise le monde que dans sa tête,
sur une mer d’impatience,
sur un incendie de forêt…

où poser des yeux ? »
(carloù poser des yeux ? – humpty dumpty, 2009)

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ce samedi dernière soirée radioactivities au cinéma nova, à l’occasion de la sortie de la sélec #14, en partie consacrée à la radio et de la présentation de la fiction radiophonique en live :

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le reflex du cyclope
(compagnie des castors / a.c.s.r. – belgique 2010– env. 70 min)
ce samedi 11 décembre – 20h – cinéma nova

3 rue d’arenberg – 1000 bruxelles – 6 eur / 7.5 eur

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évoquer la photo (par la bande : la découverte du monde des monstres par diane arbus) via la radio et transplanter cet acte radiophonique sur une scène, devant un public, en touchant à la fois au théâtre et au concert mais sans perdre la nature radiophonique de l’entreprise : voici le double défi que s’est posé la compagnie des castors.

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« l’utilisation des voix, de leurs différents plans sonores, des ambiances, des sons seuls, de la musique, rappelle les dramatiques radio des années 1960 et 1970. (…) il s’agit de réussir à jouer en direct des effets habituellement réalisés au montage : cuts, montage alterné, fondus, voix de la pensée en proximité, voix réelles en plan large, voix off du narrateur, arrivée de la musique, montage en créneau pour que les voix ne soient pas ‘mangées’ par les sons, etc. ».

avec christophe rault, carl roosens, zoft (damien magnette et nicolas gitto), laurence katina et mélanie lamon, anne-sophie papillon et yvan hanon.

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lien 1 [blog le reflex du cyclope]

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jeux de lumière (et de clairvoyance) sur le visage d’adrienne barbeau dans the fog (john carpenter, 1979).

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projection d’un de mes films préférés du volet ‘cinematek’
de >> R A D I O  A C T I V I T I E S <<, ce lundi à 21h :

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the fog

(john carpenter – états-unis 1979 – 89 min)
ce lundi 22 novembre – 21h – cinematek
palais des beaux arts – rue baron horta – 1000 bruxelles – 3 eur

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« (…) dans the fog de john carpenter, stevie wayne (adrienne barbeau) est à la fois la gardienne du phare de spivey point et l’animatrice de l’émission nocturne (« through the witching hour », de minuit à une heure du matin) sur les ondes de la station k.a.b., dont les studios y sont installés. de par son double rôle social et sa position géographique surplombante, elle est amenée à veiller sur la communauté d’antonio bay, le petit port qui s’étend à ses pieds, et sur la mer où certains des habitants partent pécher. si, en une heure et demie de film et vingt-cinq heures de temps diégétique, nous assistons à la modification de la voix de la femme de radio (soyeuse, séductrice et superficielle au début ; plus rocailleuse, lucide et profonde – quasi prophétique – à la fin), c’est qu’entre temps le centenaire de la naissance de la petite ville aura réveillé les fantômes de sa fondation immorale et violente. trois années après la célébration du bicentenaire des états-unis, une métaphore à petite échelle du génocide sur lequel s’est construit l’ensemble du pays ? en tout cas, un traumatisme dont la prise de conscience rend impossible de continuer à faire de la radio comme auparavant ».
(extrait – non corrigé – d’un article à venir pour ‘la sélec’ #14, spéciale radio à paraître à la mi-décembre)

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et toujours dans le cadre de ((( radio activities ))), demain mardi, dès 19h30, deuxième de la série de trois débats hebdomadaires (cette fois-ci sur le plan de fréquences de 2008 et ses suites) chez bruxelles nous appartient / brussel behoort ons toe (119 rue de laeken).

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une bonne occasion de visiter l’exposition / centre de documentation temporaire (affiches, fanzines, livres, photos, objets, etc. ) consacrée à 30 ans d’histoire des radios libres qui s’y tient jusqu’à la mi-janvier 2011.

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lien 1 [belles photos par fabienne de l’expo et de son vernissage]

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de gros ressorts, des gratons métalliques et des chaussettes presque trouées : greg malcolm dans « a spanner in the works » de john christoffels

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il y a environ un an et demi, en juin 2009, l’album leather and lacy de relectures de standards de steve lacy par le guitariste néo-zélandais greg malcolm s’était retrouvé dans la sélec #11 (spéciale one man bands).

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carresser avec les pieds (… ) subtilité, discrétion, lenteur et chuchotis : le registre introspectif de greg malcolm est a priori aux antipodes des marques de fabrique (‘entertainment’, performance physico-acrobatique, force de frappe…) de la majorité des « one man bands ». et pourtant quand on sait que, tant sur disques qu’en concerts, malcolm joue simultanément de trois guitares – deux au sol, à chaque pied, l’une pour la pulsation rythmique et l’autre pour les ‘drones’ (bourdons) ou autres toiles de fond sonores; la troisième jouée en position classique, posée sur la cuisse, pour la mélodie – on ne peut s’empêcher d’établir certains liens, même distants, avec ces étonnants musiciens « mille-pattes » qui semblent « [remettre] en question les coordinations cognitives et psychomotrices entre le cerveau et les membres » (pierre hemptinne à propos d’honkeyfinger et joe hill louis). une guitare construite sur mesure (deux ‘pick-up’ plus sensibles que les systèmes habituels d’amplification et qui permettent de rendre audible le moindre craquement du bois ou des cordes et l’adjonction d’une série de cordes sympathiques qui peuvent entrer en vibration avec les cordes jouées par simple effet de résonance), un mini-ventilateur à piles pour faire vibrer une des deux guitares de sol, quelques vieux ressorts rouillés, un ‘e-bow’ (archet électromagnétique), mais pas le moindre circuit intégré en vue… l’instrumentarium de malcolm et sa manière de s’en servir (le direct, sans coupes, manipulations ou repentir) privilégient la double fragilité – et donc, la double magie – de l’instant et de l’homme seul au confort d’un ‘backing band’ (groupe d’accompagnement) ou du faux ‘play-back’ (d’un point de vue strictement pratique, malcolm pourrait ne jouer en direct que les lignes mélodiques sur un fond sonore qui aurait figé au préalable l’enregistrement de ses deux « guitares de sol »; ça ne serait juste plus du tout le même projet, plus du tout la même musique! – et il y a fort à parier que cela l’ennuierait très vite). (…)
> entièreté de mon article sur le site de la médiathèque

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quelques mois plus tard, some other time du même greg malcolm sortait sur le label suédois kning disk. d’après moi, un des disques les plus convaincants d’un musicien qui, par ailleurs, m’a quasi toujours séduit. il est malaisé de dire ce que ce disque a de plus que les autres albums de greg malcolm… peut-être l’urgence et la tension d’une performance live devant un public (mais d’autres de ses sorties sont aussi des enregistrements de concerts) et la qualité de la prise de son (limpide et percutante). présenté dans un beau digipack oblong, l’objet renferme aussi le dvd de greg malcolm : a spanner in the works, sessions musicales sans public filmées par john christoffels et jenny ward, compagne et complice de longue date du musicien. une bonne porte d’entrée, relativement didactique, à l’univers de greg malcolm pour un nouveau public qui ne le connaitrait pas encore.

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mais la meilleure portée d’entrée reste surement de le voir en concert, en chair et en os. trois possibilités s’offrent à vous en belgique :

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greg malcolm (nz) + un des plus beaux films du monde
ce samedi 02.10 – 20h
cinéclub de laveu – 45 rue des wallons – liège

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greg malcolm (nz) + phyllis chen & rob dietz (usa) + xavier dubois (bel)
ce dimanche 03.10 – 20h
q-o2 – 30-34 quai des charbonnages – bruxelles (molenbeek)

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greg malcolm (nz) + ignatz (bel) + sheldon siegel (bel)
le vendredi 15.10 – 20h
scheld’apen (organisation: kraak) – antwerpen

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dans deux bonne semaines, à la mi-octobre, sort la sélec #13, spéciale reprises avec un autre disque de reprises de steve lacy… la boucle est bouclée…

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///  /// P O S T ~ S C R I P T U M ///  ///

reçu ceci dans ma boite mail ce soir  et comme je sais que des nantais(es) passent parfois par ici

greg malcolm (nz) + pierre, pierre, pierre
le jeudi 07.10 – 20h
violon dingue – 1 rue lebrun – nantes

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ci-dessus, générique de début de on the bowery the lionel rogosin — ci-dessous, la scène sous le riegelman boardwalk dans little fugitive de morris engel, ruth orkin et ray ashley.

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« distants d’une bonne dizaine de miles (ce qui à l’échelle d’une mégalopole comme new york n’est pas énorme), coney island et le bowery sont – en tout cas depuis la fin des années 1870 et le début du processus de paupérisation de cette très ancienne rue, suite à la cicatrice urbaine qu’y laisse l’implantation du métro aérien – fort éloignés sur les échelles sociale et symbolique de la ville.

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à la douce évasion de la classe moyenne dans les divertissements de coney island répond une évasion autrement plus radicale et physiquement éreintante dans l’alcool bon marché pour les laissés pour compte et les clochards du bowery. ouvrant et fermant on the bowery (1957) justement par l’ombre portée du viaduc du métro aérien (un jeu d’ombres moins ludique et féérique que celui que le petit fugitif expérimente sous le riegelman boardwalk de coney island), l’ex-ingénieur chimiste lionel rogosin suit, pendant quelques jours et quelques nuits, l’errance urbaine – entre trottoir, « rades » miteux, back alleys et dortoirs de l’armée du salut – d’un ex-ouvrier du chemin de fer cherchant, tant bien que mal, à rebondir dans la vie plutôt que de sombrer corps et âme. (…) »

> fin de mon article sur les deux films : dans la sélec papier n°12
ou sur le site de la médiathèque

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lien 1 [bande annonce de on the bowery]
lien 2 [bande annonce de little fugitive]

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lien 3 [original de la chanson “under the boardwalk” par les drifters]
lien 4 [chez laszlo moholy-nagy cela s’appellerait peut-être lichtspiel schwraz weiss grau]

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photos du livret du disque : luc ferrari et brunhild meyer / session d’enregistrement en terrasse à tuchan (corbières) en 1976.
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enregistré en 1976, puis monté et radiodiffusé vers 1977-1978, édité en cd du côté du québec fin 2009, découvert au printemps, un de mes seuls chocs discographiques de 2010 à ce jour :

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luc ferrari
& brunhild meyer : chantal, ou le portrait d’une villageoise
(1976-1978 – cd : ohm éditions, 2009)

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« – luc ferrari : depuis trois jours qu’on cause, tu dois avoir des critiques à formuler…
– chantal : tu me demandes des mots, c’est tout, non ? alors qu’en me voyant vivre, je suis sûre que tu pourrais… que pour toi ça serait plus intéressant…
– luc ferrari : mais les mots, ça représente la vie, non ?
– chantal : c’est pas tellement les mots qui comptent dans la vie.
– luc ferrari : c’est quoi ?
– chantal : c’est la manière de vivre. enfin…
– luc ferrari : tu veux dire ‘c’est les actes’ ?
– chantal : c’est les actes, oui.
– luc ferrari : et les mots, c’est pas des actes ?
– chantal : oh, non. surtout pas ! les mots, c’est facile, c’est tout
»

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lorsqu’au deuxième tiers des années septante luc ferrari et sa compagne et complice brunhild meyer entreprennent d’enregistrer chantal busquet – jeune habitante jusque là anonyme du village de tuchan dans les corbières, âgée de vingt-deux ans et mariée « un peu à l’aveuglette » avec l’artisan maçon qui « du jour au lendemain » l’avait mise enceinte – puis qu’ils mixent les bandes magnétiques de ces conversations pour dresser son portrait sonore, comme quelques fameux cinéastes documentaires (par exemple jean-daniel pollet face au philosophe politique lépreux raimondakis dans le moyen métrage l’ordre), ils font le choix de laisser apparentes dans leur montage les traces de questionnements, de doutes – parfois presque de mutineries – de leur sujet / interlocuteur. voire ici, dans le chef de Ferrari, les traces de sa propre incitation à la résistance : « révolte-toi ! allez… » ou « tu peux m’engueuler, hein… on n’est pas toujours intelligent dans les questions qu’on pose ».

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intelligente – comprenez libre – chantal l’est assurément. au-delà d’une certaine incompréhension de départ quant au fait qu’au sein de toute la population du village, ce soit précisément avec elle que ce curieux couple d’enquêteurs parisiens pas comme les autres ait décidé de pousser plus avant l’enregistrement de leurs entretiens (« oui, m’enfin… je ne suis pas un courant de pensée bien défini… moi, je suis moi, c’est tout »), elle articule dans des mots simples une pensée de l’existence – de l’amour, du sexe, de la politique, de la vie en milieu rural, d’une survie économique pas évidente avec le salaire minimum garanti pour seul revenu – toujours ancrée dans son vécu et ses expériences et ne tombant (presque) jamais dans les ornières d’un discours pré-balisé par d’autres. une conception indépendante et non inféodée de la vie et de la politique (« on peut avoir des idées qui n’ont pas besoin d’être représentées par un parti. j’aime pas les cartes. je suis anti-cartes »).

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par rapport à d’autres pièces sonores de luc ferrari, comme par exemple sa splendide série des presque rien qui, dès le deuxième opus de la série, inclut aussi la voix, on sent très fort ici un choix tout à fait délibéré de laisser la parole – et en premier lieu celle d’autrui, celle de chantal – au premier plan. entre les réguliers claquements de guitare acoustique qui viennent ponctuer et rythmer le récit – et qui avec vingt ou trente ans d’avance semblent préfigurer certains disques de david grubbs, de l’ocelle mare (thomas bonvallet) ou de bill orcutt – il n’y a aucune intervention sonore sur les voix, aucun effet qui pourrait nuire à leur intelligibilité. la pensée en parole, en train de se dire, de chercher et de trouver ses mots est la matière première de ce disque bouleversant. dans les fils que cette pensée déroule et dans les nœuds qui, parfois, contrecarrent ce déroulement.

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lien 1 [site officiel luc ferrari]
lien 2 [entretien avec dan warburton en 1998]

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sinon, découvert aujourd’hui qu’alga marghen avait sorti il y a quelques mois « tranquilles impatiences » un lp mono-face de brunhild meyer-ferrari. le disque est en vente chez metamkine en france et chez mimaroglu (extrait sonore en écoute) aux états-unis. curieux d’entendre l’entièreté des vingt minutes de cette composition.

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