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Posts Tagged ‘photographie’

gLgL blow up disques

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sortie en 2001 sur le label plain recordings de san francisco, la compilation iamaphotographer. a été conçue comme un hommage en musique à blow up (1966) de michelangelo antonioni. elle reprend 13 propositions musicales émanant de quelques éclaireurs du rock, du jazz, du folk ou des musiques électroniques (richard youngs, sun city girls, loren mazzacane connors, william parker, arthur doyle, matmos, etc. ). tenter de suivre les fils qui relient ces multiples approches sonores du film à leur objet de fascination et d’inspiration amène presque automatiquement à réécouter sa bande-son d’origine – voire à le re-regarder en confiant, plus que de coutume, à nos oreilles le poste de commandement de notre vision.

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il est de notoriété publique que la musique de blow up (1966) avait été confiée par le cinéaste italien déjà quinquagénaire (1912-2007) au jeune pianiste et compositeur de jazz herbie hancock (1940), compagnon de route de miles davis à l’époque. quand on réécoute – sans images ni narration explicite, donc – le cd de cette bande originale, au-delà de la présence du très rock « stroll on » des yardbirds de jeff beck et jimmy page (la scène du concert dans la boite, vers la fin du film, dont on se souvenait bien) et de deux chansons psychédélisantes (l’une sans paroles ; l’autre chantée) dues à deux membres de lovin’ spoonful (absentes du lp de 1966 et rajoutées lors de sa réédition en cd), ce qui nous frappe – dans la musique même de hancock et de ses acolytes – ce sont ces inflexions swing, planantes ou psychédéliques, la porosité de leur jazz aux sons et mélodies de la pop. et cela nous paraît encore plus clair à la vision du film : l’utilisation et la mise en place de la musique de herbie hancock (et de ses brillants complices parmi lesquels ron carter, tony williams, joe henderson, freddie hubbard, etc.) tend presque plus à la faire oublier qu’à la faire remarquer. ses volutes se fondent quasiment dans le décorum et le monde d’objets du milieu de la mode du swinging london des années 1960, elles semblent émaner presque « organiquement » des phonographes et autoradios (pour antonioni la musique devait être discrète et « naturelle », donc exclusivement diégétique – hancock eut besoin de quelques jours pour digérer la première vision de la version mixée du film et l’estompage de ses compositions). mais, s’il y a bien à la fois ce souci de naturel et une motivation quasi documentaire (au-delà du goût d’antonioni pour le jazz – cf. la fin de cet article – il explique très vite à hancock qu’il fait appel à lui parce que le jazz est la bande-son de la plupart des sessions de photos de mode à londres à l’époque), on ne tombe jamais dans le naturalisme ; il y a fréquemment des effets de stylisation, d’onirisme ou d’étrangeté notamment dans les rapports entre la pulsation de la musique et le rythme de l’action. ainsi, lors du premier shooting du film avec la top-modèle veruschka, la musique que le photographe demande à  son assistant (« reg, let’s have some noise, can we ? » – sous-titre du dvd : « reg, du jazz ! »)  est divisée en deux parties différemment syncopées, articulées, quasi dans la continuité, par un break presque imperceptible. et ce point d’articulation correspond précisément à un changement d’appareil (d’un 6×6 sur pied, il passe à un 24×36) et d’attitude de la part du photographe (de distante et posée, sa position devient entreprenante, exploratrice et conquérante). plus loin dans le film, c’est plus dans le décollage que dans le calage que se joue le rapport entre musique et action diégétique : sur fond d’une mélodie jazz-swing plutôt chaloupée, thomas (david hemmings) et jane (vanessa redgrave) fument un joint, comme au ralenti (le premier donne à la seconde des instructions qui pourraient être celles d’un musicien leader à ses collègues : « slowly », « against the beat »… ).

gLgL blow up 2 appareils

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blow up
est un film de personnages très vides, évoluant dans un milieu où le paraître prend le pas sur l’être, et où les surfaces (la peau des modèles, le papier photographique) comptent plus que les organes de la profondeur (les tripes, les sexes ou le cœur). mais c’est aussi un film très rempli, quasi saturé d’informations et de signes (quelques restes de la nouvelle de départ de cortázar mais aussi nombre de détails liés à l’époque, à Londres et à l’angleterre, mais aussi au milieu de la photographie, à celui de la mode ; signs of the times et genius loci). dans ce contexte de surcharge, ce que je trouve le plus beau dans blow up ce sont justement deux longues séquences quasi silencieuses (pas de parole, pas de musique, juste quelques sons discrets) : celle des photos dans le parc (le bruit du vent dans les feuilles des arbres) et celle – intrinsèquement liée / en correspondance – du tirage des photos et de l’émanation, des bacs de révélateur et de fixateur de la chambre noire, d’une réalité jusque-là cachée.

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« – what are you doing ? stop it ! stop it !
give me those pictures. you can’t photograph people like that !
– who says I can’t?
i am only doing my job. some people are bullfighters, some people are politicians…
i am a photographer. »
(altercation entre jane et thomas sur les marches de l’escalier du parc)

gLgL blow up i am

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comme deux ans plus tard sur le même label, toujours plain recordings, le projet you can never go fast enough (2003) irait planter ses racines du côté du film-culte de monte hellman two lane blacktop [macadam à deux voies], en 2001 le projet iamaphotographer. n’entend ni rejouer la b.o. de hancock pour blow up ni lui en réinventer une autre (comme greg weeks et ses acolytes du valerie project allaient en 2007 recomposer une bande-son alternative à celle de luboš fišer pour le film valérie au pays des merveilles de jaromil jireš) mais proposer blow up comme point de départ et source d’inspiration à une série de musiciens.

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entre jazz et rock (trip-hop), entre groove et montées de volutes de saxophone, les relativement inconnus mushroom et birdsong’s air force collent sans doute le plus à ce qu’aurait pu être la musique de hancock revue par un musicien « fusion » qui aurait eu 25 ans en l’an 2000. le morceau des seconds s’intitule « full frontal nudity » : est-ce là tout ce qu’ils ont retenu du film ? niveau titre de chanson, on préfèrera celui du duo de musique électronique conceptuelle matmos : « despite its aesthetic advances, in its policing of the sexuality of public space antonioni’s film perpetuates misogyny and homophobia ». on est ici dans la lignée du « what’s yr take on cassavettes ? » du groupe féministe queer le tigre (« what’s yr take on cassavetes / we’ve talked about it in letters / and we’ve talked about it on the phone / but how you really feel about it / i don’t really know / what’s yr take on cassavetes ? (x 4) / misogynist ? genius ? misogynist ? genius ? (x2) / what’s yr take on cassavetes ? (x4) / alcoholic ? messiah ? alcoholic ? messiah ? ») dans un paysage culturel américain où, à la croisée des gender studies et du militantisme gay, des cinéastes établis sont bousculés sur leur piédestal pour des critères qui n’ont plus rien à voir avec ceux du cinéma ou de la cinéphilie. et ce n’est pas un mal. Il y a juste que pour revenir à matmos, musicalement l’intérêt retombe (basse groovy et extraits des conversations radio entre le photographe dans sa voiture et l’opératrice privée de son port d’attache, de son studio). le propos reste relativement cryptique et en dit peut-être autant sur matmos (p.ex. leurs problèmes avec la censure homophobe dans plusieurs états des états-unis ou leur album the rose has teeth in the mouth of a beast qui comprend 10 morceaux en hommage à une personnalité gay ou bisexuelle inspirante : william burroughs, joe meek, ludwig wittgenstein, valerie solanas, patricia highsmith, etc. ) que sur antonioni. sauf qu’en ne délivrant pas l’explication riche, nuancée et étayée de leur interminable titre militant, m.c. schmidt et drew daniel renvoient du coup l’auditeur à une nouvelle vision de blow up pour qu’il s’y forge son propre avis. pas bête ! le guitariste britannique richard youngs ne s’embarrasse pas d’autant de conceptualité ou de conceptualisme et livre avec « 1966 » une balade pastorale pour guitare, flûtes et clochettes, sorte de relecture à distance de l’esprit d’une époque qui est aussi celle de sa naissance.

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mais, c’est peut-être son aîné américain loren mazzacane connors qui, avec « the wind in the trees / the couple », le morceau le plus court de la compilation, offre paradoxalement la proposition la plus ample, la plus ouverte, la plus aérée… on raconte qu’antonioni écouta des centaines d’enregistrements de vent soufflant dans les arbres pour trouver la bonne texture sonore pour la scène du parc. trente-cinq ans plus tard, connors s’approprie ce moment de temps suspendu avec une composition à base de guitare lointaine, de souffle, de vibrations de membranes d’ampli ; de profondeur de champ, donc d’espace sonore. et de temps : son morceau nous paraît durer deux ou trois fois sa durée réelle de 2’30’’.

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on finira sur les invitations à participer au projet faites à william parker et arthur doyle, deux jazzmen free environ dix ans plus jeunes que herbie hancock. leur présence s’inscrit dans la logique de cette filiation en pointillés mais me parait aussi faire très bien écho à « the naked camera », le morceau de la b.o. d’origine dont le lyrisme des cuivres et une série de hachures de saxophone et de piano rapproche le plus d’une certaine lignée du free jazz. Les 9 minutes du long solo de contrebasse de parker peut rappeler l’intro de ce morceau, si ce n’est que ce dernier joue surtout à l’archet là où ron carter jouait aux doigts. en écoutant, la mélopée pour voix plaintive et stridences de saxophone « you end me on the african express » de doyle, il est difficile d’y déceler immédiatement un lien clair avec blow up. la connexion est peut-être plus indirecte. herbie hancock raconte : « [antonioni] m’a dit qu’il voulait que le musique du film soit jazz parce que c’était la musique qu’il aimait. Je lui ai demandé qui étaient quelques-uns de ses musiciens préférés et il m’a dit que son musicien favori était le saxophoniste albert ayler. j’étais soufflé ! il voyait qui était albert ayler ? » (notes de pochette de la réédition cd de la b.o. ). par leur amour des rengaines populaires, d’une musique de la convulsion et du cri strident, leurs flirts avec l’idée établie de cacophonie, albert ayler et arthur doyle sont comme dans un même flot expressif où le second aurait repris le flambeau (le saxophone) du premier, trop tôt noyé dans les eaux de la hudson river.

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iamaphotographer. a les défauts de 90% des compilations : un niveau inégal et une intensité qui varie d’une plage à l’autre, le voisinage de belles réussites et de propositions qui nous laissent de marbre. les liens qui se tissent avec blow up ne sont pas toujours évidents mais la disparité des approches souligne justement comment un même film, même aussi canonisé que le film londonien d’antonioni, peut être vu et lu sous des angles très différents les uns des autres.

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mercredi 19 juin 2013 – 18h30
antonioni à l’actif présent – enjeux d’une exposition de cinéma
conférence par dominique païni
pointculure (médiathèque) de bruxelles-centre
passage 44 – 44 bld botanique – 1000 bruxelles – gratuit mais réserver au 02 218 44 27

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du samedi 22 juin au dimanche 8 septembre 2013
michelangelo antonioni – il maestro del cinema moderno
exposition
bozar (palais des beaux-arts)
rue ravenstein – 1000 bruxelles – gratuit

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maxime bodson, natacha nicora et un bidon d’huile d’olives (espagnole) – photo : pablo kampina

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(…) max, je voulais te poser quelques questions par rapport à tes autres activités en dehors de patton qui tournent autour du son. d’abord par rapport à la scène – au théâtre et à la danse – : j’ai vu e.a. les photos d’une série de vêtements/costumes sonores/musicaux que tu avais construits pour un spectacle… est-ce que cela n’a rien à voir avec le groupe ou bien y a-t-il quand même des liens qui se tissent…

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maxime bodson : « il n’y a pas tellement de liens qui se tissent parce que patton c’est « où on est libres », par contre, quand je travaille pour d’autres personnes, il y a un contexte très clair de gens qui viennent me chercher pour faire une bande-son pour leur spectacle. je travaille pas mal pour la danse avec thierry smits, la compagnie thor et un groupe de théâtre qui s’appelle le groupe toc avec lesquels j’expérimente quelques idées. mais j’utilise en fait très peu des outils que j’utiliserais pour notre propre musique. c’est quasi toujours de la musique électronique. je travestis des matériaux sonores que je réutilise, que je transforme, que je remets sous forme musicale. ce n’est pas du tout la même musique, ce n’est pas du tout orienté rock parce que je crois qu’ils ont un truc contre le rock dans le milieu de la danse… les gens me choisissent pour ce que je sais faire et l’univers que j’apporte mais, dès le départ, mon intérêt c’est d’essayer de rendre le spectacle meilleur, d’amener quelque chose qui va nourrir le spectacle, qui va amener des idées, amener du mouvement ou un geste… par exemple, en faisant que ça se passe sur la scène. par exemple, pour les pièces de théâtre, je ne vais pas nécessairement créer une bande-son pour eux. Je vais plutôt créer un système qu’ils vont utiliser sur scène. avec le groupe toc, on a eu un spectacle où tous les sons étaient faits sur scène. ça amenait une théâtralité. ils faisaient [coup de poing sur la table] et au geste correspondait le processus mécanique qui faisait qu’on entendait le son amplifié de ce geste. ça donne une valeur scénographique au son, en fait. mais, étrangement, on ne retrouve pas trop ces choses-là dans patton… »

>> début et fin de l’interview du printemps 2009 des frères max et sam bodson

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maxime bodson du groupe patton assurera la mise-en-sons d’übernatürliche pizza de natacha nicora, présenté dès ce jeudi soir dans le cadre de la troisième édition du vrak festival.

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trois ans après l’entretien dont est prélevé l’extrait ci-dessus, sa musique n’aura peut-être plus rien à voir avec ses musiques pour le théâtre et pour la danse qu’il évoquait alors… peut-être oui ou peut-être nonun peu ou pas du tout… ça sera une surprise au sein des ce festival de surprises. ceux qui se déplaceront, verront (et entendront).

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ce jeudi 9 février 2012 – 20h
übernatürliche pizza de natacha nicora
avec musique de maxime bodson

vrak festival / labo marni
25 rue de vergnies – 1050 ixelles – pass de 10 eur pour tout le festival

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vendredi 10 février 2012 – 21h
übernatürliche pizza de natacha nicora
avec musique de maxime bodson

vrak festival / labo marni
25 rue de vergnies – 1050 ixelles – pass de 10 eur pour tout le festival

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samedi 11 février 2012 – 18h
übernatürliche pizza de natacha nicora
avec musique de maxime bodson

vrak festival / labo marni
25 rue de vergnies – 1050 ixelles – pass de 10 eur pour tout le festival

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et, puisque nous évoquons le vrak festival, rappelons que la très belle exposition de la photographe beata szparagowska reste visible jusque ce dimanche à 18h. be there or be square. les bruxellois qui la rateront ici devront rallier bouxwiller ou namur pour une séance de rattrapage.

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jusqu’au dimanche 12 février 2012
 pendant le vrak festival, toute l’après-midi
exposition hide&seek de beata szparagowska
flagey – rez-de-chaussée

place sainte-croix – 1050 bruxelles (ixelles) – gratuit

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une photo de la série hide&seek de beata szparagowska et la signature du « bon à tirer » du livre du même nom, la semaine dernière chez un imprimeur gantois.

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depuis 2010, beata szparagowska (par ailleurs photographe du n°2 du magazine détours de la médiathèque) a été en résidence à l’L, lieu de recherche et d’accompagnement pour la jeune création (dans le domaine des arts de la scène, avant tout en danse et en théâtre contemporains). bien loin des photos de plateau et de spectacles, elle décide dès le début d’observer le travail des autres résidents lors de leurs recherches et répétitions mais aussi de donner la possibilité à ces rencontres ponctuelles (un lieu ; un court laps de temps) d’évoluer vers une complicité plus durable et plus voyageuse. ainsi, dans une dynamique centrifuge, à partir du point focal du 7 rue major dubreucq à ixelles, elle accompagne les comédiens et danseurs dans d’autres lieux de leurs recherches et n’hésite pas à élaborer avec eux des fictions et des mises en scènes qui leur sont propres et qui auraient pu ne jamais voir le jour. un premier bilan de ce jeu de cache-cache voit le jour en janvier 2012, sous le nom hide&seek et la double déclinaison d’une exposition à flagey et d’un livre publié aux éditions le caillou bleu.

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de ce jeudi 19 janvier (vernissage) au dimanche 12 février 2012
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lors des soirées de concerts à flagey
__ou les 3 derniers jours (pendant le vrak festival): toute l’après-midi
exposition hide&seek de beata szparagowska
flagey – rez-de-chaussée

place sainte-croix – 1050 bruxelles (ixelles) – gratuit

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vilin_perec_ronis

la rue vilin (paris, belleville) via un bout de planche contact de pierre getzler en 1970 (en bas à gauche) et deux photos célèbres de willy ronis (de 1957 et 1959)
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il y a six mois j’avais pas mal “parlé” (avec des images, les doigts et un clavier ici / avec la bouche, des tics et les mains là-bas) du documentaire “récits d’ellis island” co-réalisé par georges perec et robert bober.

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lors de ma présentation à la médiathèque du passage 44, j’avais aussi fait écouter une interview de perec sur france culture (éditée depuis au format cd) au cours de laquelle l’écrivain décrivait son projet de rendre visite douze ans durant à douze lieux parisiens (en alternant les mois de l’année de sorte à ne jamais retourner le même mois dans le même lieu) :

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les lieux (notes sur un travail en cours). en 1969, j’ai choisi, dans paris, douze lieux (des rues, des places, des carrefours, un passage), ou bien dans lesquels j’avais vécu, ou bien auxquels me rattachaient des souvenirs particuliers. j’ai entrepris, chaque mois, la description de deux de ces lieux. l’une de ces descriptions se fait sur le lieu même et se veut la plus neutre possible: assis dans un café, ou marchant dans la rue, un carnet et un stylo à la main, je m’efforce de décrire les maisons, les magasins, les gens que je rencontre, les affiches, et, d’une manière générale, tous les détails qui attirent mon regard. l’autre description se fait dans un endroit différent du lieu: je m’efforce alors de décrire le lieu de mémoire, et d’évoquer à son propos tous les souvenirs qui me viennent, soit des événements qui s’y sont déroulés, soit des gens que j’y ai rencontrés. lorsque ces descriptions sont terminées, je les glisse dans une enveloppe que je scelle à la cire. (…) je recommence chaque année ces descriptions. (…) c’est en 1981 que je serai en possession des 288 textes issus de cette expérience. je saurai alors si elle en valait la peine: ce que j’en attends, en effet, n’est rien d’autre que la trace d’un triple vieillissement: celui des lieux eux-mêmes, celui de mes souvenirs, et celui de mon écriture” (g. perec “espèces d’espaces” – retranscription: azarts-pastiques.com).

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sauf que perec ne poussa pas son projet à son terme. ce fut e.a. à l’époque du tournage de son film “un homme qui dort” (co-réalisé avec bernard queysanne au début des années septante) qu’il espaça ses visites et considéra que les tournages de cinéma dans quelques-uns de ses douze lieux pouvaient faire office – moyennant une légère torsion du projet de départ – de séances de ‘prises de notes’ / de descriptions… la caméra et la pellicule remplaçant le stylo et le papier.

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parmi ces douze lieux figurait la rue vilin à belleville, où peretz – pas encore baptisé perec à cette époque – vécu de sa naissance, en 1936, à 1941, quand sa mère l’envoya par un train de la croix rouge à villard-de-lans pour le sauver de la menace nazie, peu de temps avant d’être elle-même déportée à auschwitz.

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au début des années quatre-vingt, le quartier de naissance de perec connaît de spectaculaires mutations (destructions) urbanistiques. on raconte que c’est au lendemain de sa mort – le 3 mars 1982 – que les bulldozers achevèrent de réduire en gravats les dernières maisons de la rue pour faire table rase et permettre l’implantation du parc paysager qui y occupe désormais le flanc de la colline…

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dix ans plus tard, en 1992, robert bober – l’ami-complice de “récits d’ellis island” – remonte la rue vilin. 1°/ “remonte” au sens topographique, cette rue très pentue aux spectaculaires et photogéniques escaliers urbains. 2°/ mais aussi “remonte” au sens cinématographique ou intellectuel du verbe: réassocie des éléments et des traces pour redonner vie ou forme à quelque chose qui a disparu.

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je n’ai pas encore vu ce film mais je me fais une joie de le découvrir demain soir à l’espace delvaux dans le cadre d’une séance programmée par “le p’tit ciné“:

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“en remontant la rue vilin” (robert bober, france 1992 – 52 min)
+ “voisinage” (yves hanchar, Belgique 1984 – 8 min)
mardi 9 juin – 20h30 – espace delvaux
place keym – 1170 watermael-boitsfort – 5 eur

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lien 1 [une autre photo: perec dans la rue vilin]
lien 2 [‘qu’est-ce que filmer ce qui, du lieu, a eu lieu?’ présentation du film par j. lemière]
lien 3 [‘la cloche et les clochardes’ de r. bober en 1972 – 10 min gratuites / le tout = 1.5 à 4 eur]

> un documentaire sur le photographe bellevillois willy ronis disponible à la médiathèque (texte de catherine mathy)

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