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Posts Tagged ‘médiathèque (belgique)’

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au sein de la thématique à suivre…
de pointculture / la médiathèque
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treme et la musique de la nouvelle-orléans
conférence d’emina aličković
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ce vendredi 3 mai à 18h pointculture de bruxelles-centre
puis :
le vendredi 17 mai à 18h pointculture de namur
le vendredi 24 mai à 18h pointculture de charleroi
le mercredi 29 mai à 18h30 pointculture d’ixelles-ulb
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hangin’ in the treme
watchin’ people sashay
past my steps
by my porch
in front of my door

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church bells are ringin’
choirs are singing
while the preachers groan
and the sisters moan
in a blessed tone

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down in the treme
just me and my baby
we’re all going crazy
while jamming and having fun

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down in the treme
is me and my baby
we’re all going crazy
while jamming and having fun

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trumpet bells ringing
bass drum is swinging
as the trombone groans
and the big horn moans
and there’s a saxophone”

(…)

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les premières saisons de deux séries prestigieuses produites par la chaine payante américaine hbo et initialement diffusées sur cette antenne à quelques mois d’intervalle, au printemps et à l’automne 2010, viennent d’arriver en dvd à la médiathèque.

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la vision – même distraite – de leurs deux génériques de début en dit déjà pas mal, en à peine deux fois 90 secondes, sur ce qui va sous-tendre et faire avancer chacune d’elle pendant une dizaine ou une douzaine d’heures. la séquence d’ouverture de boardwalk empire de terence winter (et son chaperon martin scorsese) montre, sur fond de morceau rock des brian jonestown massacre, un steve buscemi pas très net sur la plage d’atlantic city devant un ciel de nuages accélérés et une mer de vagues se cassant au ralenti sur les rochers. culminant dans la déferlante de quelques dizaines de bouteilles d’alcool de contrebande en images de synthèse qui échouent sur le rivage, cette introduction annonce en terme de facture pas mal de ce qui va suivre au cœur des épisodes de la série : une culture de l’illusion et de la reconstitution (reconstruire en trois dimensions, avec un souci acharné du détail, une centaine de mètres de la jetée d’atlantic city sous la prohibition – hôtel de luxe, boutique de mode, officine de photographe, etc. – puis en prolonger artificiellement et numériquement les lignes de fuite à l’horizon, quelques kilomètres plus loin, par des techniques infographiques). bien sûr, dans son côté « trop réaliste / donc artificiel », le générique préfigure en particulier un certain nombre de scènes oniriques de la série… mais, cela reste quand même très kitsch (et – avis personnel – assez laid).

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le générique de début de la première saison de treme, la nouvelle série de david simon et eric overmyer, les créateurs de the wire (sur écoute), peut presque se lire comme la proposition artistique contraire de la précédente : modestie, humanité, émotion, vibration documentaire et, dans sa confection, attachement à des supports argentiques à priori considérés comme relevant du passé. se refusant d’utiliser des images qui réapparaitront au sein même des épisodes, cette séquence d’ouverture pose les bases de tout ce qui va suivre. c’est sur ce socle documentaire d’une minute trente que vont reposer les six cent minutes de fiction qui suivront. c’est grâce à lui que, quand au tout début du premier épisode, apparaît l’inscription « three months later » on sait à quel évènement on se réfère, quand (et ) on se trouve : fin novembre / début décembre 2005 à la nouvelle-orléans, trois mois après le passage meurtrier de l’ouragan katrina.

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presque « film dans le film », ce véritable petit bijou d’une minute trente (signé karen thorson, nina noble et david simon) est marqué à la fois par la cohérence (surtout au niveau du son : comment les images sont rythmées sur la « treme song » de john boutté – cf. paroles ci-dessus) et l’éclatement (dans les images). combinant l’emprunt d’images couleurs et noir et blanc, en pellicule (35mm, sans doute 16mm et super 8) et en vidéo et même de photographies fixes invitées dans la danse par la science du montage, le générique n’insiste pas plus sur les stigmates de katrina que sur les différentes incarnations vibrantes de musiques de rue (fanfares, « second lines » et autres défilés – voire même, d’autres activités de rue, jouées dans l’espace public, comme le saut à la corde ou le baseball) qui font le patrimoine de la nouvelle-orléans et qui auraient pu être laminées par l’ouragan (ou, en tout cas, pas sa gestion lamentable par les différents échelons de l’administration bush). c’est effectivement la musique – les musiques (de différents styles et statuts, de la plus authentique à la plus touristique) – qui innerve presque tous les méandres de cette série furieusement non tape-à-l’œil qu’est treme.

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le moment même où l’ouragan déferle sur la ville ne se retrouve que par trois brefs plans : un tourbillon et deux violents claquements de vent et de vagues (l’un de la gauche vers la droite ; l’autre de la droite vers la gauche) dans l’embrasure des deux constructions inondées. c’est plutôt l’après-ouragan – le moment où, le calme revenu, on se rend compte de l’étendue des dégâts et de l’ampleur de ce qu’il faudra reconstruire – qui est montré via la tristement célèbre signalétique en X bombée par les équipes de secours sur les bâtiments visités (date de l’intervention, nombre de survivants et de cadavres trouvés, etc.), un travelling sur une rangée de maisons vides et, surtout, via les traces de moisissure, de peinture (et d’émulsion photo) écaillée laissées par les eaux même après qu’elles se soient retirées. on pourrait craindre une esthétisation du malheur humain dans cette utilisation des très belles images de moisissures (échos des peintures de l’abstract expressionism américain ou des films expérimentaux de stan brakhage par ex.). mais, cette bombe à retardement est très vite désamorcée par le sens de l’empathie de simon et overmyer pour leur galerie de personnages toujours respectés, pétris de nuances et de contradictions, presque jamais caricaturaux.

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lien 1 [les 12 minutes de the craddle is rocking de frank decola en 1968]
lien 2 [déconstruction minutieuse du générique de la saison 2 sur le blog inside treme]
lien 3 [autre billet sur le générique de la saison 2]
lien 4 [d’autres photos, moins « plasticiennes », des intérieurs de maisons dévastées après le retrait des eaux]
lien 5 [les archives en ligne de la historic new orleans collection]

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il y a 30 ans, le 24 août 1981, la famille et les proches de glauber rocha l’accompagnent vers le cimetière são joã batista de rio.

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alors que l’ami tatum nous annonce que l’actrice katerina golubeva et le cinéaste raúl ruiz viennent de nous quitter, nous nous souvenons de la mort – il y a trente ans, jour pour jour – de glauber rocha.

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glauber rocha
14 mars 1938 (vitória da conquesta) – 22 août 1981 (rio de janeiro)

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« le lion à sept vies / vii. glauber das mortes

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au sens le plus littéral de l’expression, glauber rocha arrive, dans la matinée du 21 août 1981, à l’aéroport de rio, absolument « in extremis ». son pauvre corps est en si mauvais état, complètement
déshydraté, qu’avant d’être transporté à la clinique bambina, de botafogo, à rio, il est retenu quelques heures à l’infirmerie de l’aéroport pour y recevoir une perfusion de sérum.

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à la clinique, dans un de ses derniers instants où il reprend conscience, il demande si ses amis carlos diegues et nara leão, qui sont venus ensemble lui rendre visite, ne se seraient pas réconciliés. orlando senna, luiz carlos barreto, norma benguell, sa mère, sa fille aînée paloma et sa femme paula sont parmi les rares intimes à l’approcher.

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le matin du 22 août, les journaux annoncent laconiquement : « l’état de santé de glauber n’est pas grave, mais les visites sont interdites. » à l’heure où les lecteurs des journaux prennent connaissance de cette dépêche glauber rocha est déjà mort.

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l’arrêt du cœur s’est produit à quatre heures du matin.

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le soir même est organisée la veillée funèbre. immédiatement, la question se pose du lieu le plus adapté pour la cérémonie. dans le hall du musée d’art moderne ? dans les locaux de l’ancien sénat ? finalement, c’est le parc lage qui est retenu, le décor romantique et baroque où glauber avait tourné
terre en transe.

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pendant des heures, toute la nuit, ce sera le défilé de la foule stupéfaite, en état de choc, devant la dépouille mortelle, tandis que sont projetés sur un grand écran improvisé pour la circonstance, les films de rocha et certaines de ses interviews télévisées où résonnent ses paradoxes et ses invectives. pendant des jours, glauber rocha et sa mort ne lâcheront pas la une, la deux, le ventre des plus grands journaux.

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son enterrement, suivi par une foule compacte à travers les avenues de la ville qui mènent au cimetière são joão batista, ressemble à une fête silencieuse. cette mort, personne n’y croit. aux réactions de stupeur succèderont celles de l’indignation, comme si glauber rocha était mort assassiné.

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(…) ce qu’il y a de sûr à mon avis, c’est qu’à propos de glauber rocha, comme de son principal héros cinématographique
antonio das mortes, il faut mettre la mort au pluriel.

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le symbolique et le réel, avec glauber rocha, s’emmêlent toujours les pédales. l’intéressé avait d’ailleurs assez flairé de la culture lacanienne pour être à son parfum.

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glauber rocha est mort plusieurs fois. dans sa vie, comme dans ses films, existent de multiples préfigurations symboliques de sa propre mort.

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la mort de pasolini en 1975, la mort de sa sœur anecy, moitié siamoise de lui-même, en 1977, la mort de son père, « l’invincible », en 1980.

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il y a la mort viscontienne à venise en septembre 1980, où glauber termine une interview par ces mots terribles : ‘j’en profite pour faire mes adieux définitifs à la vie culturelle brésilienne. vous ne me verrez plus jamais. jamais.’

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il y a bien sûr la mort du 22 août. et cette mort-là n’est pas une mort ordinaire. Sans exagérer, on peut dire qu’elle constitue, avec celle de getúlio vargas et de tancredo neves, l’un des événements les plus traumatiques, et d’une certaine manière les plus féconds (pour paradoxal que cela puisse paraître), de l’histoire politico-culturelle du vingtième siècle brésilien. mort et amérique latine… n’entrons pas ici dans l’analyse de ce thème bateau, lieu commun culturel qui parcourt le continent et ses mythologies depuis les temps précolombiens. d’autres l’ont fait magistralement, comme eisenstein dans
que viva mexico.

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mais il est vrai que la géographie mythologique exacte de glauber rocha est traversée par la mort comme un continent par ses fleuves. (…) 
»

(sylvie pierre, glauber rocha, éditions cahiers du cinéma / collection « auteurs », paris 1987)

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>> images de l’enterrement de glauber rocha <<
>> (discours de l’anthropologue darcy ribeiro
>> et interprétation a capella de villa-lobos par maria lucia godoy)
>>
(extrait du documentaire glauber o filme, labirinto do brasil de silvio tendler)

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> autres mots de darcy ribeiro à propos de glauber rocha

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la série de doubles dvd (édités au brésil par versatil et bourrés de suppléments et d’archives précieuses en tous genres) des films barravento (1961), terre en transe (1967), antonio das mortes (1969) et l’âge de la terre (1980) – tous sous-titrés français ­­– sont en train d’arriver à la médiathèque, à l’occasion d’europalia brésil de cet automne.

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un double dvd reprenant une série de documentaires télévisés autour de l’ouvrage le peuple brésilien de darcy ribeiro est aussi en train de rentrer en collections.

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