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Liechti Kick golf

peter liechti, andy guhl et norbert möslang jouent au minigolf au début de kick that habit, portrait cinématographique des deux derniers par le premier.

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en hommage à peter liechti (1951-2014), ciné-poète suisse récemment décédé, un texte écrit en 2010 pour le projet archipel :

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métaphoriquement – même s’ils ont commencé, au début des années 1970, à improviser sur des instruments « normaux » (contrebasse, clarinette, saxophone, piano, etc.) –, on pourrait raconter l’aventure du duo suisse voice crack, à partir du moment où ils mutent pour s’inventer petit à petit dompteurs de gadgets électroniques détournés, en la faisant commencer dans une décharge, chez un ferrailleur, sur un marché aux puces ou dans une solderie (« tout à un franc suisse ! ») de saint-gall. c’est effectivement dans ces lieux du recyclage et de la énième vie des objets manufacturés qu’ils pouvaient le plus facilement trouver ces vieux transistors, cartes de vœux sonores, lampes de vélo clignotantes, jeux électroniques démodés dont ils s’appliquaient à extraire des sons non prévus à l’origine par leurs concepteurs. ces fameux cracked everyday electronics qui ont fait leur renommée et qu’ils extirpaient du champ du déchet et du tout-venant pour leur donner un statut d’instruments et les mettre en scène sous les projecteurs du monde de la musique. et – partant de là – qui ont suscité la rencontre avec un public et l’étonnement et l’émerveillement, moult fois vérifiés en concert, de celui-ci.

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kick that habit, le portrait cinématographique que leur concitoyen saint-gallois peter liechti leur consacre en 1989, commence quant à lui dans un étrange mini-golf/tourniquet conçu par un des membres du groupe, par ailleurs architecte, andy guhl : une seule piste mais douze obstacles différents et interchangeables placés sur une roue métallique verticale en milieu de parcours. en une séquence de prégénérique d’à peine plus d’une minute, trois fils rouges liés à la démarche de voice crack sont déjà partiellement déroulés : le plaisir du jeu (évidemment lié au souvenir, vivace, de l’enfance), un certain humour décalé, un peu pince-sans-rire, et, enfin, l’invention d’un monde et sa réalisation manuelle par le biais du bricolage. plus loin dans le film, un repas devient un moment musical : on manie le fer à souder au milieu des assiettes et des couverts, « entre la poire et le fromage »… les sons du tire-bouchon, du casse-noix, des œufs qui bouillent ou des sachets de thé qui goutent sont suramplifiés ; des électrodes reliées à un ampli de guitare posé sur un coin de la table sont sauvagement plantées dans un citron qui se met à « crier » son acidité : voice crack atténue les limites entre l’acte musical (la répétition, l’enregistrement, le concert) et le reste de la vie (un repas, leurs déplacements, une halte dans une cafétéria de haute montagne, etc.), habituellement considérée comme non musicale.

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cette idée que tout ce qui les entoure (toutes les situations, tous les objets, tous les sons) peut entrer dans leur univers créatif et qu’ils pourraient être voice crack vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept est soulignée par un des audacieux partis pris de cinéma de peter liechti. kick that habit est un film foncièrement sonore et musical (comme peu l’ont été dans l’histoire du cinéma) mais aussi, en corollaire, un portrait dans lequel pas un seul mot n’est prononcé (pas de voix off, pas d’entretiens). mieux encore, andy guhl et norbert möslang se sont chargés de la bande-son et sans cesse ils brouillent les pistes entre les sons correspondant aux images (son direct et field recordings) et ceux émanant de leur manipulation des cracked everyday electronics. le spectateur de ce film-poème qu’il s’agit autant d’écouter que de regarder (au-delà de ses superbes images 16 mm, alternant séquences en couleurs et en noir et blanc) ne sait jamais exactement ce qu’il entend. ce trouble est précieux parce que, en estompant la frontière entre musique et non-musique, il élargit les possibilités d’émerveillement à l’écoute du monde.

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lien 1 [la séquence du minigolf]
lien 2 [site peter liechti]
lien 3 [un très beau texte de nicole brenez pour le festival de la rochelle]

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henri_chopin_radio_centraal
henri chopin à radio centraal (antwerpen)
le 14 décembre 2007
photo: © ultraeczema

 

 

il y a un an, presque jour pour jour, le 15 décembre 2007, nous étions quelques dizaines (une petite centaine?) à assister à la performance vocale et sonore d’henri chopin au palais des beaux-arts. nous ne savions pas que cela allait être sa dernière apparition publique: dix-huit jours plus, le poète sonore mourrait à l’âge de quatre-vingt-cinq ans.

> lien 1 [vidéo de cette ultime performance]

un an plus tard, ce jeudi 18 décembre, bozar cinéma se souvient en programmant le long portrait documentaire

“de henri à chopin, le dernier pape”
de maria faustino & frédéric acquaviva

(france, 2008 – 190 minutes)

dans une lettre posthume, frédéric acquaviva se souvient d’ailleurs de ce dernier concert:
“(…) enfin, deux semaines avant que tu ne passes le microphone à gauche, j’étais avec toi lors de ta dernière performance à bruxelles, aux palais des beaux-arts, à nouveau pour diffuser ce court film [la version courte du long de demain]. les techniciens belges à qui tu expliquais assez sèchement comment installer ton antique magnétophone s’énervaient contre toi en te demandant, enfin, d’arrêter de fumer, nom de dieu, à quatre-vingt-cinq ans, et en plus sur la scène, où, en l’absence de cendrier – comme on n’y fume pas, pas moyen de trouver un cendrier ! – tu dispersais toutes tes cendres, si j’ose dire, pour ce qui allait être ton dernier concert. dans cette ambiance houleuse, tu étais sur ton fauteuil roulant sur le devant de la scène, juste après cette remontrance alors même que l’écran descendait lentement, reléguant le technicien orthodoxe et proto-colère (pour reprendre l’expression d’un de tes anciens amis qui eut de la suite dans les idées) à l’arrière-plan, je t’ai vu jeter ton vieux mégot vers ses pieds sans regarder, d’un geste très précis, alors même que le rideau l’empêchait de venir t’étrangler. comme il restait muet et toi aussi, je me mis à sourire de ton ‘casus belli’. tu t’es mis alors à rire (titre de l’un de tes recueils) avec moi en m’expliquant que depuis les camps de la mort, tu avais décidé que plus jamais personne ne t’emmerderait ! puis les diffusions de films eurent lieu, ainsi que ta performance réellement exceptionnelle. seize courtes minutes, après une présentation drôlissime. en plein milieu, un incident technique, plus de son. un des techniciens est descendu, stoïque et arpentant le fond de la scène avec une froideur comique involontaire et a réappuyé sur le bouton ‘on’, puis est reparti de la même manière, tel un sketch rôdé à la perfection. tu as poursuivi et c’était fabuleux. abstrait et concret, simple et complexe à la fois. pour une fois, je ne te filmais plus ni ne diffusais, j’écoutais juste et j’étais vraiment impressionné… (…)
> lien 2 [version intégrale de la lettre de f. acquaviva à h. chopin]

commandé par chopin lui-même, qui en avait d’avance décidé la longueur (plus de trois heures!), le film se présente comme un témoignage sur les diverses activités de l’artiste, que l’on retrouve en performance dans des lieux institutionnels ou underground, chez lui en train de créer ses dernières oeuvres plastiques, en interview à l’hôtel, dans une galerie qui accueille une rétrospective de son oeuvre… un hommage à l’un des poètes majeurs du vingtième siècle, qui jusqu’à son dernier souffle aura gardé l’énergie de la jeunesse” (xavier garcia bardon – bozar cinéma)

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pialat_existe1

message rapide, le temps presse:

dans deux heures,
ce dimanche 6 juillet, à 14h10,
dernier passage à l’écran total de
“maurice pialat, l’amour existe”
documentaire de jean-pierre devillers et anne-marie faux

vu vendredi à l’écran total, le documentaire consacré au cinéaste ayant réalisé un de mes deux, trois ou quatre films préférés de tous les temps: “l’amour existe“. il s’agit d’un travail de montage assez (voire très) convaincant entre des extraits d’interviews de maurice pialat (de très nombreuses sources citées au générique de fin: émissions de radio, de télévision, cassettes de journalistes de la presse écrite, etc… ) et d’extraits de films (les siens – derrière et parfois devant la caméra -, ceux dans lesquels il a joué – chez jean rouch ou jean eustache e.a. – et de films de ozu, renoir, demy ou ford qui l’ont influencé):

nous avons été sidérés quand nous nous sommes aperçus que les phrases que prononçait maurice pialat dans la vie se retrouvaient telles quelles dans tous ses films, à la virgule près et de façon chronologique, jusqu’au “garçu”. la chronologie de ses films recoupe parfaitement la chronologie de son existence. finalement, ce film est un véritable autoportrait de maurice pialat, un autoportrait alors qu’il n’est plus là.
(les deux réalisateurs interrogés par frédéric bonnaud sur france inter en mai 2007)

intéressant, touchant (les larmes à l’œil à la toute fin du documentaire quand la boucle de sa toute première intervention dans le film se referme et prend tout son sens – “regarde, touche mon cerveau comme il chauffe” dit le petit antoine pialat, quatre ans, entre jeu et improvisation, vécu et auto-fiction, dans “le garçu“)

lien 1 [quatorze minutes d’interview en public au festival d’angers 2002]
lien 2 [géraldine pailhas parle de sa rencontre avec pialat]
lien 3 [maurice pialat toujours vivant dans les rues de lille]

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